Le « Déconomacron » du Hollandais dément.

H.P Lovecraft avait inventé de toutes pièces un livre affreux, le célèbre Nécronomicon de l’arabe dément Abdul Al’hazred, censé contenir tous les sortilèges les plus abominables afin de faire venir sur notre monde les choses spongieuses et velues, souvent protoplasmiques, des sphères extérieures. Notre Président (Gloire à Lui et à son casque de Scooter) a compris la leçon mais n’ayant pas de Nécronomicon sous la main ni le talent de Lovecraft il a opté pour le grand Déconomacron.

Le Déconomacron est le Nécronomicon appliqué à la politique, enfin en ce qu’il en reste après le règne de ces tristes sires qui nous fatiguent depuis vingt ans ; le Déconomacron est donc le livre du Hollandais dément François-pet-au-casque qui contient toutes les pires conneries visant à faire parler de lui sans rien changer à la situation dont tous nos politiques semblent fort bien s’accommoder.

Ça me donne des idées pour sortir Gër Harmaj Haax du frigo, tiens…



Sans état d’âme, Yves Ravey

J’ai aujourd’hui achevé la lecture de Sans état d’âme d’Yves Ravey. L’argument en est simple, un homme, Gu, camionneur, amoureux depuis toujours de la fille de sa voisine, Stéphanie est chargé par cette dernière de retrouver l’homme dont elle tombée amoureuse, un américain, John Loyd. Il reste à ajouter que la maison qui appartenait à sa famille a été rachetée pour une bouchée de pain par la mère de Stéphanie, Blanche afin de réaliser une grosse affaire immobilière et qu’il ne résout pas à quitter cette maison dans laquelle il a passé toute sa vie. Le roman est à la première personne et on apprend très tôt, du moins on comprend, que c’est lui qui a tué John Loyd. Il se fera tuer à la fin par le frère de ce dernier, Mike, historien qui est venu pour retrouver des informations sur son grand-père mort pendant le débarquement et aussi pour avoir des nouvelles de John, dont l’arrivée s’apparente fort à un deus ex machina que l’écrivain a utilisé simplement parce qu’il ne savait pas comment tirer son héros du bourbier dans lequel il l’avait plongé.

Le roman oscille donc entre un roman classique et un roman policier qui ne dit pas son nom. L’ensemble est à peu près correctement écrit, dans un style poussif, d’une extraordinaire platitude, sans aucune invention. L’auteur hésite pourtant à tout emprunter au roman policier, peut-être par incapacité à mener clairement et efficacement une intrigue. On pourra objecter qu’un meurtre, événement en soi sinon tristement banal du moins suffisamment familier au lecteur, ne devrait pas intrinsèquement définir le genre du livre qui le raconte. Le roman policier possède de toute façon ses propres codes même s’ils sont assez distendus pour permettre des ambiguïtés sans lesquelles le formalisme devient excessif. Le roman policier constitue, à mon sens, un genre tout à fait honorable ayant produit de véritables chefs d’œuvre qui n’ont rien à envier la littérature dite « blanche », étiquette relativement dénuée de sens par ailleurs. Yves Ravey n’a en tout cas aucune des qualités nécessaires à un bon auteur de polar. A-t-il pour autant l’étoffe d’un bon écrivain ?

Sans état d’âme  souffre à mon avis d’un problème important : c’est un livre qui n’arrive pas à choisir entre plusieurs esthétiques différentes et qui tente de les mélanger en 120 courtes pages, ce qui produit invariablement un sentiment de désorientation chez le lecteur (en tout cas chez moi). En lisant le mot «fin» on ne peut plus faire qu’une seule hypothèse pour expliquer ce fait étrange : l’auteur semble ignorer totalement ce à quoi pourrait ressembler une esthétique littéraire.  Est-ce un livre sur les sentiments amoureux voués à l’échec entre un homme qui n’a pas renoncé à son amour de jeunesse et une femme qui rêve d’un eldorado exotique ? Oui, sans aucune hésitation. Est-ce le roman d’un meurtre qui s’attache au pas du criminel qui se trouve être également l’enquêteur (ficelle narrative bien connue dont le modèle date du XVIIe siècle avant J-C : Oedipe Roi de Sophocle) ? Assurément. Est-ce le roman d’un homme brisé par la mort de son père, la folie de sa mère et la trahison d’une voisine qu’il considérait probablement comme une personne digne de confiance ? Encore exact. Tout est possible puisque le livre ne témoigne finalement que d’une vacuité vertigineuse.

Cependant le roman peut parfois faire penser à quelques très beaux livres de Jean-Patrick Manchette par cette forme d’écriture blanche et dépouillée dans laquelle germe une violence syntaxique et sémantique menaçante et larvée.  La différence réside dans le fait que chez Manchette c’est indubitablement volontaire alors que chez Ravey c’est  indiscutablement lié à une incapacité stylistique qui est de plus en plus patente au fur et à mesure de la lecture. « Gu » ressemble quelquefois  à Eugène Tarpon, personnage blessé et médiocre qui va jusqu’au bout de quelque chose qu’il ne soupçonnait même pas mais j’ai bien conscience que c’est le lecteur que je suis qui produit ce rapprochement, l’auteur, lui, fait ce qu’il peut. Ce qui  passe ainsi pour une écriture blanche et minimaliste lors d’une lecture peut-être trop rapide n’est in fine qu’un manque cruel de style et d’esthétique littéraire.

