État des lieux

 «D’abord, le pouvoir dépendait de tous sans qu’aucun fût assez fort pour l’accaparer. Les dettes particulières étaient considérées comme dettes publiques, les hommes de race chananéenne avaient le monopole du commerce ; en multipliant les bénéfices de la piraterie par ceux de l’usure, en exploitant rudement les terres, les esclaves et les pauvres, quelquefois on arrivait à la richesse. Seule, elle ouvrait toutes les magistratures, et bien que la puissance et l’argent se perpétuassent dans les mêmes familles, on tolérait l’oligarchie, parce qu’on avait l’espoir d’y atteindre.»

Quelle belle description ! Quelle admirable synthèse ! S’agit-il donc de notre beau pays, la France ? À n’en point douter, c’est bien de chez nous qu’il s’agit ! La description correspond trait pour trait. Mais… la «race chananéenne» ? Cékoidon ? Voyons, réfléchissons un peu… Ah oui, bien sûr ! «chananéen» de « Chanonat» petite bourgade huppée de la région Clermontoise qui servit longtemps de lieu de résidence à un châtelain ex-président de la république et formolisé de son vivant par l’Académie Française, ce machin qui ne sert à rien et qui coûte quand même assez cher. La «race chananéenne» désigne donc, c’est établi, le gentilé de la commune de Chanonat, naturellement infestée de nombreux petits marquis comme on disait au XVIIIe,  bâtards probables  du sus-nommé.

Las, que nenni ! Vous n’y êtes point. Vous avez cru lire une admirable peinture de la France chiracquisée, puis sarkozyée, enfin hollandisée et bientôt, macronisée. Mais il ne s’agit pas de cela, vous n’y êtes point vous dis-je. Vous venez de lire en vérité la description de la république de Carthage dans Salammbô de Flaubert.

Ouf ! Tant que ce n’est pas chez nous. On l’a échappé belle…



Parce qu’elle le vaut(Quiez) bien…

Madame — pardon Mademoiselle — M***** M*******-L* P** (comptez bien les étoiles, le nombre y est), a récemment déclaré dans une feuille de chou ordinaire qu’elle pensait que M. Laurent W******Z, président de région Auvergne-Rhône Alpes de son état (c’est facile, là, je vous aide) était quelqu’un avec qui on pouvait discuter de projets en commun. Précisons tout de suite que le « on » ne vaut que pour elle. Personnellement cela ne me regarde pas, comme auraient dit les Inconnus. Elle se situe manifestement un peu à droite du monsieur sus-nommé mais ne dédaignerait pas décorer un peu ce flan droit qu’elle trouve fashionable. Elle a fait cette intéressante déclaration peu après avoir claqué le porte (en douceur mais trop quand même) du parti dont sa tante a hérité de son grand-père en attendant, j’imagine, la prochaine dévolution successorale. Notaire est un métier parfois compliqué.

Le problème, parce qu’il y en a un, réside dans le fait qu’on ne voit pas bien comment Mme M***** M*******-L* P** (j’aime bien quand ça reste anonyme) pourrait être à  «la droite de M. Wauquiez» à moins d’imaginer que l’hémicycle serait devenu circulaire et, dans ce cas, qu’elle se retrouve finalement à l’extrême gauche.  Dans l’hypothèse contraire, donc s’il s’agit toujours d’un demi-cercle (c’est la traduction «d’hémicycle» qui n’a jamais signifié «moitié de vélo» je le précise à l’intention des nombreux illettrés voleurs de poule qui se passionnent pour ce blog) , M***** M*******-L* P** (on dirait un mot de passe) risque de se retrouver très à l’étroit, à la droite de ce grand humaniste. De roucoulade en roucoulade, il pourrait bien accepter d’ailleurs (il n’a jamais été très difficile, il faut lui reconnaître au moins ce talent), mais pour se situer à droite de ce monsieur, la belle devra se faire contorsionniste, il ne s’agit pas seulement de se trémousser la crinoline devant des bad boys en limousine comme disait l’autre, il faut carrément être en caoutchouc.

