Allez les Bœufs !

 

Veuillez m’excuser, je vis à la campagne. Il s’agissait bien évidemment des Bleus, tout le monde les aura reconnus, notamment grâce à la majuscule, coquetterie typographique très commode malheureusement en déshérence mais ne nous égarons pas (je sens que mes phrases sont trop longues, il va falloir que je coupe …).

Je viens d’apprendre — avec un peu de retard, j’en suis fort marri, mais j’ai pas que ça à foutre non plus — que notre équipe nationale, les « Blœufs » (il paraît que c’est comme cela qu’il convient de les appeler à partir de maintenant), après s’être vautrée dans le stupre et la fornication, s’est abîmée dans les gouffres amers de la lâcheté morale et du relâchement syntaxique. Ce jour de naufrage immonde, de désastre fangeux, de défaite abjecte sera bientôt décrété «deuil national», n’en doutons pas, nos élites gouvernementales affairées — beaucoup d’affaires en ce moment — et soucieuses de la tenue morale de nos institutions et du rayonnement de la France (Reine des Nations) sur le clapotis bourbeux aux remugles putrides formant ce qu’il est convenu d’appeler « le reste du monde » s’en occupent (décidément, j’ai du mal à couper). Soyons honnêtes, notre beau pays (Soleil de la Galaxie) connaît une période de prospérité sans précédent, tous les problèmes sont réglés ou en passe de l’être car, le saviez-vous ? depuis que vous avez commencé la lecture de ce billet, 18332 projets de lois (c’est une moyenne) ont déjà été rédigés, envoyés au plus haut sommet de l’Etat et seront bientôt votés par une assemblée législative aussi clairsemée qu’une messe ordinaire un soir de coupe du monde. Et 18332 lois, cela fait exactement 18332 problèmes dé-fi-ni-ti-ve-ment réglés.

En théorie du moins.

Alors à cette cadence vous vous imaginez bien qu’on commence à gatouiller sur le bavoir dans les plus hautes sphères de l’Etat — je ne savais d’ailleurs pas que l’Etat, paix à son âme, était sphérique (comme un ballon de foot, finalement). Et ainsi que l’a si justement déclaré un grand comique-homme-politique digne héritier de Jean Lefebvre, son mentor : « A force de réfléchir avant de légiférer, […] on reste immobile. ». Puisque dans notre France (Lumière de l’Univers) tout a déjà été fait, que les programmes de télévision nous ont tellement aspirés notre « temps de cerveau humain disponible » comme le disait un autre bienfaiteur de l’humanité, au point qu’il ne nous en reste plus pour nous occuper de nous-mêmes, une question se pose : que faire ? Que dire ? Que penser (pour ceux qui disposeraient encore de l’équipement nécessaire, dans un état d’entretien correct) ? Je sais que cela fait trois questions, mais chacun peut choisir celle qu’il préfère, avec laquelle il se sent le plus d’affinités, on n’est pas là pour pinailler non plus.

Après avoir contemplé, l’œil vide et le ventre plein, la tourbe immonde et le cloaque fétide de ce que nous sommes bien obligés d’appeler, faute de mieux, le spectacle de nos contemporains, la réponse à ces questions taraudant le mari fatigué de la ménagère de moins de cinquante ans jaillit alors dans les consciences avec la puissance d’un jet d’urine un soir de fête de la bière à Munich : le foot !

Oui, le spectacle de ces héros des temps modernes s’élançant courageusement pour quelques centaines de millions d’euros à peine, à la poursuite d’un objet sphérique (comme l’Etat donc) zébrant l’horizon de ses carreaux blancs et noirs — triomphe du chic et du bon goût — oui, je le répète, cette épopée contemporaine qui met en scène des guerriers modernes aux prises avec l’adversité dans des palaces à 20 000 euros la nuit (masseuse thaïlandaise non comprise), refusant parfois de s’entraîner, certes, mais acceptant toujours les entraîneuses, oui, je le confirme, le foot, c’est de la balle.

A ce propos, comme il s’agit de sport, de fair-play, d’idéal républicain et de modèle pour la jeunesse, je me permets une petite parenthèse publicitaire : (FOOT, SCANDALES, SEXE, CORRUPTION, INSULTES, BLEUS, EQUIPE DE FRANCE, VA NIQUER TA MERE, ESPRIT SPORTIF, VA TE FAIRE ENCULER). Pourquoi les majuscules ? Il paraît que c’est excellent pour l’audience du site, le référencement de mon blog, tout ça quoi. Je vous remercie donc de ne pas avoir quitté l’antenne et espère vous retrouver désormais beaucoup plus nombreux.