Le même reproche peut être fait sur le plan de la narration. À trop vouloir brouiller les pistes, entremêler les intrigues et croiser les registres, l’auteur a fini par embrumer son roman et perdre son lecteur. Mais voulait-il vraiment tout cela ? La clef de l’énigme a été livrée par deux interventions de Ravey auxquelles j’ai pu assister : quasiment incapable de construire un discours simplement cohérent à l’oral et régulièrement mis en difficulté par des questions relativement triviales concernant l’écriture, questions dont le sens littéral lui échappait parfois, cet auteur  n’a en fait aucune idée de ce qu’il fait quand il écrit, trouve ses fins en regardant le paysage sur l’autoroute (sic !), écrit de son propre aveu sans plan ni idée de départ, bref au petit bonheur la chance.  Il fait illusion par le simple fait qu’il est publié aux éditions de Minuit, maison prestigieuse qui édita de grands auteurs. Mais cette époque est révolue, seul perdure l’effet de prestige.

  Le même livre, s’étalant sur trois cents pages de bonne tenue littéraire, croisant les intrigues avec rigueur et multipliant les échappées romanesques eût été sans doute une réussite. Sur cent vingt pages il eût fallu en faire une tragédie racinienne, écrire à l’os, dépouiller toute la narration de ce qu’elle pouvait receler hormis la violence du récit et des passions et, par-dessus tout, construire une charpente narrative permettant de faire circuler l’attention du lecteur entre terreur et pitié selon l’expression bien connue d’Aristote. Le regretté J-P Manchette avait écrit un jour : « Le roman policier est une littérature pour insomniaques et ferroviaires » mais, justement, comme on dit à la SNCF, « qui trop embrasse manque le train ». L’auteur de Sans état d’âme  n’embrasse rien, ne manque même pas le train. Il déraille, c’est tout.



Une femme de ménage, Christian Oster

J’ai fini il y a quelques jours un roman intitulé Une femme de ménage paru en 2003 aux éditions de Minuit. Pas de toute fraîcheur, donc. Nous sommes encore loin de la rentrée littéraire et de ces six cent et quelques romans. J’aime à croire que les beaux livres sont comme les bons vins, ils ne donnent leurs meilleurs arômes qu’après quelques généreuses années dans une cave, à l’abri de la lumière et de l’agitation. Je ne récrimine point contre l’inflation du nombre de livres édités, bien au contraire, elle me paraît témoigner d’une belle vigueur dans un monde où le déclin de la lecture est régulièrement annoncé comme le seul horizon possible. Je me réjouis donc qu’il y ait encore autant de romanciers qui continuent d’écrire (il m’arrive aussi de le faire), d’éditeurs pour publier et de public pour lire, surtout. Mais en ce qui me concerne je préfère souvent découvrir un auteur qui a déjà une longue série d’ouvrages derrière lui, comme une promesse de bonheurs renouvelés, si le livre me plaît.

Une femme de ménage donc. L’intrigue est simple, presque insignifiante : un homme vient de subir une rupture amoureuse et engage une femme de ménage pour rendre son appartement un peu plus vivable pendant qu’il tente, lui, de mettre de l’ordre dans ses idées, tâche incomparablement plus ardue. Laura, c’est le nom de la femme de ménage, est une jeune fille qui vit de petits boulots et se fait un jour expulser de l’appartement de son ex-compagnon. À la rue, elle demande au personnage principal, Jacques, qui est également le narrateur, s’il peut la « dépanner » pour quelques jours. Jacques ne veut pas, cette idée ne lui plaît pas du tout. Il accepte. Jacques est un peu faible vous l’aurez compris. Laura s’installe donc dans la chambre pendant que Jacques refait sa vie sur le canapé du salon. Cela s’appelle « taper l’incruste ». De fil en aiguille si j’ose cette expression, Laura qui s’ennuie un peu avec ses deux heures de ménage hebdomadaires propose à Jacques, quinquagénaire indécis, quelques distractions érotiques d’abord bi-mensuelles puis nettement pluri-hebdomadaires. Ils finissent par regarder la télévision ensemble, l’amour survient presque par effraction, à l’insu de leur plein gré comme on dit chez les drogués.

Patatras ! Constance revient un soir, Jacques est pétrifié et n’écoutant que son courage, qui ne lui dit pas grand-chose, il fuit. Avec Laura. Où ? Ailleurs. Que se passe-t-il alors ? D’autres choses. Lisez le livre, vous verrez bien.

Tout l’intérêt de ce roman vient de la façon dont l’auteur a traité le monologue intérieur de Jacques, tout en finesse, en délicieuses hésitations parsemées d’un humour à la fois retenu et souvent drôle. Le reproche que je pourrais faire à ce livre réside dans certaines longueurs (pour moi) inhérentes à ce type de choix narratif mais qui demeurent fort heureusement suffisamment rares pour ne pas engourdir le lecteur (les longueurs sont supportables quand elles sont courtes, c’est tout le problème).

Un bon livre dans lequel le monde fait eau de toute part, laissant des personnages éberlués voguer à la dérive, accroché à un espoir qui n’est souvent qu’une branche un peu moins moisie que la coque du rafiot qui vient de s’échouer. Le désespoir « cool » d’un monde absurde teinté d’un humour à la fois décalé et impassible.

Je lirai d’autres romans de cet auteur qui est une belle découverte.

