Laurent sobre… elle rend con aussi.

Laurent Wauquiez a récemment déclaré : «En parlant de guignols, j’ai été sobre». Il faisait allusion à une récente concentration  de vieux débris tout délabrés en rangs clairsemés, bref à un congrès de cette chose molle et flasque qu’on appelle encore les «Républicains» par habitude, ou par pitié. En fait la déclaration semble erronée ; il fallait lire en effet «En parlant aux guignols, j’ai été sobre».

Ainsi la déclaration de celui que ses rares amis surnomment affectueusement «Iago» prend tout son sens :

1) Il savait à qui il parlait, donc où il était.

2) Par conséquent, pour une fois, il dit la vérité : il était sobre.

3) On peut donc en déduire que la plupart du temps, vu les conneries qu’il débite en chapelet, il est rond comme une queue de pelle.

Ça nous rassure un peu sur sa santé mentale.



Sugar land

Hier, je suis allé voir en avant-première l’excellent film documentaire Sugar Land que j’ai  trouvé excellent (le film, pas le sucre). J’ai moi-même arrêté d’ingérer cette cochonnerie (le sucre) depuis une demi-année maintenant, et je peux constater par mon expérience qu’il m’est arrivé à peu près les mêmes choses qu’au réalisateur du film.

Le film lui-même est vraiment bien fait, je craignais un peu quelque de lourdement didactique, toujours pénible après la première demi-heure, surtout le soir. En fait pas du tout, on suit une expérience avec des situations bourrées d’humour et d’esprit, on rit bien et on tremble un peu (quand on n’a pas encore arrêté le sucre, moi je m’en fous).

En plus, cerise sur le gâteau — ah non, il va falloir que je change cette expression du coup ! — certaines images sont très saisissantes (bush australien, New-York, Kentucky). C’est du story-telling à l’australienne, donc à l’anglo-saxonne, comme on savait le faire en France avant les années 80. C’est divertissant, émouvant et pédagogique.

Bref, une application réussie du vieux précepte littéraire du XVIIe siècle : placere, moveredocere.



Un logiciel pour écrire.

J’avais envie de vous en parler depuis un moment. Un logiciel pour écrire. Un traitement de texte, quoi, me répondra benoîtement l’internaute à peine réveillé qui vient de s’égarer dans ces pages. Hmmm, pas tout à fait ou plutôt pas seulement. oStorybook (c’est le nom de ce logiciel) est un traitement de texte certes, quoique sommaire dans ses capacités d’édition par rapport aux brontosaures du marché et du libre, mais l’essentiel n’est pas là. D’ailleurs, même dans ses fonctions de traitement de texte il est largement suffisant pour écrire un livre. Car voilà sa fonction première : écrire des livres. Évidemment on peut le faire avec W***, la grosse daube hyper stéroïdée de MicroMou, ou LibreOffice, à peine plus mince. D’autres se tourneront vers LaTeX parce qu’ils ont besoin d’un truc vraiment sérieux, je persifle, je persifle. Enfin pas tant que ça.

L’avantage d’oStorybook est qu’il est profilé pour gérer de A à Z un projet entier de livre que ce soit de la non fiction ou de la fiction. Que ce soit un essai, un guide pratique, un ouvrage de philosophie un roman de SF ou une pièce de théâtre, c’est fait pour ça. C’est un tout en un rudement pratique que j’utilise maintenant depuis longtemps pour tous mes projets d’écriture, que ce soit des guides, des nouvelles, des pièces ou des romans (à venir). Mais il y a plus, il y a mieux, oStorybook est multiplateforme, il tourne sur tous les principaux OS du marché (y compris Linux, c’est fabuleux). L’auteur est très réactif, il corrige les bugs à une rapidité phénoménale dès qu’on les lui signale.

En fait ce logiciel n’a qu’un seul défaut, qui l’empêchera de faire une véritable percée chez toutes les personnes qui entreprennent (professionnellement ou non) un projet d’écriture, alors qu’il leur apporterait une aide précieuse.