C’est un vrai challenge comme on dit maintenant parce qu’on ne connaît plus le mot défi (pas grave, c’est quand même un mot français à l’origine, notre honneur est sauf). Ce pourrait être le prochain sujet des futures Présidentielles : «peut-on raisonnablement espérer une place à droite de M. Wauquiez ? »

N’oublions pas que Satan a toujours été à gauche (c’est pas moi qui le dis, c’est la Bible).

Professor Hait



La plus petite nouvelle fantastique de l’univers.

Après avoir regardé la soirée de la présidentielle en bouffant des chips, Dieu avait enfin compris qu’il avait merdé et que sa Création avait pourri jusqu’au trognon. Tout l’Univers et même ses alentours étaient en coma dépassé. Il opta pour un dépôt de bilan franc et massif et mit le cosmos en mode Armaggedon. En quelques secondes, tout fut détruit, il ne resta rien, absolument rien, à part Lui.

Dieu demeurait seul. Tout seul. Infiniment seul. Bref, il se faisait immensément chier. Il réfléchit à la possibilité de se mettre également en mode Armaggedon. Là, il ne subsisterait vraiment plus rien. Il enclencha le processus puis assista à sa dissolution dans un état semi-dépressif. La plus grande partie de Lui-Même avait déjà disparu, il ne restait plus que quelques secondes avant la fin de tout.

 

C’est à cet instant qu’il reçut un sms.



La macro-onanisation

Ça y est ! C’est pour ainsi dire officiel ! Les Républicains (je suppose que les autres ne le sont pas, donc) se sont fait macroniser, non, pardon, MACRONISER.  Et sur une grande échelle, paraît-il. On parlerait même d’accident industriel, c’est dire. 

Mais qu’est-ce au juste que la macronisation ? Et bien, c’est une intronisation, mais en plus rapide, pour l’homme pressé du XXIème siècle en quelque sorte. Le geste reste souple et délié, mais le mouvement est nerveux, voire saccadé dans les grandes occasions. Une partie des LR, il faut le noter, a tenté d’opposer un refus catégorique (et courageux) à une telle intronisation aussi vigoureuse qu’étonnante, disant qu’il ne fallait quand même pas tout se permettre.

Las, entre se permettre et se faire mettre, même l’académicien le plus gâteux sait qu’il n’y a qu’un seul phonème, donc un seul pas. D’autres — beaucoup d’autres — aux chairs moins fermes et au passé plus mouvementé sans doute, se sont dit : « une fois de plus, une fois de moins, c’est pas ça qui va changer la fin de l’histoire. »

   À l’autre bout du spectre — non, je ne parle pas du président d’horreur d’un parti aux thèses inavouables, il est toujours en vie — on est parfois tenté par un ersatz (en Allemand dans le texte, ces gens-là sont nos maîtres quand même) de la macronisation, que l’on dénomme la « mélenchonisation ». Mais ça ne prend pas, seuls quelques communistes égarés, coincés dans le Gers depuis le pacte germano-soviétique se sont fait pécho. En tout, on pense qu’ils sont trois, autant dire que c’est anecdotique.

   Pourquoi la mélenchonisation pédale dans la choucroute alors que la macronisation fait un carton ? Question de méthode, essentiellement. La mélenchonisation se veut virile voire agressive mais tout passe par le verbe, alors forcément, c’est mou, presque désincarné. En face, on ne macronise pas avec des hologrammes, ah non pas de ça chez nous ! Du réel, du vrai, de l’authentique ! Il ne suffit pas de se cabrer dans une posture qui évoque vaguement un matador vegan pour pouvoir mélenchoniser à tout va. Chez les helpers du move à Emmanuel on l’a bien compris, avant d’entrer dans la REM, on ne se cabre plus, au contraire, on tortille, on ondule, on smurfe. Et puis vlan, la ruade.

Avant ET arrière. L’heure est aux grands projets, l’avenir appartient aux hommes d’action. Vas-y Manu.

Professor Hait



Trash

Je viens d’apprendre que Marion M……. L. P.. (ouais, compte les points si ça t’amuse) se retire de la politique.