Une citation : « Je connaissais aussi quelques personnes en bonne santé , mais à ceux-là je ne savais pas trop quoi dire. La question « Ça va ? » ne leur évoquait rien de spécial. Quant à moi, donc, je me portais plutôt bien physiquement, et je me sentais peu à peu rentrer dans la norme, voire dans l’élite. Pas de problèmes, une désespérance en fin de course, un métier, une femme de ménage, il ne me manquait plus que le bonheur. Mais j’avais le temps, je n’entrais que dans ma cinquantième année. »



Crue de Juillet

J’ai lu dernièrement un livre assez récent (paru en 2013), intitulé Crue de Juillet d’Hélène Lenoir, auteure que je ne connaissais pas. Il m’a suffisamment marqué pour que j’éprouve le désir d’en faire ici la recension et la critique. L’histoire est d’une banalité affligeante : une femme, journaliste pigiste, est envoyée dans une petite ville allemande pour rencontrer un peintre ― vieux et malade ― qui refuse tous les entretiens que la presse lui propose depuis des années. Rien ne se passe comme prévu et elle tombe amoureuse d’un homme aperçu sur la terrasse d’un restaurant, qui lui aussi succombera à son charme non sans éprouver des angoisses irrépressibles liées à une précédente histoire qui s’est mal terminée. Au bas mot nous avons ici la trame d’au moins la moitié de toute la littérature mondiale produite depuis des siècles. Alors quoi ?

En premier lieu, c’est la confirmation, s’il en était besoin ― mais de récents étonnements de sociologues mal inspirés nous le prouvent ― qu’il y a très peu d’histoires en circulation depuis l’aube de l’humanité. La littérature « moderne », en gros depuis la fin du moyen-âge, n’a créé de mythes qu’en nombre restreint (le picaro, Faust, Dom Juan et quelques autres) et ce sont in fine toujours les mêmes ingrédients que l’on ressert indéfiniment. Mais pas toujours les mêmes plats, parce qu’entre la matière première et l’assiette, il y a la cuisine, l’art de la préparation, du condiment, du cru et du cuit, bref la transformation. Toute littérature n’est que répétition et décalage, pastiche et métamorphose, de nombreux travaux critiques l’ont admirablement montré, entre autres celui de Gérard Genette, Palimpsestes1. L’art du romancier, ici singulièrement de la romancière, consiste à nous proposer du neuf avec du vieux, de nous ravir avec des histoires usées jusqu’à la corde sans que jamais les manœuvres de la coulisse ne laissent apparaître les ficelles du récit. Comme l’écrit Blanchot, « l’absence d’artifice n’est pas l’authenticité». Le roman dont je parle appartient pour moi à cet ordre littéraire d’un récit qui ne se dévoile que partiellement, fragments après fragments, comme une route côtière nous apparaît par bribes dans une nuit trouée de lumière s’offrant et se dissimulant tour à tour à nos regards à la fois émerveillées et inquiets. Nous ne comprendrons qu’à la fin les ressorts du personnage et non pas le fin mot de l’histoire qu’il n’appartient qu’au lecteur d’imaginer pour lui-même. Il s’agit ici, vous l’avez compris, d’un texte troué, dont les lacunes volontaires forment paradoxalement la chair même de la fable. De nombreuses techniques cinématographiques sont ainsi convoquées sans lourdeur ni démonstration ― on sait depuis quelques décennies le renversement qui s’est opéré entre le 7ème art la littérature. Les multiples effets de plan, de cadre et d’ellipse servis par un style sobre et fluide mais jamais minimaliste plongent le lecteur dans le récit neuf comme l’aube d’une histoire vieille comme le monde. Ce n’est pas si fréquent.

La crue de Juillet, Hélène Lenoir, ed. de Minuit, 2013

1Rappelons qu’un palimpseste, dans son son sens littéral désigne un manuscrit du moyen-âge qui a été effacé par grattage pour pouvoir le réutiliser pour écrire un nouveau texte.



Le Grexit, ça m’excite.

Les Grecs n’ont pas besoin du FMI ( prononcez à l’américaine : « affamez »)  ou des conseils (avisés comme se doit) de la « Troïka ».  En fait du pognon leur suffirait. On ne peut pas leur en vouloir, c’est un choix de bon sens. Évidemment, ce pognon c’est un peu celui de notre livret A et de nos LDD (pour ceux qui en ont encore un). Mais à défaut d’avoir les poches pleines on peut essayer d’avoir les idées larges, ça ne coûte pas cher. Si j’ai correctement compris, ils veulent bien du flouze par paquet de douze mais ils sont plus réticents à l’idée de payer des impôts paraît-il.  Pour couronner  le tout ils arguent qu’ils n’ont plus un fifrelin pour les régler. Quelle excuse bidon, franchement !  De là à penser qu’ils sont tous comme Johnny Halliday, n’exagérons rien. Ils ont inventé la philosophie et ne passent que très rarement leurs vacances en Suisse. En outre, ceux que j’ai rencontrés chantaient plutôt pas mal. Rien à voir, donc.

Ils nous ont d’ailleurs opportunément rappelé que le nom « Europe » vient de leur langue, c’est ballot, à l’époque ils ont oublié de déposer un brevet. En revanche, « BCE », je crois que c’est allemand, non ?

Tous ces dirigeants européens sont vraiment impayables. Nous, nous serons impayés, rien de nouveau sous le soleil.   Et la France (phare des nations, lumière de l’univers), au fait, que fait-elle ?

 

… Ben rien, comme d’habitude, quoi.

 

Professor Hait

 

 

 



La « mort de l’auteur »