C’est malheureusement un défaut rédhibitoire aujourd’hui dans tous les domaines : il est entièrement gratuit.

Rien n’est parfait en ce bas monde. (En tout cas moi je l’utilise)

 

 

 



Traite : de mal en pis.

Dominique Barrau (décidément le nom est bien choisi, il devrait être derrière), secrétaire général de la FNSEA, donc forcément un type honnête, a déclaré à propos de la filière du lait : «On peut être producteur de lait dans un département où n’existe qu’un seul opérateur. Deux choix sont alors possibles : continuer à livrer ou arrêter de traire». Nous sommes ici dans le mirage de la modernité, qui est également le miracle de «l’agriculture intégrée» que ce syndicat de bienfaiteurs de l’humanité a contribué à mettre en place de façon quasi irréversible grâce à la complicité active et enthousiaste de ses principaux dirigeants avec le lobby industriel et politique de la malbouffe. Dans les années soixante-dix et quatre-vingt, aucun producteur adhérent de ce syndicat ultra-majoritaire dans le monde agricole (faut-il le rappeler ?) ne cachait son enthousiasme délirant et quasi mystique au sujet de cette intégration du producteur et de l’industrie. Cela permettrait de transformer au plus vite le traditionnel «paysan» — frappé de ringardise et bientôt d’obsolescence, même le nom devenait grotesque — en «exploitant agricole». Ça a quand même une autre gueule ! Un quasi business man de l’espace vert, enfin verdâtre en ce moment. Un start-upper de la plante malade et du bovin affligé. Le cul sur son tracteur et la tête dans les chiffres. L’entrepreneur, quoi.
Paysan, non mais je vous demande un peu ! Portant la blouse, sentant la bouse, I was born to loose, on aurait pu en faire une chanson, tiens ?           Cette association de malfaiteurs, pardon, ce syndicat du monde rural, qui (vi)votait légèrement à gauche du FN défendait mordicus, avec le verbe haut et le front bas qui caractérisent ses instances régionales et nationales, cette agriculture intégrée. Mais il est mort dicus.  À l’image de  cette agriculture new-look, elle-même moribonde, qui devait métamorphoser le pue-la-sueur pataugeant dans son tas de fumier en agriculteur propre sur lui et soigneusement manucuré, comme un splendide papillon polychrome émergeant de sa chenille dégueulasse. Malheureusement, il y a eu des incidents de parcours et c’est un peu le contraire qui s’est passé. Cela dit, il faut être juste, il y a eu des progrès : aujourd’hui une vache est un centre de profit à elle toute seule, on la gère sous Excel et l’équarisseur a changé de nom, on l’appelle un «cost  killer». C’est juste que le lait qui en sort est tellement pourri que désormais les parents disent à leur bébé qui pleure :

«Bêle et trais-toi»



La vieillesse est un naufrage

Alain Delon a déclaré : «La vie ne m’apporte plus grand chose». Juste retour des choses, cela a longtemps été l’inverse.

Et oui, cet ancien mannequin reconverti dans le film à suspense voyait jadis «la vie en rose» et maintenant il la trouve morose. Il ne savait pas qu’une belle gueule ça dure maximum vingt ans et qu’ensuite on peut encore vivre sur ses débris que l’on appelle une «réputation» pendant dix ans au plus. Ensuite, comme disait de Gaulle, c’est «le naufrage». Sans culture, sans grande intelligence non plus, à part celle qui permet de briller dans les fêtes de la jet-set mais doté d’un physique avantageux on peut quand même faire carrière, la preuve. Évidemment, elle dure moins longtemps, mais elle est plus rapide. Pour Michel Serraut — un artiste remarquable — ce fut le contraire. Mais il est difficile de comparer un aigle à un poulet, d’ailleurs si Delon en a interprété autant ce n’est sans doute pas pour rien.