Ça veut donc dire qu’elle y était entrée. C’est dingue ! C’est une vraie poubelle ce truc.



Si des fois…

Par hasard, l’une ou l’un d’entre vous aurait-il ou aurait-elle (c’est chiant la parité) l’adresse du rédac-chef de la Revue des deux mondes ? Celle de son comptable m’ira aussi bien. J’aurais une ou deux notes de lecture à lui envoyer.

Il faut que je change de bagnole et je voudrais investir dans un modèle sport.

Écrire aux Restos du cœur qui transmettront.

Merci

 



La retraite à points

Oui comme le permis. C’est ce qu’IL a dit, hein, j’invente rien.

Bon, je m’absente, quoi, allez disons deux ans à tout casser, peinard, retiré-de-la-vie-publique-de-mon-blog-tout-mou et quand je reviens de ma retraite dorée dans la banlieue pourrie d’un gros bourg auvergnat qui a l’électricité les jours pairs : qu’apprends-je ? (oui ça se dit, ça sonne un peu comme « Madrange » sans le côté arme chimique). Bref, qu’apprends-je ?

Que rien — mais vraiment strictement rien — n’a changé ! Incroyable ! Inouï ! C’est toujours les mêmes têtes de nœud qui se payent la nôtre dans les érections pestilentielles.  J’ai bien vu sur les statistiques que je consulte deux fois par an (les bissextiles uniquement) que mon blog moisi avait connu deux pics de fréquentation en 15 jours d’intervalle. Du jamais vu non plus. Et, tenez-vous bien, enfin faites comme vous voulez, je m’en tape, c’était le jour du premier tour et celui du deuxième (pourtant il paraît que c’était une élection à un tour, je n’y comprends plus rien). Et, les gars, payez-vous un abonnement au Canard si vous voulez être vraiment informé. Sinon achetez Le Monde, vous saurez ce que tout le monde pense, mais après tout le monde. Je n’arrive pas à comprendre l’intérêt pourtant il y a des gens qui aiment ça visiblement. En tout cas, j’ai bien peur de vous avoir déçu et, pire, de continuer à vous décevoir. Nous avons élu le responsable projet de la Chancelière teutonne, il paraît qu’il parle bien anglais, je n’ai rien de plus à déclarer sur le sujet, franchement.

Je sais, je sais… mon dernier article d’il y a deux ans, avant que je décide d’aller vivre une vie d’ermite simple et retirée à deux pas de l’hôtel de ville de Clermont-Ferrand (c’est une ville pratique pour ce genre de projet : on a tout sur place, vu qu’il n’y a rien) évoquait le « déconomacron », livre du Hollandais dément. Et bien voilà, c’est arrivé.

Je crois qu’il faut savoir rester modeste (et je suis fier de l’être) : bien sûr que j’avais tout prévu. Fastoche même ! C’est pour cela que je me taisais car vous remarquerez que les types qui prévoient tout en général ne disent rien, c’est bizarre mais c’est ainsi, vérifiez vous me direz.

Donc on va se faire Macroniser. Le tout est de savoir si l’opération est aussi douloureuse que nous le pressentons. Le médecin à l’air sympa et il semblait souriant. Je dis « semblait » parce que depuis le 7, il tire une tronche pas possible, je ne sais pas si vous avez vu mais ça fait peur, bonjour l’angoisse. Depuis qu’il sait qu’il va poser son fondement là ou son prédécesseur vient tout juste de retirer le sien on dirait le fils naturel de Merkel et de Fillon, la raie du cul entre les deux sourcils et le pif comme un étron d’éléphant. Même Brigitte, là, je la trouve pas plus enjouée que ça. La first lady a l’humeur baudelairienne depuis que son bad boy confond le Louvre et le Panthéon.

Enfin, c’est le progrès il paraît.



Le « Déconomacron » du Hollandais dément.