J’ai emprunté ce titre au célèbre cours prononcé par Roland Barthes en 1968. En effet il m’apparaît que le  théâtre contemporain (excepté quelques grandes représentations souvent coûteuses) semble vouloir à tout prix faire disparaître le dramaturge. La figure de l’auteur, étymologiquement celui qui a autorité sur le texte (auctor, auctoris), paraît avoir désertée la scène à quelques rares exceptions près. On pourra se prévaloir de ces exceptions dont certaines sont bien connues (Lagache, E-E Schmit, Y. Reza, Novarina, d’autres encore) pour affirmer que, non, décidément, l’écriture est toujours bien vivante dans le champ théâtral contemporain. Pourtant, si l’on excepte les quelques théâtres parisiens en vue ou ayant pour mission expresse de représenter ce que l’on appelle « le répertoire », la plupart des spectacles dramatiques proposés au public, notamment par les petites compagnies, est pour l’essentiel dénuée d’auteur. En revanche, la figure du dramaturge-metteur en scène et souvent acteur s’est imposée, sans doute par économie (le théâtre coûte cher), probablement aussi par choix, esthétique et quelquefois moral. C’est ce dernier point qui m’intéresse particulièrement. On ne saurait nier le poids des difficultés économiques dans lesquelles se débattent les petites troupes, particulièrement celles de province qui représentent l’essentiel de cet effectif. Cependant quand l’abandon d’une écriture littéraire en amont de la scène est à la fois revendiquée et théorisée, il se passe bien d’autres choses qu’une simple adaptation aux réalités économiques du moment. Cet abandon partiel ou total prend d’ailleurs de nombreuses formes qu’il serait utile d’identifier avec précision et de classer pour en faire un recensement exhaustif mais ce serait bien trop long.

Consécutivement à la quasi hégémonie de la figure du metteur en scène comme seul maître à bord de l’acte dramatique, le texte du dramaturge ― en tant que discours préalable à la scène ― est le plus souvent réduit à sa plus simple expression voire simplement escamoté au profit d’un dispositif proprement scénographique qui aboutit à son remplacement par une « écriture de plateau », c’est-à-dire une production du texte par les acteurs eux-mêmes sur des indications plus ou moins imprécises du metteur en scène, ou bien un collage d’extraits provenant de sources diverses (qui peuvent être des journaux, des « collectages » ethnographiques, des entretiens de sciences humaines, des romans, des archives historiques, voire des fragments de guides touristiques, etc.). Nous connaissons bien ce type d’écriture dans le champ purement littéraire, il s’agit des cut up de la beat generation ou des « cadavres exquis » des Surréalistes. Il suffit alors de jeter un coup d’œil quelques décennies plus tard, à ce qu’ont produit pareilles formules pour être immédiatement convaincu de l’indigence de la littérature ainsi conçue, ce qui ne veut pas dire que cette démarche était dénuée d’intérêt, simplement qu’elle a pas eu pour résultat de produire des textes littéraires de qualité, ce qui au demeurant ne constituait peut-être pas son objectif premier.  Ceci me direz-vous est un jugement subjectif, la valeur littéraire étant par nature un concept délicat à manier, à ceci près qu’aucun poète ou écrivain de premier plan n’a repris ce type de procédé pour bâtir une œuvre, passé le premier engouement (c’est-à-dire depuis un demi-siècle). Il serait tentant de pousser l’analogie jusqu’au théâtre et d’en tirer les mêmes conclusions. J’avoue qu’après avoir assisté à un certain nombre de spectacles vivants ― comme on les appelle généralement ― issus de ce type de doctrine, je suis très tenté par ce raisonnement. Cependant je laisse la question en suspens car finalement, la réponse ne relève que d’une émotion esthétique personnelle.

En revanche, l’examen de ce que cette nouvelle poétique théâtrale (au sens étymologique de « règles régissant la création ») produit d’un point de vue esthétique et moral, voire politique, me paraît d’un haut intérêt.

Le théâtre a toujours été un art dans lequel l’auteur était un concept parfois douteux, souvent encombrant, mais rarement dispensable. La radicalisation de son effacement dans le théâtre contemporain, notamment dans le cas des « petites troupes » pour des raisons parfois légitimes (manque de moyens) et parfois plus troubles qui tiennent à l’ego des metteurs en scène et à une certaine prétention littéraire (qui n’est hélas souvent qu’une prétention) met au jour des difficultés inhérentes à cette confusion des rôles. On peut être un bon metteur en scène parce qu’on est un bon directeur d’acteur. On peut être un bon metteur en scène parce qu’on est un bon scénographe. On peut être un bon metteur en scène parce qu’on est un bon lecteur de pièces (on y trouve alors des joyaux dont l’auteur lui-même semblait n’avoir aucune conscience). On peut être un très bon metteur en scène parce qu’on a la chance de disposer de deux de ces aptitudes, c’est rare. On peut être un excellent metteur en scène parce qu’on possède ces trois qualités réunies, c’est très rare. Que dire du cas qui donnerait de surcroît le don d’écrire à un metteur en scène déjà si bien pourvu ? La circonstance est si improbable qu’elle ne s’est jamais produite sans qu’on ne crie au miracle : Shakespeare, Molière ? Évidemment. D’autres encore ? Sans doute. En nombre élevé ? L’hypothèse est douteuse : l’histoire littéraire aurait gardé traces de tels prodiges. L’être humain, même au plus haut degré de son art, garde ses limites. Or les qualités requises pour construire un bon spectacle (direction d’acteur, construction d’espace, élaboration du sens) sont sans doute très différentes de celles que nécessite l’ écriture d’un texte théâtral. Il donc peu vraisemblable que des qualités si dissemblables soient systématiquement réunies dans une seule personne. Ce qui nous amène à la conclusion suivante, soit l’auteur du spectacle est un bon auteur mais un médiocre metteur en scène (et la représentation n’est pas réussie) soit il est un bon metteur en scène mais un auteur déficient (et la pièce n’est pas bonne). Dans les deux cas, le public a perdu son temps et son argent, au moins en partie. Nous nous trouvons de plus en plus devant le second cas de figure.