Bien, revenons à nos ballons. Oui ! le foot est important ; oui ! la bérézina des Blœufs est une tragédie à côté de laquelle la crise économique mondiale résultant de la guerre sans pitié que mènent les riches contre les pauvres — on peut les comprendre il y en a trop et comme le précisait un grand humoriste auvergnat : les pauvres quand il y en un ça va, c’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes — à côté de laquelle disais-je, ce génocide mondial des crève-la-dalle et des pousse-mégots (pour les pays riches) n’est guère plus qu’un sketch à deux balles. On ne s’y est d’ailleurs pas trompé dans les plus hautes baudruches de l’Etat (une baudruche bien gonflée est toujours en forme de sphère) puisque le sélectionneur des Blœufs a été entendu aujourd’hui même (ou hier peut-être, le temps passe vite quand on est passionné) par la commission culturelle de l’Assemblée Nationale. Et pas n’importe quelle Assemblée nationale, non, la nôtre ! Et là , j’entends déjà les ricanements des béotiens du ballon rond, des analphabètes du renvoi au 22, des incultes de la surface de réparation (qu’est-ce qu’on y répare au fait ? Ça ressemble beaucoup à du bricolage tout ça) : qu’est-ce le foot vient faire dans la culture ?

Argument minable. Et le gazon, vous croyez que ça pousse tout seul ? Et s’il ne fallait qu’un argument pour démontrer à la face du Cosmos, qui n’en demandait pas tant, la dimension métaphysique universelle de ce qui n’est pas simplement un sport de voyous ainsi que l’ont dit quelques snobs avant de replonger leur nez boutonneux dans un bouquin aux pages jaunies mais qui est devenu une, que dis-je, LA raison de vivre de millions de cadres moyens, d’employés, de pauvres et de chômeurs, parfois en fin de droit, au cerveau aussi vide que leur frigo, c’est celle-ci (reportez-vous au début de la phrase, deux pages plus haut) : M. Alain Fin…kraut, qu’il nous soit permis de ne pas le nommer, éminent représentant de la pensée médiatique ambiante, philosophe autoproclamé, titulaire d’une agrégation de lettres modernes (tiens comme moi), professeur dans une école qui forme l’ELITE de la pensée moderne universelle, M. Alain. F***kel***** (j’adore le jeu du pendu !) a lui-même condescendu, à défaut des poubelles, à répandre quelque analyse joliment tournée dans les divers médias à sa disposition sur le caractère absolument emblématique du manque de savoir-vivre, particulièrement visible dans les erreurs grossières commises par les joueurs dans l’emploi du passé simple, mais pas seulement. Rappelons que cet esprit clairvoyant, enthousiaste de la première heure pour les idées de l’actuel Président, est également un éminent spécialiste de l’exécration universelle (banlieues, rap, rock, Dieudonné, éducation nationale, Palestiniens …) qui ne va pas toutefois jusqu’à la barbarie des crimes contre l’humanité commis par l’armée israélienne à l’encontre des populations civiles de la bande de Gaza. Nous voilà rassurés, cet homme sait parfois pardonner.

Pour que M. A. F*********t (ça devient facile, c’est toujours le même) descende de son Olympe de la Culture, de son Parthénon du Savoir, de son Nirvanâ de la Connaissance, pour s’occuper de la coupe du monde et de l’équipe des Blœufs démontre sans aucune possibilité de contestation (inutile donc d’essayer) que le gouvernement français et l’Assemblée Nationale ont eu raison de convoquer le sélectionneur pour qu’il s’explique enfin, parce que les autres problèmes peuvent attendre.

 

Sans les Blœufs, la coupe du monde n’intéresse plus les Français. C’est un véritable désastre : certains vont peut-être même en profiter pour se remettre à penser.

 

Ce texte philosophique mais pas trop est mis à disposition par Karmatotal sous licence « Creative Commons »  88x31.png

 


Autres articles

Un commentaire

  1. dota2 release date 2011 dit :

    This may be the earliest time I have commented right here and I must say you give genuine, and high quality information for bloggers! Wonderful job.

Répondre

kostathefaine |
"A chacun son chat" |
ANTES QUE LAS PALABRAS SEAN... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Amelie Lallement
| BAZAR D'histoires..
| le club lecture