Même pas dans tes rêves.

 

Je n’avais plus que trois minutes pour attraper ma correspondance pour Palerme. Je courais presque, un peu essoufflé par le soleil brûlant, le long du quai crasseux, raviné par la chaleur. Le train était arrivé et  repartirait dans moins de deux minutes mais le flot des passagers chargés de cartons et de paquets m’engluait comme une marée d’équinoxe. Je me débattais dans cette foule compacte jacassant comme une colonie de macaques pour me frayer un passage. A cet instant, elle descendit, sublime comme une rose, grande, belle, majestueuse et rayonnante. Elle tourna son visage d’albâtre vers le mien, ses cheveux flottant dans les airs avant de cascader  jusqu’au bas de ses reins.
Puis elle me sourit et tout bascula. Je restais là, interdit et stupide, le monde tournoyait tout autour de moi, j’étais dans l’oeil du cyclone. Elle s’avançait à présent, madonne pleine de grâce, ses pieds délicats frôlaient à peine le sol, comme un ange effleure la terre. Elle continuait à me sourire dans la chaleur étouffante du midi et je la dévorais des yeux. Tout ce dont j’avais jamais rêvé se trouvait enfin là, à quelques mètres. Moi, le maladroit, le timide, le gringalet j’avais enfin touché le coeur d’une belle inconnue. Je souris à mon tour. Elle ouvrit les bras, murmura quelques mots, à deux pas de moi. Fini les rebuffades et les lapins, fini les sourires en coin devant ma mine déconfite, une ère nouvelle commençait ! J’ouvris alors tout grand les bras pour accueillir sa poitrine palpitante, mon sac s’écrasa mollement sur le goudron poisseux et le train partit dans un grand rire mécanique alors que le suivant arrivait. Aucune importance : nous nous étions trouvés. J’entendais sa voix crier mon nom dans un éclat de cristal :

- Antonio, mio Antonio.

C’était étrange car je m’appelle Michel. Elle passa devant mes bras levés comme s’ils étaient transparents. Il y avait effectivement un Antonio, posté derrière moi, qui l’enlaça d’un mouvement souple dans une étreinte hollywoodienne et j’assistai, impuissant, à un des plus beau baiser qu’il m’ait été donné de contempler. Les bras m’en tombaient. J’en profitai pour ramasser mon sac et monter dans un wagon. Je m’effondrai entre une Mamma aux aisselles odorantes et un Papé douteux doté d’une bedaine velue.

Le train roulait depuis deux heures quand elle revint. Mon ange, ma déesse, que faisait-elle dans cette voiture ? M’avait-elle finalement suivi en laissant tomber son Antonio ? En regardant mieux je compris que je faisais erreur … Chevelure d’ébène, yeux de braise, grandes, élancées, également belles mais pas identiques. Quand elle m’adressa un sourire,  je me retournai machinalement pour vérifier mes arrières, mais pas un Antonio en vue … cette fois c’était bien à moi et à moi seul qu’était destiné ce sourire complice. Je ne voyais que son visage et son bras tendu vers moi, le dossier de la banquette masquant le reste de son corps. Ses lèvres charnues semblaient m’inviter, j’avais un ticket, sûr et certain. Elle s’avança d’un pas, son tailleur et sa sacoche m’apparurent alors. Elle pencha son profil de déesse sur le mien et sussura :

- Biglietto, per favore.

Elle avait perdu son sourire. Moi aussi. Je n’étais même pas dans le bon train.

 

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Ce texte est mis à disposition par Karmatotal sous licence Creative Commons « ByNcND »



exécration n°1

Je hais, j’abhorre que dis-je ? j’exècre moult incarnations de l’hominidé courant, parfois appelé « homo sapiens sapiens » — très franchement c’est se foutre de la gueule du monde. Il donc fort possible que Dieu ait eu de l’humour finalement. J’emploie le subjonctif passé (1) car si c’était le cas, cela fait longtemps qu’il l’a perdu le bougre.

Mais revenons à nos moutons comme disait cette brave Jeanne (2), c’est-à-dire la liste non exhaustive de mes détestations. J’ai peu de goût pour la bière tiède et le café froid mais laissons cela aux exécrations factices des animateurs télé, des velus de la langue de bois comme chacun sait. Non moi, mon truc c’est la haine, la vraie, la pure, celle qu’on ne peut éprouver qu’à l’encontre d’un descendant de ces grands singes dont 6 milliards de représentants (c’est affolant !) souillent notre belle planète — enfin ce sont des on-dit, je n’en ai jamais visité d’autres, je manque donc d’éléments de comparaison — par leurs excréments nauséabonds et mous autant que par leur veulerie flasque et gluante.