H.P Lovecraft avait inventé de toutes pièces un livre affreux, le célèbre Nécronomicon de l’arabe dément Abdul Al’hazred, censé contenir tous les sortilèges les plus abominables afin de faire venir sur notre monde les choses spongieuses et velues, souvent protoplasmiques, des sphères extérieures. Notre Président (Gloire à Lui et à son casque de Scooter) a compris la leçon mais n’ayant pas de Nécronomicon sous la main ni le talent de Lovecraft il a opté pour le grand Déconomacron.

Le Déconomacron est le Nécronomicon appliqué à la politique, enfin en ce qu’il en reste après le règne de ces tristes sires qui nous fatiguent depuis vingt ans ; le Déconomacron est donc le livre du Hollandais dément François-pet-au-casque qui contient toutes les pires conneries visant à faire parler de lui sans rien changer à la situation dont tous nos politiques semblent fort bien s’accommoder.

Ça me donne des idées pour sortir Gër Harmaj Haax du frigo, tiens…



Sans état d’âme, Yves Ravey

J’ai aujourd’hui achevé la lecture de Sans état d’âme d’Yves Ravey. L’argument en est simple, un homme, Gu, camionneur, amoureux depuis toujours de la fille de sa voisine, Stéphanie est chargé par cette dernière de retrouver l’homme dont elle tombée amoureuse, un américain, John Loyd. Il reste à ajouter que la maison qui appartenait à sa famille a été rachetée pour une bouchée de pain par la mère de Stéphanie, Blanche afin de réaliser une grosse affaire immobilière et qu’il ne résout pas à quitter cette maison dans laquelle il a passé toute sa vie. Le roman est à la première personne et on apprend très tôt, du moins on comprend, que c’est lui qui a tué John Loyd. Il se fera tuer à la fin par le frère de ce dernier, Mike, historien qui est venu pour retrouver des informations sur son grand-père mort pendant le débarquement et aussi pour avoir des nouvelles de John, dont l’arrivée s’apparente fort à un deus ex machina que l’écrivain a utilisé simplement parce qu’il ne savait pas comment tirer son héros du bourbier dans lequel il l’avait plongé.

Le roman oscille donc entre un roman classique et un roman policier qui ne dit pas son nom. L’ensemble est à peu près correctement écrit, dans un style poussif, d’une extraordinaire platitude, sans aucune invention. L’auteur hésite pourtant à tout emprunter au roman policier, peut-être par incapacité à mener clairement et efficacement une intrigue. On pourra objecter qu’un meurtre, événement en soi sinon tristement banal du moins suffisamment familier au lecteur, ne devrait pas intrinsèquement définir le genre du livre qui le raconte. Le roman policier possède de toute façon ses propres codes même s’ils sont assez distendus pour permettre des ambiguïtés sans lesquelles le formalisme devient excessif. Le roman policier constitue, à mon sens, un genre tout à fait honorable ayant produit de véritables chefs d’œuvre qui n’ont rien à envier la littérature dite « blanche », étiquette relativement dénuée de sens par ailleurs. Yves Ravey n’a en tout cas aucune des qualités nécessaires à un bon auteur de polar. A-t-il pour autant l’étoffe d’un bon écrivain ?

Sans état d’âme  souffre à mon avis d’un problème important : c’est un livre qui n’arrive pas à choisir entre plusieurs esthétiques différentes et qui tente de les mélanger en 120 courtes pages, ce qui produit invariablement un sentiment de désorientation chez le lecteur (en tout cas chez moi). En lisant le mot «fin» on ne peut plus faire qu’une seule hypothèse pour expliquer ce fait étrange : l’auteur semble ignorer totalement ce à quoi pourrait ressembler une esthétique littéraire.  Est-ce un livre sur les sentiments amoureux voués à l’échec entre un homme qui n’a pas renoncé à son amour de jeunesse et une femme qui rêve d’un eldorado exotique ? Oui, sans aucune hésitation. Est-ce le roman d’un meurtre qui s’attache au pas du criminel qui se trouve être également l’enquêteur (ficelle narrative bien connue dont le modèle date du XVIIe siècle avant J-C : Oedipe Roi de Sophocle) ? Assurément. Est-ce le roman d’un homme brisé par la mort de son père, la folie de sa mère et la trahison d’une voisine qu’il considérait probablement comme une personne digne de confiance ? Encore exact. Tout est possible puisque le livre ne témoigne finalement que d’une vacuité vertigineuse.