Dans les cas limites, qui ne sont plus si rares, tous les participants du spectacle deviennent ainsi, au moins pour une part, les co-auteurs de la pièce, le metteur en scène qui accommode et raccommode ce qu’il a glané, les acteurs qui créent eux-mêmes une partie de leur rôle, les fragments textuels hétéroclites, provenant de sources diverses, qui se sont retrouvés dans la pièce. Sous couvert de renforcer la « polyphonie énonciative », ce puzzle auctoral finit par détruire l’unité de la pièce et nous assistons à des spectacles qui tiennent bien plus de l’expression corporelle (parfois excellente d’ailleurs) que de la représentation d’un texte prévu pour cela. Il s’agit sans conteste d’une application stricte du processus égalitaire qui est au cœur de la machine démocratique et en tant que démocrate convaincu je ne peux qu’éprouver de la sympathie pour cet élan. Les auteurs, représentants d’un ancien ordre artistique et social, ne peuvent plus être considérés comme une caste dont les productions littéraires s’imposent au peuple théâtral (acteurs, metteurs en scène) et en détermine le répertoire. Or l’auteur est par nature l’origine de la pièce et donc sa cause première ; de là découle évidemment le problème hiérarchique qu’il pose à l’ensemble de la profession. Pour supprimer ce problème, qui est un problème politique tout autant qu’économique, il suffit de supprimer l’auteur. Un nouvel embarras apparaît alors avec une aveuglante clarté : il faut un texte, qui l’écrira ? La réponse (démocratique) est simple : tout le monde. La distinction (Bourdieu) est ainsi abolie.

Par une sorte d’ironie historique la modernité théâtrale s’est donc rabattue sur le jeu des acteurs et l’inventivité du metteur en scène, c’est-à-dire des formules qui, dans leurs structures et non dans leurs contenus, correspondent à ce que faisaient les comédiens italiens de la comedia dell’arte, avec leur pièces à canevas, leurs inventions d’acteurs, et leur absence d’auteurs. Les « Italiens » jouaient même dans leur langue natale au début de leur arrivée à Paris au XVIIe sans que cela gêne particulièrement la compréhension des spectateurs français (qui n’entendaient pas un mot de cet idiome dans leur immense majorité).

Je me demande parfois si certains spectacles de théâtre que j’ai pu voir ne gagneraient pas à être joués en chinois ou en ourdu, ce qui laisserait au moins un espace à la rêverie et l’imagination. À défaut d’acteurs parlant ces langues, il serait possible d’inventer une langue de toute pièce qui ne serait comprise ni par les acteurs, ni par le metteur en scène ni bien sûr par le public. Ce ne serait peut-être pas beaucoup plus mauvais que certaines représentations contemporaines et aurait le mérite de solliciter l’imaginaire des spectateurs. Mais serions-nous encore en démocratie théâtrale ?



Changement

 

Oui, le changement c’est maintenant, en tout cas pour ce site. J’ai délaissé ce blog pour des raisons personnelles et professionnelles (par manque de temps donc) et aussi pour des raisons, disons, esthétiques. Le genre caustique axé sur une certaine actualité m’a lassé assez rapidement et je n’ai plus la motivation pour continuer sur cette lancée. En revanche, j’écris toujours et parallèlement à cela et à mon activité (non professionnelle) de musicien de jazz et musiques improvisées, je produis un certain nombre de textes qui se rattachent plutôt à la catégorie des articles critiques principalement orientés vers l’art, la littérature en premier lieu mais sans exclusive.

Je souhaite donc réorienter le contenu de ce blog pour en faire le lieu de mes réflexions sur la littérature, le théâtre, la musique improvisée et les arts plastiques. Ce sera (forcément) polémique car je ne souhaite pas aller systématiquement vers le consensus, ni systématiquement vers la contradiction d’ailleurs.

Un premier article de ce « renouveau » sera disponible la semaine prochaine. Je compte écrire au rythme d’ un  article par mois en moyenne, jusqu’à deux si j’en ai le temps et la matière.

À bientôt donc,

K.

 



Des petits trous, des petits trous…

Texte du sermon sur le sommet de la montagne,

tel que rapporté par le spéléologue survivant de l’expédition.

« A mesure que la faveur et les grands biens

se retirent d’un homme, ils laissent voir

le ridicule qu’ils couvraient,

et qui y étaient sans que personne s’en aperçût. »

Jean de la Bruyère, Les Caractères,

Des biens de Fortune, 4.

 

Un trou ? Quel trou ? Je vous le dis, en vérité, ceci n’est plus un trou, c’est un précipice, un maelström, que dis-je, un abîme, un de ces « gouffres amers » qu’affectionnait tant Charles Baudelaire et, par la suite, le Commandant Cousteau. Les fosses du diable remontent à la surface, entend-on ici ou là, mais non, pas du tout, c’est nous qui descendons. De quoi s’agit-il donc ? De la Chute, bien entendu, non pas celle de Lucifer — encore que — mais celle de la finance mondiale. Les deux se ressemblent par bien des points. Lucifer, l’archange de la lumière, sera condamné à vivre comme un ver dans l’obscurité la plus profonde semblable à nos « golden boys » disposant comme se doit de parachutes « dorés » qui nous feront basculer comme autant de vermines que nous sommes, du côté obscur de la force : « Jeudi noir », « Lundi noir », semaine « noire », « blackout », bref les ampoules se grillent les unes après les autres. Et tout cet argent, où va-t-il ?

Dans un gros trou nous dit-on. Un trou « noir » probablement, puisque jamais nous ne reverrons ce pognon qui fut parfois le nôtre, de cela nous fûmes dûment avertis. Ces gouffres sont quand même tout à fait extraordinaires, à avaler ainsi la richesse de l’Amérique et du monde sans jamais régurgiter le moindre petit bifton.

Puisque l’abîme est à nos portes, il serait temps que nous nous penchions sur un de ces trous (après avoir connu l’ivresse des sommets cela me paraît salutaire). Commençons tout d’abord par la grande question que tout le monde se pose ― du moins je l’imagine : « qu’est-ce qu’un trou avec du vide autour ? » La réponse est simple, nous la connaissons désormais : une crise financière.