Car qu’est-ce qu’un homme, je vous le demande ? Un lémurien qui a réussi, certes, mais un lémurien tout de même. Ce lémurien qui a su passer habilement à travers les mailles de la sélection à force de bassesse et de lâcheté pour ressembler peu à peu à une sorte de Bonobo sans poil (encore que …). L’homme, lémurien hypertrophié et mal bâti, s’est incontinent(3) autoproclamé roi de la création, puis il s’est aussitôt fabriqué un dieu à son image et lui a fait dire : »Maintenant tout ça est à toi ». Le marketing était né.

Tout, ça fait beaucoup. Mais pas assez pour tous les post-lémuriens, et puis pour tout partager équitablement il faut savoir compter et on sait bien qu’on ne peut jamais compter sur les autres.  Ainsi fut inventée l’économie de marché et le mérite républicain : les pauvres auront du travail (s’ils pensent bien) et les riches auront de l’argent. De nombreuses thèses politiques et économiques nous expliquent que nous vivons depuis dans la félicité la plus totale mais que pour certains d’entre nous, lémuriens un peu trop abrutis, nous ne nous en rendons pas compte. Heureusement que la télévision, la première chaine surtout, nous le répète à longueur de journée : « Tout va bien, tout va pour le mieux, rien ne pourrait aller mieux ». Surtout l’inénarrable Lémurien présentateur-journaliste-propagandiste J-P Ricard (ou un nom dans ce goût-là) tous les jours à 13 heures.

Franchement,  n’y a -t-il pas là de quoi haïr sincèrement l’humanité ?

 

 

(1) à l’attention de nos jeunes lecteurs bacheliers qui ont donc appris péniblement à discerner un a d’un b sans parler du c, le subjonctif passé est un temps (passé composé) du mode subjonctif (qui en comporte quatre), mode bien pratique pour exprimer tout un tas de choses différentes. Bref, … laissez tomber, c’est trop tard pour vous de toute manière.

(2) Un grand merci à Jean-M* le P* pour avoir aimablement accepté de me prêter quelques minutes sa mascotte préférée.

(3) C’est dans le dictionnaire,  feignasse.

Professor Hait
 

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Archive pour mars, 2010

Même pas dans tes rêves.

 

Je n’avais plus que trois minutes pour attraper ma correspondance pour Palerme. Je courais presque, un peu essoufflé par le soleil brûlant, le long du quai crasseux, raviné par la chaleur. Le train était arrivé et  repartirait dans moins de deux minutes mais le flot des passagers chargés de cartons et de paquets m’engluait comme une marée d’équinoxe. Je me débattais dans cette foule compacte jacassant comme une colonie de macaques pour me frayer un passage. A cet instant, elle descendit, sublime comme une rose, grande, belle, majestueuse et rayonnante. Elle tourna son visage d’albâtre vers le mien, ses cheveux flottant dans les airs avant de cascader  jusqu’au bas de ses reins.
Puis elle me sourit et tout bascula. Je restais là, interdit et stupide, le monde tournoyait tout autour de moi, j’étais dans l’oeil du cyclone. Elle s’avançait à présent, madonne pleine de grâce, ses pieds délicats frôlaient à peine le sol, comme un ange effleure la terre. Elle continuait à me sourire dans la chaleur étouffante du midi et je la dévorais des yeux. Tout ce dont j’avais jamais rêvé se trouvait enfin là, à quelques mètres. Moi, le maladroit, le timide, le gringalet j’avais enfin touché le coeur d’une belle inconnue. Je souris à mon tour. Elle ouvrit les bras, murmura quelques mots, à deux pas de moi. Fini les rebuffades et les lapins, fini les sourires en coin devant ma mine déconfite, une ère nouvelle commençait ! J’ouvris alors tout grand les bras pour accueillir sa poitrine palpitante, mon sac s’écrasa mollement sur le goudron poisseux et le train partit dans un grand rire mécanique alors que le suivant arrivait. Aucune importance : nous nous étions trouvés. J’entendais sa voix crier mon nom dans un éclat de cristal :

- Antonio, mio Antonio.

C’était étrange car je m’appelle Michel. Elle passa devant mes bras levés comme s’ils étaient transparents. Il y avait effectivement un Antonio, posté derrière moi, qui l’enlaça d’un mouvement souple dans une étreinte hollywoodienne et j’assistai, impuissant, à un des plus beau baiser qu’il m’ait été donné de contempler. Les bras m’en tombaient. J’en profitai pour ramasser mon sac et monter dans un wagon. Je m’effondrai entre une Mamma aux aisselles odorantes et un Papé douteux doté d’une bedaine velue.