Ce pauvre Alain croit devenir aveugle depuis qu’il ne lit plus rien sur lui dans les journaux. Il faut le rassurer sur ce point (soyons charitables), il y voit toujours aussi bien. C’est juste que les journaux s’en foutent d’un ex-playboy décati et macérant dans son aigreur.

Pour une fois je les comprends.



Erreur judicieuse

           En 2009, Lactalis imposait une baisse de prix de 30% aux producteurs de lait. Il fallait qu’ils reviennent aux prix de 1979. On a alors accusé Lactalis d’être des voleurs. Nous savons que c’est faux, ce sont aussi des criminels, on l’oublie souvent. D’ailleurs le PDG a déclaré la main sur le portefeuille — l’endroit où il aurait pu avoir un coeur, en fait — que son entreprise, florissante, a toujours su où était son devoir, c’est-à-dire, son bilan comptable. La baisse de 30% ce n’est pas non plus la catastrophe pour les éleveurs, il suffi de réduire sa vie de 30%. Ça fait à peu près 8h de vie en moins par jour, il suffit de prendre sur le temps de sommeil, il est improductif.

          Ces éleveurs ne sont pas modernes. Et 30% de prix en moins, ce n’est pas pour s’en mettre 30% de plus dans les poches ! Absolument pas !

C’était pour financer les 30% de salmonelles en plus.



Où est Charlie ?

Les médias nous informent : les juges ont rendu un non lieu pour la mort de Rémi Fraisse (http://www.20minutes.fr/justice/2198747-20180109-juges-rendent-non-lieu-enquete-mort-remi-fraisse-sivens). Je m’interroge : cela veut dire que le type est bien mort mais on ne sait pas où ? Ou alors on ne sait pas vraiment où il a été tué ?

À moins que cela ne signifie qu’on n’est pas tout à fait sûr qu’il soit bien mort.



Lait… thargie.

Naguère ce cher Michel-Édouard Leclerc dépensait des fortunes en com’ pour nous convaincre du progrès inouï que constituerait la vente libre des médicaments dans ses hypermarchés. Au lieu de réserver leur vente à tous ces fainéants et bons à rien de pharmaciens. Depuis la vente sur une grande échelle de lait infantile contaminé à la salmonelle malgré les consignes de rappel, on l’entend moins sur ce sujet, il a rangé les trompettes on dirait.

Entre-temps il a dû passer du pipeau au p’tit pot.



Phileas Fogg

Quand je regarde qui me lit, je suis toujours très étonné de constater que ce misérable blog est lu essentiellement en Chine (incroyable !), aux USA (idem), en Allemagne (re) et même en Indonésie (stupéfaction!). N’hésitez pas à diffuser la gloire de Karmatotal dans vos pays respectifs, oyez, oyez…

Personnellement j’adore le Kimchi et les gravures sur bois chinoises ainsi que les guitares américaines (j’accepte aussi les belles Cort made in Indonesia, pas de problème), donc si vous voulez faire un don, hein…

Amitiés internationales.

PS : vous pouvez aussi laisser un petit bonjour en commentaire.



Mon santo, ta santé.

« La France a dit qu’il fallait que nous puissions essayer de faire tout ce qui était possible pour essayer de sortir de cette question du glyphosate dans les trois ans », a déclaré M. Travert sur le plateau de BFM-TV.

C’est ce qu’on appelle une déclaration de Travert  (normal il n’a pas fait son droit). Essayons de comprendre. Il ne s’agit pas pour la France (notre beau pays) d’interdire l’utilisation du glyphosate qui donne un si bon goût à nos cancers. On n’en est plus là. L’objectif est de «sortir de la question». Ici l’internaute un peu nauséeux qui vient de sortir de son week-end, et qui se serait égaré sur ce site, se dit : ça va être compliqué de sortir d’un truc dans lequel on ne peut pas entrer. Il a raison. Sortir de sa chambre, de sa douche, de sa bagnole, on sait faire. D’une question, même avec google map, c’est plus tendu.