Ce trou ― chacun le sait à présent ― s’est constitué par l’effondrement naturel d’une roche particulièrement friable (roche souterraine et primordiale forée par des américains d’où son nom : subprime) qui a entraîné par capillarité la totalité du système financier international et, subséquemment, des bourses de tous les pays qui en avaient (des bourses, of course). Les fondamentaux se sont mis à zouquer ferme et sont partis en vrille dans le fondement de la… du… enfin, le nôtre, a priori.

Et, encore plus conséquemment, cela continue d’entraîner la mort par famine aggravée des habitants des contrées les plus pauvres. Mais on s’en fout ? D’accord. Revenons donc au sujet : qu’est-ce qu’un trou ? Un trou est une sorte de rien agglutiné en paquet. Oui, un gros paquet de rien. Un abîme, lui, est un vide immense avec ― ou non ― une rivière souterraine au fond, tandis que le néant est une espèce de rien très compressé, d’une densité presque absolue qui fout les jetons. Le néant est tellement vide de tout qu’il en est inconcevable pour des esprits humains, même endemolisés depuis de longues années. Heureusement les discours politiques viennent nous donner sinon le goût, du moins l’aperçu de ce que peut être le néant :  « le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie » disait Blaise Pascal (qui n’était pas la moitié d’un con) sans doute après avoir entendu un discours présidentiel durant ces dix dernières années.

Pourquoi, me direz-vous, du vide autour du rien ? Élémentaire mon cher Macron ! Le cratère d’effondrement provoqué par la remontée du magma dit des « créances pourries » (magma très chaud et particulièrement visqueux à ce que j’ai cru comprendre) a été comblé par de l’argent que personne n’avait puisque c’est de l’argent de l’État et que l’État est en faillite, nous l’avons appris d’un homme de paille en herbe, brillant cireur de chaussures récemment victime d’un coup de pompe. Donc qu’il n’a plus d’argent. Vous me suivez … ?

Ce trou plein de rien a été rempli par du vide, CQFD. Le grand gouffre d’effondrement a par conséquent été réparti en une multitude de petit trous dans chacune de nos petites poches, et hop-hop-hop, ni vu ni connu : le néant n’est plus visible qu’au fond de nos pantalons. C’est pour cela que nous ne parlons plus de l’abîme et que les grands hommes qui nous gouvernent, ou prétendent le faire, ripaillent en chœur avec un sourire satisfait. En revanche nos pantalons font un bruit bizarre quand on s’assoit, désormais. Peu importe, tous les dossiers importants sont dans des chemises, et les retraites des Puissants se trouvent bien au chaud dans leurs chapeaux (à l’emplacement exact du cerveau qui ne sert plus à rien depuis qu’on a inventé l’ENA).

De sommets du « j’ai 8 » (ce qui ne fait pas beaucoup) en sommets du « G vain », l’abîme s’effondre et se disloque en une profusion de petits trous portatifs et individuels, bien plus maniables, beaucoup plus pratiques et surtout infiniment plus discrets.

L’heure est au trou personnalisé, propre et autonome, à la taille proportionnelle à son porteur et indexé sur sa capacité de résistance au néant. Quand tous les zéros du monde sortiront les mains de leurs poches de pantalons troués ils pourront enfin se retrousser les manches pour brasser du vent ; alors les abîmes de la finance se transformeront en un gigantesque trou d’air, ce qui aurait dû être fait depuis longtemps.

Ainsi la paix régnera sur terre et tout le monde se fera l’abysse.

Professeur Hait

PS : le monde, enfin la France — quelle différence ? — vient de se souvenir qu’il existe un autre type de trou : ceux que font des kalashnikov maniées par des abrutis à demi illettrés gavés de propagande dans la liberté d’expression. Et, accessoirement, dans le corps de types plutôt sympa qui nous faisaient bien marrer. Une question subsiste : existe-t-il un rapport entre tous ces trous ? D’aucuns parlent de sommet de la bêtise…



Où est Hebdo ?

Je suis Charlie triste.

Décidément Audiard avait raison : « Les cons ça ose tout. C’est même à ça qu’on les reconnaît. »



Prenez votre santé en main

Décor de studio de télévision : un bureau, téléphone, une plante verte, une brosse à dents, une poire à lavement, un thermomètre divers médicaments. Un(e) présentateur/trice costume cravate ou tailleur strict avec un gros caducée de médecin épinglé. Lunettes, mine sérieuse. Un jingle : « Pour bien préparer vos lendemains, prenez votre santé en main »

Petite musique douce en fond sonore : Jésus que ma joie demeure de JS Bach à la guitare classique (par Alexandre Lagoya) ou Petite musique de nuit de Mozart. Le/la Présentateur/trice est assis(e) à son bureau et parle sur un ton cordial et professionnel qui se veut rassurant.

Notre rubrique : « Prenez votre santé en main »

 

Madame,

Vous êtes encore jeune, dynamique, vous faites du sport et vous vous lavez régulièrement les dents. Tout va donc pour le mieux.

Par ailleurs, vous avez un fils, gentil, sympathique et – peut-être – dévoué, mais voilà, un petit nuage vient obscurcir l’horizon de félicité dans lequel baignait votre famille merveilleuse. Après votre jogging matinal et votre séance de yoga, votre fils vient de vous révéler qu’il se fait trois shoot par jour depuis un an, ce qui fait, à raison de 1 gramme d’héroïne en moyenne presque la moitié d’une cuillère (à café néanmoins) en injection intraveineuse. A la fin de la semaine, vous le calculez rapidement avant de vous évanouir, cela fait l’équivalent d’une grosse louche, au bout d’un trimestre, on en est presque à la moitié du saladier.