Le train roulait depuis deux heures quand elle revint. Mon ange, ma déesse, que faisait-elle dans cette voiture ? M’avait-elle finalement suivi en laissant tomber son Antonio ? En regardant mieux je compris que je faisais erreur … Chevelure d’ébène, yeux de braise, grandes, élancées, également belles mais pas identiques. Quand elle m’adressa un sourire,  je me retournai machinalement pour vérifier mes arrières, mais pas un Antonio en vue … cette fois c’était bien à moi et à moi seul qu’était destiné ce sourire complice. Je ne voyais que son visage et son bras tendu vers moi, le dossier de la banquette masquant le reste de son corps. Ses lèvres charnues semblaient m’inviter, j’avais un ticket, sûr et certain. Elle s’avança d’un pas, son tailleur et sa sacoche m’apparurent alors. Elle pencha son profil de déesse sur le mien et sussura :

- Biglietto, per favore.

Elle avait perdu son sourire. Moi aussi. Je n’étais même pas dans le bon train.

 

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exécration n°1

Je hais, j’abhorre que dis-je ? j’exècre moult incarnations de l’hominidé courant, parfois appelé « homo sapiens sapiens » — très franchement c’est se foutre de la gueule du monde. Il donc fort possible que Dieu ait eu de l’humour finalement. J’emploie le subjonctif passé (1) car si c’était le cas, cela fait longtemps qu’il l’a perdu le bougre.

Mais revenons à nos moutons comme disait cette brave Jeanne (2), c’est-à-dire la liste non exhaustive de mes détestations. J’ai peu de goût pour la bière tiède et le café froid mais laissons cela aux exécrations factices des animateurs télé, des velus de la langue de bois comme chacun sait. Non moi, mon truc c’est la haine, la vraie, la pure, celle qu’on ne peut éprouver qu’à l’encontre d’un descendant de ces grands singes dont 6 milliards de représentants (c’est affolant !) souillent notre belle planète — enfin ce sont des on-dit, je n’en ai jamais visité d’autres, je manque donc d’éléments de comparaison — par leurs excréments nauséabonds et mous autant que par leur veulerie flasque et gluante.

Car qu’est-ce qu’un homme, je vous le demande ? Un lémurien qui a réussi, certes, mais un lémurien tout de même. Ce lémurien qui a su passer habilement à travers les mailles de la sélection à force de bassesse et de lâcheté pour ressembler peu à peu à une sorte de Bonobo sans poil (encore que …). L’homme, lémurien hypertrophié et mal bâti, s’est incontinent(3) autoproclamé roi de la création, puis il s’est aussitôt fabriqué un dieu à son image et lui a fait dire : »Maintenant tout ça est à toi ». Le marketing était né.

Tout, ça fait beaucoup. Mais pas assez pour tous les post-lémuriens, et puis pour tout partager équitablement il faut savoir compter et on sait bien qu’on ne peut jamais compter sur les autres.  Ainsi fut inventée l’économie de marché et le mérite républicain : les pauvres auront du travail (s’ils pensent bien) et les riches auront de l’argent. De nombreuses thèses politiques et économiques nous expliquent que nous vivons depuis dans la félicité la plus totale mais que pour certains d’entre nous, lémuriens un peu trop abrutis, nous ne nous en rendons pas compte. Heureusement que la télévision, la première chaine surtout, nous le répète à longueur de journée : « Tout va bien, tout va pour le mieux, rien ne pourrait aller mieux ». Surtout l’inénarrable Lémurien présentateur-journaliste-propagandiste J-P Ricard (ou un nom dans ce goût-là) tous les jours à 13 heures.

Franchement,  n’y a -t-il pas là de quoi haïr sincèrement l’humanité ?

 

 

(1) à l’attention de nos jeunes lecteurs bacheliers qui ont donc appris péniblement à discerner un a d’un b sans parler du c, le subjonctif passé est un temps (passé composé) du mode subjonctif (qui en comporte quatre), mode bien pratique pour exprimer tout un tas de choses différentes. Bref, … laissez tomber, c’est trop tard pour vous de toute manière.

(2) Un grand merci à Jean-M* le P* pour avoir aimablement accepté de me prêter quelques minutes sa mascotte préférée.

(3) C’est dans le dictionnaire,  feignasse.

Professor Hait
 

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