Mais sortir, Travert sait ! (elle est nulle, j’avoue). D’ailleurs, il ne veut pas même pas «sortir de la question», ce serait  brutal et beaucoup trop ambitieux pour pour ce sinistre mâle (un petit contrepet n’a jamais fait de mal à personne). Non, il lui suffit «d’essayer de sortir»… de quoi ? Ben, de la «question», tiens.  Avec ça, les abeilles, elles, ne sont pas sorties le cul des ronces comme on dit dans ma campagne. Mais cet objectif on va dire modéré paraît encore trop ambitieux à notre fringant défenseur des pesticides de destruction massive. Faudrait pas quand même qu’il se fasse une entorse au cerveau, à ce point de sa carrière, ce serait le comble.

Par conséquent, vu qu’il est aux 35 heures, et qu’il faut pas pousser la mémé dans la cuve à glyphosate, il se dit que la France (c’est-à-dire lui d’après ce que j’ai compris) va «faire tout son possible» pour, euh, quoi, déjà ? Ah oui, elle (faut-il encore une majuscule à ce pays ?) va faire  «faire tout son possible» pour «sortir de la question», euh, non, pour essayer d’en sortir. Là, on se dit, le type doit pas être en burn-out, son week-end commence le mercredi.

Que nenni ! Vous délirez ma parole ! «essayer de faire» déjà c’est éreintant, vous n’avez jamais essayé ? Et ben, essayez d’«essayer de faire» et vous m’en reparlez. C’est too much, of course. Alors, il a réduit la voilure. Ce qui lui paraît raisonnable c’est de pouvoir essayer de faire tout son possible pour essayer de sortir, etc. etc. Là il a eu des palpitations, ça lui a donné des vapeurs tous ces buts grandioses, alors il a réfléchi (le terme est peut-être un peu fort) qu’il allait rajouter un «qu’il fallait» devant tout ce bordel linguistique. Tout ça juste pour une «question» on est d’accord.  Vu le niveau d’efficacité du gars, on n’est pas dans question pour un champion. S’il était champion de quelque chose, on le verrait.

En tout honnêteté, ce n’est pas lui qui le dit, mais c’est pareil, c’est la France. Ouais, la  «France a dit».  Vous je sais pas, mais moi, je viens encore de vérifier ma boîte mail à l’instant, et elle me cause plus la France. Quand j’interroge mes potes autour de moi, ils me disent, «La France, non ça me dit rien».  Mais lui il parle la France. Ou à la France, je sais plus.  Et notre ami Hulot, que tout le monde surnomme «Duc» désormais.

Oui, Duc Hulot, l’avaleur de couleuvre, le mangeur de chapeau, qu’en dit-il ?

Il trouve que la France parle à tort et à Travert.



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Selon une info du site « 20mn.fr », 9% des Français croient que la terre est plate (cf : http://www.20minutes.fr/societe/2197799-20180108-huit-francais-dix-adherent-moins-theorie-complot).

Ces types n’ont jamais fait de vélo de leur vie, c’est pas possible !


L’Abomination de Dunwich (The Dunwich Horror) partie II

Dans la première partie de cet article j’ai traité du début de la nouvelle et essayé de montrer l’ambiance très particulière qu’installe l’auteur dès le début du texte. Je ne reviendrai pas ici sur les problèmes de traduction qui ont été traités précédemment. Je viens d’acheter une nouvelle version des textes principaux de Lovecraft dans une nouvelle traduction. Je n’ai pas encore lu la totalité de L’abomination de Dunwich mais, pour ce que j’en ai lu, cela semble meilleur que la traduction de J. Papy ou de F. Bon ou celle de l’édition J’ai Lu. Je ferai sans doute un article spécifique pour comparer ces différentes traductions entre elles. Dans le présent article, mon axe principal restera celui annoncé dans la première partie : le thème du double et la façon très particulière dont Lovecraft le met en scène dans cette nouvelle.