Cependant le roman peut parfois faire penser à quelques très beaux livres de Jean-Patrick Manchette par cette forme d’écriture blanche et dépouillée dans laquelle germe une violence syntaxique et sémantique menaçante et larvée.  La différence réside dans le fait que chez Manchette c’est indubitablement volontaire alors que chez Ravey c’est  indiscutablement lié à une incapacité stylistique qui est de plus en plus patente au fur et à mesure de la lecture. « Gu » ressemble quelquefois  à Eugène Tarpon, personnage blessé et médiocre qui va jusqu’au bout de quelque chose qu’il ne soupçonnait même pas mais j’ai bien conscience que c’est le lecteur que je suis qui produit ce rapprochement, l’auteur, lui, fait ce qu’il peut. Ce qui  passe ainsi pour une écriture blanche et minimaliste lors d’une lecture peut-être trop rapide n’est in fine qu’un manque cruel de style et d’esthétique littéraire.

Le même reproche peut être fait sur le plan de la narration. À trop vouloir brouiller les pistes, entremêler les intrigues et croiser les registres, l’auteur a fini par embrumer son roman et perdre son lecteur. Mais voulait-il vraiment tout cela ? La clef de l’énigme a été livrée par deux interventions de Ravey auxquelles j’ai pu assister : quasiment incapable de construire un discours simplement cohérent à l’oral et régulièrement mis en difficulté par des questions relativement triviales concernant l’écriture, questions dont le sens littéral lui échappait parfois, cet auteur  n’a en fait aucune idée de ce qu’il fait quand il écrit, trouve ses fins en regardant le paysage sur l’autoroute (sic !), écrit de son propre aveu sans plan ni idée de départ, bref au petit bonheur la chance.  Il fait illusion par le simple fait qu’il est publié aux éditions de Minuit, maison prestigieuse qui édita de grands auteurs. Mais cette époque est révolue, seul perdure l’effet de prestige.

  Le même livre, s’étalant sur trois cents pages de bonne tenue littéraire, croisant les intrigues avec rigueur et multipliant les échappées romanesques eût été sans doute une réussite. Sur cent vingt pages il eût fallu en faire une tragédie racinienne, écrire à l’os, dépouiller toute la narration de ce qu’elle pouvait receler hormis la violence du récit et des passions et, par-dessus tout, construire une charpente narrative permettant de faire circuler l’attention du lecteur entre terreur et pitié selon l’expression bien connue d’Aristote. Le regretté J-P Manchette avait écrit un jour : « Le roman policier est une littérature pour insomniaques et ferroviaires » mais, justement, comme on dit à la SNCF, « qui trop embrasse manque le train ». L’auteur de Sans état d’âme  n’embrasse rien, ne manque même pas le train. Il déraille, c’est tout.



Une femme de ménage, Christian Oster

J’ai fini il y a quelques jours un roman intitulé Une femme de ménage paru en 2003 aux éditions de Minuit. Pas de toute fraîcheur, donc. Nous sommes encore loin de la rentrée littéraire et de ces six cent et quelques romans. J’aime à croire que les beaux livres sont comme les bons vins, ils ne donnent leurs meilleurs arômes qu’après quelques généreuses années dans une cave, à l’abri de la lumière et de l’agitation. Je ne récrimine point contre l’inflation du nombre de livres édités, bien au contraire, elle me paraît témoigner d’une belle vigueur dans un monde où le déclin de la lecture est régulièrement annoncé comme le seul horizon possible. Je me réjouis donc qu’il y ait encore autant de romanciers qui continuent d’écrire (il m’arrive aussi de le faire), d’éditeurs pour publier et de public pour lire, surtout. Mais en ce qui me concerne je préfère souvent découvrir un auteur qui a déjà une longue série d’ouvrages derrière lui, comme une promesse de bonheurs renouvelés, si le livre me plaît.