Étendue sur le carrelage froid de la cuisine, vous avez le temps de réfléchir à tout cela avant de ramper vers la salle de bains pour vomir tout votre repas de  midi et une partie du petit déjeuner. Vous vous rendez compte que votre fils vomit également, pas d’inquiétude c’est simplement l’effet de la drogue, tous les héroïnomanes vomissent beaucoup. Ils ont également de très fortes diarrhées suivies de périodes de constipation aiguë. Maintenant remise de vos émotions, vous revenez dans la cuisine, c’est bien, voilà un bon réflexe, répétez-vous plusieurs fois, mentalement : « je vais bien, je prends ma santé en main ». Une fois dans la cuisine, essuyez-vous les restes de vomissures au coin des lèvres avec un chiffon doux pour ne pas vous blesser, et répétez une fois encore : «je vais bien, je prends ma santé en main ». Ensuite tournez-vous vers votre fils et regardez-le d’un air dégagé, comme s’il était, disons, un paquet de lessive ou un couteau à pain. Si vous vous sentez mieux avec l’idée qu’il pourrait être un paquet de choucroute n’hésitez pas, cela ne peut qu’améliorer les choses. De toute façon, votre progéniture est actuellement de train de baver sur la table de la cuisine, agitée de spasmes convulsifs les yeux vitreux et les dents jaunes. Vous engagez donc la conversion sur un terrain neutre, par exemple : « Tu devrais te laver les dents, tu sais, sinon tu vas avoir des caries plus tard ». Normalement sa réponse devrait tourner autour de : «  Hmmmblblpff ! » ou quelque chose dans ce genre-là. Vous avez atteint votre but, vous avez pris votre santé en main, vous l’avez empêché de s’endormir. Forte de ce premier succès, vous continuez par une autre question anodine du type : « Et c’est pour te payer tes doses que tu as prostitué ta petite sœur  ? » . Si tout se passe bien, il devrait simplement opiner de la tête mais il arrive que, trop abruti par son shoot, il ne puisse plus du tout remuer quoi que ce soit. Ne prenez pas cette réserve pour une dénégation, au fond de lui il sait bien que ce n’était pas très gentil et, très probablement, il regrette un peu car il a bon fond finalement.

Passons maintenant à la partie active du traitement car il s’agit ne l’oublions pas de prendre sa santé en main ! Vous aurez besoin d’un chien, assez gros et doté d’un solide appétit comme tous les gros chiens d’ailleurs. Si vous n’en avez pas, empruntez celui du voisin ou de votre grand-mère. Un doberman, un bas rouge, un dogue allemand feront parfaitement l’affaire. Toujours dans la cuisine vous demandez à la chair de votre chair s’il compte s’injecter sa saloperie encore longtemps. Là deux possibilités : soit, il vous répond sur un air bravache : « Ben ouais, pourquoi ? » et vous vous dirigez doucement vers le tiroir de la table de la cuisine soit (deuxième solution) il vous dit d’un air triste de chien battu : « non mamounette chérie, j’ai décidé d’arrêter demain ». Dans ce cas, ne le croyez surtout pas, tous les drogués sont des menteurs, c’est bien connu. Vous vous dirigez donc aussi vers le même tiroir en vous répétant mentalement : « je vais bien, je prends ma santé en main ! ». Vous pouvez en même temps pratiquer la respiration abdominale et quelque exercices d’étirements cela ne peut pas vous faire de mal, surtout à votre âge.

Nous voici parvenus à la dernière phase de votre traitement : il s’agit de prendre un couteau à boucher dans le tiroir de la cuisine (préalablement affûté si cela est possible) et le planter assez profondément juste au-dessus du nombril du dégénéré qui pollue votre espace vital. Ce coup-ci il devrait quand même bouger un peu mais rassurez-vous l’héroïne agira comme un puissant anesthésique, il ne devrait pas souffrir énormément surtout si vous faites vite et que vous avez déjà saigné un cochon ou égorgé un mouton, votre geste sera plus sûr. Vous tournez légèrement la lame en sens inverse des aiguilles d’une montre histoire de lui apprendre un peu de savoir-vivre (ce que votre éducation laxiste et désastreuse n’a jamais permis d’obtenir) puis vous remontez d’un mouvement sec et puissant de l’avant-bras pour vous arrêter aux premières côtes. Vous reculez de deux pas pour juger de l’efficacité de votre travail, c’est très bien, vous l’avez éventré. Il vous suffit maintenant de le dépecer en morceaux de taille moyenne. Si le chien est très gros (type saint-bernard ou grand loup des montagnes) vous pouvez même vous contenter de découper en quartier. Voilà tout est fini, il ne reste plus qu’à donner les morceaux au chien, vous venez de prendre votre santé en main, et de rétablir le calme dans votre maisonnée. Nous vous conseillons ensuite un peu de ménage et un brin de toilette sur fond de musique douce, du Mozart par exemple.

Demain, dans la même rubrique nous verrons comment sauver votre fille de la prostitution.

Ne rendez pas le chien tout de suite.



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Trop de notes !