Je rappellerai brièvement l’argument de la nouvelle. Un fils monstrueux naît à Dunwich et mourra à Arkham en allant chercher un livre interdit, le fameux Necronomicon dans la bibliothèque de l’Université de Miskatonik. Mais des exactions, destructions de maisons, bêtes éventrées et à moitié dévorées, hurlements nocturnes continue même après la mort et la décomposition rapide du fils monstrueux Whateley. Le lecteur apprendra à la fin de la nouvelle qu’un autre fils, jumeau encore plus monstrueux, presque invisible aux yeux des humains était né de cette union mais ce frère jumeau appartenait encore plus à «l’autre monde». Comme l’écrit Lovecraft à la fin du texte : «It was his twin brother, but it looked more the father than he did» («C’était son frère jumeau, mais il ressemblait plus à leur père que lui»). Je vous laisse lire la nouvelle si ce n’est déjà fait pour que vous puissiez découvrir qui était réellement leur père.

Car le problème du père est, à mon avis, central chez Lovecraft. Et le thème du double, ici la gémellité, le double normalement parfait, est en quelque sorte altéré par le père. Les deux jumeaux, vrais, ne sont pas semblables, et ce à cause du père justement. Mieux, l’un est visible, en totalité dans ce monde, l’autre à peine à moitié. C’est un problème assez fascinant chez Lovecraft cette question du double et du père. Cette nouvelle particulière en est une des illustrations mais pas la seule, on se souvient de The case of Charles Dexter Ward (en français : l’affaire Charles Dexter Ward). Lovecraft, passionné de généalogie, faisait volontiers remonter ses origines à des nobliaux anglais du XVIIIe. Rien n’est assuré dans cette ascendance passablement bricolée, S.T Joshi l’a bien montré dans sa monumentale biographie. L’intérêt c’est que Lovecraft, lui, y croyait.

Le père de Lovecraft, Winfield Scott Lovecraft, est pris de crises de démence, environ deux ans et demi après la naissance d’Howard Phillips. Il fut rapidement interné et finit ses jours dans un asile. Il mourut à l’âge de quarante-quatre ans, son fils avait huit ans. Lovecraft n’aura jamais réellement connu son père et les seules informations qu’il aura sur lui viendront de sa mère, une puritaine qui finira elle aussi ses jours dans un asile quelques années plus tard. On comprend qu’avec un tel passé familial, Lovecraft ait été fasciné par les récits d’horreur et le genre fantastique. Sa mère, Susie Lovecraft, née Phillips (le grand-père maternel est lui aussi une figure peu banale) est, comme on l’a dit, très puritaine et sujette à des idées fixes qui se mueront peu à peu en véritables obsessions donnant lieu à des séries d’hallucinations. Elle est persuadée que son mari a basculé dans la démence à cause de la syphilis car sur son acte de décès figure le mot «parésie générale» comme cause de la mort. Or la parésie est souvent liée à un ensemble de symptômes liés à la syphilis. Mais ce mot était aussi utilisé comme synonyme de «paralysie» dans le vocabulaire médical de l’époque, on ne sait donc pas avec certitude quelle était l’origine de la folie du père de Lovecraft. Susan était cependant totalement convaincu que son mari avait été victime de sa lubricité et cela renforça encore un peu plus son puritanisme. Elle avait déjà, sans doute, commencé elle aussi à basculer dans la folie. Elle avait élevé son fils dans un silence épais, confinant ses origines paternelles dans les limbes du secret et, peu à peu, ce déni passé au tamis de sa confusion mentale se mua en haine du père. La figure paternelle pose toujours problème dans les textes de Lovecraft et ce problème est, c’est du moins ainsi que je le vois, au centre de l’imaginaire de cet auteur. Ce père est monstrueux par nature et forcément invisible, occulté. Quand il apparaît, par intermittence, c’est une vision d’horreur, celle d’un être qui par son ignominie ne peut appartenir à notre monde. Le père est toujours dans l’ombre.