Une femme de ménage donc. L’intrigue est simple, presque insignifiante : un homme vient de subir une rupture amoureuse et engage une femme de ménage pour rendre son appartement un peu plus vivable pendant qu’il tente, lui, de mettre de l’ordre dans ses idées, tâche incomparablement plus ardue. Laura, c’est le nom de la femme de ménage, est une jeune fille qui vit de petits boulots et se fait un jour expulser de l’appartement de son ex-compagnon. À la rue, elle demande au personnage principal, Jacques, qui est également le narrateur, s’il peut la « dépanner » pour quelques jours. Jacques ne veut pas, cette idée ne lui plaît pas du tout. Il accepte. Jacques est un peu faible vous l’aurez compris. Laura s’installe donc dans la chambre pendant que Jacques refait sa vie sur le canapé du salon. Cela s’appelle « taper l’incruste ». De fil en aiguille si j’ose cette expression, Laura qui s’ennuie un peu avec ses deux heures de ménage hebdomadaires propose à Jacques, quinquagénaire indécis, quelques distractions érotiques d’abord bi-mensuelles puis nettement pluri-hebdomadaires. Ils finissent par regarder la télévision ensemble, l’amour survient presque par effraction, à l’insu de leur plein gré comme on dit chez les drogués.

Patatras ! Constance revient un soir, Jacques est pétrifié et n’écoutant que son courage, qui ne lui dit pas grand-chose, il fuit. Avec Laura. Où ? Ailleurs. Que se passe-t-il alors ? D’autres choses. Lisez le livre, vous verrez bien.

Tout l’intérêt de ce roman vient de la façon dont l’auteur a traité le monologue intérieur de Jacques, tout en finesse, en délicieuses hésitations parsemées d’un humour à la fois retenu et souvent drôle. Le reproche que je pourrais faire à ce livre réside dans certaines longueurs (pour moi) inhérentes à ce type de choix narratif mais qui demeurent fort heureusement suffisamment rares pour ne pas engourdir le lecteur (les longueurs sont supportables quand elles sont courtes, c’est tout le problème).

Un bon livre dans lequel le monde fait eau de toute part, laissant des personnages éberlués voguer à la dérive, accroché à un espoir qui n’est souvent qu’une branche un peu moins moisie que la coque du rafiot qui vient de s’échouer. Le désespoir « cool » d’un monde absurde teinté d’un humour à la fois décalé et impassible.

Je lirai d’autres romans de cet auteur qui est une belle découverte.

Une citation : « Je connaissais aussi quelques personnes en bonne santé , mais à ceux-là je ne savais pas trop quoi dire. La question « Ça va ? » ne leur évoquait rien de spécial. Quant à moi, donc, je me portais plutôt bien physiquement, et je me sentais peu à peu rentrer dans la norme, voire dans l’élite. Pas de problèmes, une désespérance en fin de course, un métier, une femme de ménage, il ne me manquait plus que le bonheur. Mais j’avais le temps, je n’entrais que dans ma cinquantième année. »



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Crue de Juillet

J’ai lu dernièrement un livre assez récent (paru en 2013), intitulé Crue de Juillet d’Hélène Lenoir, auteure que je ne connaissais pas. Il m’a suffisamment marqué pour que j’éprouve le désir d’en faire ici la recension et la critique. L’histoire est d’une banalité affligeante : une femme, journaliste pigiste, est envoyée dans une petite ville allemande pour rencontrer un peintre ― vieux et malade ― qui refuse tous les entretiens que la presse lui propose depuis des années. Rien ne se passe comme prévu et elle tombe amoureuse d’un homme aperçu sur la terrasse d’un restaurant, qui lui aussi succombera à son charme non sans éprouver des angoisses irrépressibles liées à une précédente histoire qui s’est mal terminée. Au bas mot nous avons ici la trame d’au moins la moitié de toute la littérature mondiale produite depuis des siècles. Alors quoi ?

