Fôpagavélezélèv

Je viens de lire sur un site d’information de gauche, le billet d’un professeur d’histoire qui vitupérait contre la « récupération du mouvement de protestation contre la réforme des rythmes scolaires par la droite ». Dans ce texte, la phrase suivante me percuta violemment l’encéphale gauche : « (…) le Front national réclamant de remplacer les activités de l’après-midi par deux heures de français supplémentaires, dont pourtant les écoliers sont gavés » (c’est moi qui souligne). Il apparaît donc à ce monsieur professant l’histoire et la pensée que les écoliers sont « gavés » de français. Fichtre ! Sapristi, même ! Quand je constate le niveau de maîtrise de notre langue par les jeunes gens dont j’ai eu l’honneur de corriger les copies ou que j’ai simplement côtoyés  — alors même que beaucoup ne demandent qu’à apprendre à l’utiliser correctement — je me demande si je vis dans le même pays que ce brave collègue qui n’en peut mais.
Ceci me rappelle d’ailleurs une anecdote croustillante. Il y a quelques années, pénétrant (avec déférence comme ce doit) dans une salle naguère dévolue aux célèbres IUFM (non, ce n’est pas l’Institut d’Urologie des Fonds Marins qui prétendait apprendre aux matelots à pisser contre le vent sans se faire asperger) je fus frappé de stupeur à la lecture d’une phrase qui ornait son mur principal.
« IL N’EST PAS NÉCESSAIRE DE COMPRENDRE TOUS LES MOTS D’UN TEXTE POUR COMPRENDRE CE TEXTE.» claironnait fièrement cette sentence imbécile, fruit douteux de la macération rance d’imprécations pédagogiques pour enseignants gâteux et élèves soumis. On peut ainsi comprendre un texte  sans comprendre le sens des mots qui le composent. Certes. Mais que comprend-on alors ? Un vague « sens général » dont il faudra bien de plus en plus se contenter… Car depuis 25 ans de réformes continuelles, un élève, du CP à la terminale L, a perdu en moyenne un millier d’heures de français au profit de matières plus « porteuses », au point qu’il ne suffira bientôt pas, pour réaliser la fameuse égalité des chances, d’une grande réforme de l’HAURTOGRAF, que certains appellent de leurs vœux mais bien de sa suppression pure et simple, avec la conjugaison tant qu’on y est, ça ne sert pas à grand-chose puisqu’on peut comprendre un texte sans cela.
Je viens justement de terminer un cours en CPGE littéraire 2ème année, cours pendant lequel j’ai expliqué (entre autres) les différentes règles d’accord du participe passé avec les verbes être, avoir, pronominaux, suivis ou non d’un infinitif, etc. Je dis bien que j’ai « expliqué » et non pas « ré-expliqué », car mes braves élèves, pourtant censés faire partie de l’élite intellectuelle de la nation, catégorie terriblement odieuse aux yeux de tous les pédagogues qui semblent n’accorder leur grâce qu’à des classes peuplées de demi-illettrés à la casquette en oreille de lapin et au crachat redoutable ; mes braves élèves, donc, n’avaient jamais entendu parler des deux dernières règles.
« Mais ça ne sert à rien ! » s’écriera notre brave professeur prêt à faire barrage de son corps pour endiguer la montée résistible des idées nauséabondes du FN. Je le comprends, il est effectivement dommageable pour l’avenir de nos démocraties flasques que la voix de la raison soit désormais incarnée (sur ce sujet en tout cas) par le parti du « point de détail ». C’est dire à quel étiage se situe la pensée politique dans ce beau pays. Alors pour répondre à ce brave professeur d’histoire, dont le décervelage fut manifestement une réussite éclatante, c’est vrai : Fôpagavélezélèv.
Cher collègue, c’est vous qui avez sans doute raison (puisque vous représentez la modernité) : les mots, les conjugaisons, les dictionnaires, tout ça ne sert à rien.

Ah, si, peut-être… à se comprendre quand on se parle ? Bon, cela dit, pourquoi essayer de comprendre quand il suffit d’obéir ?

Ouais, finalement ça ne sert à rien.

Professor Hait

 


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