       Mme la ministre de la méséducation nationale a eu une idée géniale ! Convoquer trente personnes pour faire un sort à la note dans l’enseignement secondaire, et bientôt supérieur, n’en doutons pas. En effet les notes ne servent à rien, on le savait déjà, notamment les mauvaises, puisqu’elles n’empêchent ni de passer dans la classe supérieure ni d’obtenir son baccalauréat. Comme le disent tous les Saliéri de l’égalité des chances à nos Mozart de l’haurtograph : « trop de notes ! ». Elles seront donc inéluctablement remplacées dans un proche avenir par une notation à « l’américaine » (pays dont on connaît les performances en matière d’éducation publique) mais au lieu d’avoir A, B, C, D, E ce qui risquerait encore de traumatiser les élèves (surtout pour ceux qui auraient de B à E, quel scandale!) je propose à Mme la mini(stre) de mettre TB (pour Très Bien) —  il faut tout expliquer sinon les djeuns y captent pô, c’est pour ça qu’ils faut leur enlever les notes parce qu’il ne les comprennent pas, c’est la ministre qui nous le dit, alors c’est vrai. Bref, les jeunes sont tous des cons incapables de comprendre une annotation sur une copie. E (pour excellent) ou EE (pour excellentissime). Il faudra faire attention toutefois à cette dernière notation, car au train où vont les choses, nos futurs enseignants ne sauront plus s’il faut deux « s », deux « t », ou deux « m », ou bien rien de tout cela finalement. Et puis les élèves qui n’auront que TB pourraient se sentir — à juste titre — lésés et développer par la suite une phobie scolaire de bon aloi. Il ne manquerait plus que ce soit Mozart qu’on assassine ! Les notes sont insupportables en cela qu’elles permettent de distinguer les élèves qui travaillent et se cultivent, des autres. Ce qui ne sert à rien puisqu’on le sait tous, la condition nécessaire (et désormais suffisante) pour avoir une belle situation grassement rémunérée est d’avoir du « réseau », joli terme emprunté au monde numérique (avant l’avènement de l’informatique on employait le mot « piston » qui fleurait bon les lois de la thermodynamique et la puissance propulsive d’un bon carnet d’adresses). Mme la Sinistre a tout à fait raison : pourquoi continuer l’hypocrisie des notes dans la mesure où la réalité nous montre que c’est le « réseau » qui compte ? Ou alors il faudrait mettre le « réseau » comme LV1 obligatoire. On donnerait au moins 20 à tous les fils et filles de… Sans compter que les notes, horreur suprême !, montrent sans discussion que les fils de profs s’en sortent mieux que les autres. Injustice ! Barbarie ! Faute lourde ! Ces fainéants de profs, grosses loutres payées à prix d’or (en France c’est du plaqué mais peu importe) pour que leurs enfants trustent les meilleures places dans les concours d’accès aux plus belles écoles. Le goulag ! La guillotine ! Le tripalium ! (c’est l’étymologie du mot travail, ça tombe bien). Pourquoi étudier la façon dont les profs éduquent leurs enfants vis-à-vis de l’école et du savoir (lecture, musées, peu ou pas de télé, etc.) pour donner aux familles les moyens de faire la même chose et de tirer leurs enfants vers le haut ? Alors qu’on peut tout simplement supprimer les notes, et ça fera le même effet, tout le monde se retrouvera au même niveau, enfin… à un niveau identique.

Non, finalement, la bonne solution serait de mettre de vraies notes… de musique. La référence dans ce domaine n’est pas ce chenapan de Wolgang, trop doué pour être honnête car il convient de se méfier de l’élite, nous le savons désormais, mais Beethoven. Un musicien sourd, ça c’est la classe. D’ailleurs, le cabinet de la ministre recherche également un peintre aveugle pour rédiger les programmes d’arts plastiques, si vous en connaissez un… En ce qui concerne les notes il sera nécessaire de filtrer, bien entendu. Sol et bémol sont à exclure, ça rime trop avec « mongol » mais dièse, au contraire, rime avec « balèse », tout comme mi et si avec « génie » (enfin à peu près, mais de toute façon, dans l’éducnat, on va tous devenir des apeupristes). Do rime avec dodo, pas mal pour les activités culturelles de l’après-midi. Pour la crème de l’élite on aurait une petite chansonnette : « Au clair de la lune » t’es polytechnicien, et « frère Jacques » suppose au moins l’ENA. « Tata yoyo » serait une bonne base pour IEP Paris.

IEP Paris ? Tiens, comme Mme Vallaud-Belkacem.

Professor Hait


The last Valls

 

Notre bon Sir Emmanuel a déclaré il y  a peu qu’il était  « là jusqu’en 2017  » . Nous saluons sa lucidité : il lui sera effectivement très difficile de rester « là » en 2018 mais gageons que les poubelles de l’histoire lui assureront encore des émoluments extrêmement  confortables pour ses vieux jours. Son vieux copain de scooter PIBas (l’autre nom de ce pays terriblement au-dessous de l’amer) le lui a assuré, paraît-il, avant de tourner Kazakh (une fois de plus) chez ses amis Mongoliens. J’ai vu la photo : il est plus vrai que nature à part la toque, un peu grande (c’est fait pour un cerveau normal). Mais il ne faut pas oublier qu’il a eu un pet au casque il n’y a pas si longtemps pour avoir voulu s’ e.gayet un peu.

Sir Emmanuel premier sinistre jusqu’à la fin du mandat (du « ment-dur » plutôt) : c’est donc bien vrai qu’il n’y a plus personne au PS ? Où sont-ils passés ? Tous reconvertis dans une bonne gâche européenne comme les Laurel et Hardy des ministères régaliens, Moscovici et Peillon, ou partis pantoufler dans le leader chips en marinière Montebourg ?

Dans les années 70 un groupe nommé … « le groupe » (The Band, vachement original) accompagnateur de Dylan entre autres, avait choisi d’arrêter à cause de la route et des morts qu’elle sème (on repense au scooter, il n’y a de la chance que pour la canaille) et, pour l’occasion, les membres de l’orchestre avaient choisi d’inviter tous leurs potes musicos dans un triple album intitulé « The last Waltz » . Après écoute, il faut quand même reconnaître que c’était une grosse chose un peu inutile, très boursouflée et sans grand intérêt.

C’est sûrement le nom qui veut ça.

 

Professor Hait

 

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La nouvelle de ma mort était prématurée

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