En premier lieu, c’est la confirmation, s’il en était besoin ― mais de récents étonnements de sociologues mal inspirés nous le prouvent ― qu’il y a très peu d’histoires en circulation depuis l’aube de l’humanité. La littérature « moderne », en gros depuis la fin du moyen-âge, n’a créé de mythes qu’en nombre restreint (le picaro, Faust, Dom Juan et quelques autres) et ce sont in fine toujours les mêmes ingrédients que l’on ressert indéfiniment. Mais pas toujours les mêmes plats, parce qu’entre la matière première et l’assiette, il y a la cuisine, l’art de la préparation, du condiment, du cru et du cuit, bref la transformation. Toute littérature n’est que répétition et décalage, pastiche et métamorphose, de nombreux travaux critiques l’ont admirablement montré, entre autres celui de Gérard Genette, Palimpsestes1. L’art du romancier, ici singulièrement de la romancière, consiste à nous proposer du neuf avec du vieux, de nous ravir avec des histoires usées jusqu’à la corde sans que jamais les manœuvres de la coulisse ne laissent apparaître les ficelles du récit. Comme l’écrit Blanchot, « l’absence d’artifice n’est pas l’authenticité». Le roman dont je parle appartient pour moi à cet ordre littéraire d’un récit qui ne se dévoile que partiellement, fragments après fragments, comme une route côtière nous apparaît par bribes dans une nuit trouée de lumière s’offrant et se dissimulant tour à tour à nos regards à la fois émerveillées et inquiets. Nous ne comprendrons qu’à la fin les ressorts du personnage et non pas le fin mot de l’histoire qu’il n’appartient qu’au lecteur d’imaginer pour lui-même. Il s’agit ici, vous l’avez compris, d’un texte troué, dont les lacunes volontaires forment paradoxalement la chair même de la fable. De nombreuses techniques cinématographiques sont ainsi convoquées sans lourdeur ni démonstration ― on sait depuis quelques décennies le renversement qui s’est opéré entre le 7ème art la littérature. Les multiples effets de plan, de cadre et d’ellipse servis par un style sobre et fluide mais jamais minimaliste plongent le lecteur dans le récit neuf comme l’aube d’une histoire vieille comme le monde. Ce n’est pas si fréquent.

La crue de Juillet, Hélène Lenoir, ed. de Minuit, 2013

1Rappelons qu’un palimpseste, dans son son sens littéral désigne un manuscrit du moyen-âge qui a été effacé par grattage pour pouvoir le réutiliser pour écrire un nouveau texte.


Le Grexit, ça m’excite.

Les Grecs n’ont pas besoin du FMI ( prononcez à l’américaine : « affamez »)  ou des conseils (avisés comme se doit) de la « Troïka ».  En fait du pognon leur suffirait. On ne peut pas leur en vouloir, c’est un choix de bon sens. Évidemment, ce pognon c’est un peu celui de notre livret A et de nos LDD (pour ceux qui en ont encore un). Mais à défaut d’avoir les poches pleines on peut essayer d’avoir les idées larges, ça ne coûte pas cher. Si j’ai correctement compris, ils veulent bien du flouze par paquet de douze mais ils sont plus réticents à l’idée de payer des impôts paraît-il.  Pour couronner  le tout ils arguent qu’ils n’ont plus un fifrelin pour les régler. Quelle excuse bidon, franchement !  De là à penser qu’ils sont tous comme Johnny Halliday, n’exagérons rien. Ils ont inventé la philosophie et ne passent que très rarement leurs vacances en Suisse. En outre, ceux que j’ai rencontrés chantaient plutôt pas mal. Rien à voir, donc.

Ils nous ont d’ailleurs opportunément rappelé que le nom « Europe » vient de leur langue, c’est ballot, à l’époque ils ont oublié de déposer un brevet. En revanche, « BCE », je crois que c’est allemand, non ?

Tous ces dirigeants européens sont vraiment impayables. Nous, nous serons impayés, rien de nouveau sous le soleil.   Et la France (phare des nations, lumière de l’univers), au fait, que fait-elle ?

 

… Ben rien, comme d’habitude, quoi.

 

Professor Hait

 

 

 

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