Or le père, c’est la règle, la loi. Mais cette loi est donnée — à la fois dans l’excès et le manque — par sa mère, incapable d’assumer la charge de l’éducation de son fils, tant elle est la proie de ses délires. Elle le cache au monde, refuse qu’il aille à l’école (il apprendra lui-même à lire très précocement) sous le prétexte qu’il est trop nerveux et surtout, qu’il est très laid et que les autres le tourmenteraient à cause de cette laideur. Les photographies que nous avons conservées nous montrent plutôt l’inverse. Elle lui fait elle-même la classe, secondé par ses soeurs. La tante Lilian sera d’ailleurs une mère de substitution au décès de Susan. Le père est nié, la loi est trop souvent absente. Elle éduquera le petit Lovecraft dans un mélange de rigorisme qui confine à la castration et, dans le même mouvement, une permissivité dans quasiment tous les autres domaines. Elle le laissera se nourrir comme il le souhaite, il se gavera de sucreries, ne mangeant quasiment jamais de légumes et décédera d’un cancer digestif à quarante-sept ans. Il prendra très jeune l’habitude de dormir le jour et veiller la nuit ce qui rendra difficile pour ne pas dire impossible son intégration professionnelle. Il vivra toute sa vie dans une quasi-misère, passant son temps à écrire une correspondance aux dimensions titanesques et à fournir des articles et des textes pour l’association des journalistes amateurs alors qu’il vivait avec moins d’un dollar par jour et que, sans l’aide financière de sa tante, il eût tôt fait de sombrer dans la déchéance absolue. Cette incapacité à accéder à l’autonomie, qu’il reconnaissait d’ailleurs bien volontiers, est très liée à cette absence du père et à la folie de la mère qui en voulant le protéger de prétendus démons l’a en fait entraîné par le fond.

Les deux jumeaux de l’Abomination de Dunwich ressemblent au père, c’est-à-dire qu’ils sont monstrueux car le père lui-même est une des plus monstrueuses créatures que le cosmos ait enfantées. Ce père est à la fois, dans la mythologie qu’invente le cerveau fertile de Lovecraft, le portail qui mène à toutes les abominations de l’enfer, ou, pire, qui leur permet de venir sur notre terre. Mais il est aussi la clé de ce portail. Dans la nouvelle, la mère Whateley est une demeurée dégénérée qui s’est faite volontairement engrosser par ce père monstrueux. Elle accouche de deux fils mais ne peut sans doute en voir qu’un seul, celui qui ressemble le moins au père. L’autre est trop loin, hors d’atteinte. Cette mise en abyme — dans tous les sens du terme — de l’histoire personnelle de l’auteur, pour peu que l’on en accepte l’hypothèse est une invitation à la relecture. On a beaucoup parlé de l’engendrement de l’oeuvre par le racisme et la xénophobie de Lovecraft, thèmes battus et rebattus ad nauseam (j’y consacrerai un prochain article afin de solder les comptes, du moins les miens) mais rarement, en tout cas à ma connaissance, de ces gouffres oedipiens qui bouillonnent encore dans le soubassement de ses textes.

Plaisir de relire Lovecraft : ce n’est pas «l’horreur cosmique» qui nous happe, pour autant qu’elle ait un jour fonctionné, mais bien le vertige de nos origines, le secret d’une famille toujours vécue comme monstrueuse et anormale. Le cloaque de la chair dont nous sommes issus. Le savoir, celui qui permet de lever le secret, est dans ce cas à la fois terriblement désirable et absolument terrifiant. Il peut rendre fou celui qui veut s’en emparer. Comme le fameux «Abdul Alhazred», «l’arabe dément» qui a écrit le terrible Necronomicon, le livre interdit.
Celui que vient voler le premier jumeau Whateley pour ouvrir la route au Père.

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