Le « Déconomacron » du Hollandais dément.

H.P Lovecraft avait inventé de toutes pièces un livre affreux, le célèbre Nécronomicon de l’arabe dément Abdul Al’hazred, censé contenir tous les sortilèges les plus abominables afin de faire venir sur notre monde les choses spongieuses et velues, souvent protoplasmiques, des sphères extérieures. Notre Président (Gloire à Lui et à son casque de Scooter) a compris la leçon mais n’ayant pas de Nécronomicon sous la main ni le talent de Lovecraft il a opté pour le grand Déconomacron.

Le Déconomacron est le Nécronomicon appliqué à la politique, enfin en ce qu’il en reste après le règne de ces tristes sires qui nous fatiguent depuis vingt ans ; le Déconomacron est donc le livre du Hollandais dément François-pet-au-casque qui contient toutes les pires conneries visant à faire parler de lui sans rien changer à la situation dont tous nos politiques semblent fort bien s’accommoder.

Ça me donne des idées pour sortir Gër Harmaj Haax du frigo, tiens…



Sans état d’âme, Yves Ravey

J’ai aujourd’hui achevé la lecture de Sans état d’âme d’Yves Ravey. L’argument en est simple, un homme, Gu, camionneur, amoureux depuis toujours de la fille de sa voisine, Stéphanie est chargé par cette dernière de retrouver l’homme dont elle tombée amoureuse, un américain, John Loyd. Il reste à ajouter que la maison qui appartenait à sa famille a été rachetée pour une bouchée de pain par la mère de Stéphanie, Blanche afin de réaliser une grosse affaire immobilière et qu’il ne résout pas à quitter cette maison dans laquelle il a passé toute sa vie. Le roman est à la première personne et on apprend très tôt, du moins on comprend, que c’est lui qui a tué John Loyd. Il se fera tuer à la fin par le frère de ce dernier, Mike, historien qui est venu pour retrouver des informations sur son grand-père mort pendant le débarquement et aussi pour avoir des nouvelles de John, dont l’arrivée s’apparente fort à un deus ex machina que l’écrivain a utilisé simplement parce qu’il ne savait pas comment tirer son héros du bourbier dans lequel il l’avait plongé.

Le roman oscille donc entre un roman classique et un roman policier qui ne dit pas son nom. L’ensemble est à peu près correctement écrit, dans un style poussif, d’une extraordinaire platitude, sans aucune invention. L’auteur hésite pourtant à tout emprunter au roman policier, peut-être par incapacité à mener clairement et efficacement une intrigue. On pourra objecter qu’un meurtre, événement en soi sinon tristement banal du moins suffisamment familier au lecteur, ne devrait pas intrinsèquement définir le genre du livre qui le raconte. Le roman policier possède de toute façon ses propres codes même s’ils sont assez distendus pour permettre des ambiguïtés sans lesquelles le formalisme devient excessif. Le roman policier constitue, à mon sens, un genre tout à fait honorable ayant produit de véritables chefs d’œuvre qui n’ont rien à envier la littérature dite « blanche », étiquette relativement dénuée de sens par ailleurs. Yves Ravey n’a en tout cas aucune des qualités nécessaires à un bon auteur de polar. A-t-il pour autant l’étoffe d’un bon écrivain ?

Sans état d’âme  souffre à mon avis d’un problème important : c’est un livre qui n’arrive pas à choisir entre plusieurs esthétiques différentes et qui tente de les mélanger en 120 courtes pages, ce qui produit invariablement un sentiment de désorientation chez le lecteur (en tout cas chez moi). En lisant le mot «fin» on ne peut plus faire qu’une seule hypothèse pour expliquer ce fait étrange : l’auteur semble ignorer totalement ce à quoi pourrait ressembler une esthétique littéraire.  Est-ce un livre sur les sentiments amoureux voués à l’échec entre un homme qui n’a pas renoncé à son amour de jeunesse et une femme qui rêve d’un eldorado exotique ? Oui, sans aucune hésitation. Est-ce le roman d’un meurtre qui s’attache au pas du criminel qui se trouve être également l’enquêteur (ficelle narrative bien connue dont le modèle date du XVIIe siècle avant J-C : Oedipe Roi de Sophocle) ? Assurément. Est-ce le roman d’un homme brisé par la mort de son père, la folie de sa mère et la trahison d’une voisine qu’il considérait probablement comme une personne digne de confiance ? Encore exact. Tout est possible puisque le livre ne témoigne finalement que d’une vacuité vertigineuse.

Cependant le roman peut parfois faire penser à quelques très beaux livres de Jean-Patrick Manchette par cette forme d’écriture blanche et dépouillée dans laquelle germe une violence syntaxique et sémantique menaçante et larvée.  La différence réside dans le fait que chez Manchette c’est indubitablement volontaire alors que chez Ravey c’est  indiscutablement lié à une incapacité stylistique qui est de plus en plus patente au fur et à mesure de la lecture. « Gu » ressemble quelquefois  à Eugène Tarpon, personnage blessé et médiocre qui va jusqu’au bout de quelque chose qu’il ne soupçonnait même pas mais j’ai bien conscience que c’est le lecteur que je suis qui produit ce rapprochement, l’auteur, lui, fait ce qu’il peut. Ce qui  passe ainsi pour une écriture blanche et minimaliste lors d’une lecture peut-être trop rapide n’est in fine qu’un manque cruel de style et d’esthétique littéraire.

Le même reproche peut être fait sur le plan de la narration. À trop vouloir brouiller les pistes, entremêler les intrigues et croiser les registres, l’auteur a fini par embrumer son roman et perdre son lecteur. Mais voulait-il vraiment tout cela ? La clef de l’énigme a été livrée par deux interventions de Ravey auxquelles j’ai pu assister : quasiment incapable de construire un discours simplement cohérent à l’oral et régulièrement mis en difficulté par des questions relativement triviales concernant l’écriture, questions dont le sens littéral lui échappait parfois, cet auteur  n’a en fait aucune idée de ce qu’il fait quand il écrit, trouve ses fins en regardant le paysage sur l’autoroute (sic !), écrit de son propre aveu sans plan ni idée de départ, bref au petit bonheur la chance.  Il fait illusion par le simple fait qu’il est publié aux éditions de Minuit, maison prestigieuse qui édita de grands auteurs. Mais cette époque est révolue, seul perdure l’effet de prestige.

  Le même livre, s’étalant sur trois cents pages de bonne tenue littéraire, croisant les intrigues avec rigueur et multipliant les échappées romanesques eût été sans doute une réussite. Sur cent vingt pages il eût fallu en faire une tragédie racinienne, écrire à l’os, dépouiller toute la narration de ce qu’elle pouvait receler hormis la violence du récit et des passions et, par-dessus tout, construire une charpente narrative permettant de faire circuler l’attention du lecteur entre terreur et pitié selon l’expression bien connue d’Aristote. Le regretté J-P Manchette avait écrit un jour : « Le roman policier est une littérature pour insomniaques et ferroviaires » mais, justement, comme on dit à la SNCF, « qui trop embrasse manque le train ». L’auteur de Sans état d’âme  n’embrasse rien, ne manque même pas le train. Il déraille, c’est tout.



Une femme de ménage, Christian Oster

J’ai fini il y a quelques jours un roman intitulé Une femme de ménage paru en 2003 aux éditions de Minuit. Pas de toute fraîcheur, donc. Nous sommes encore loin de la rentrée littéraire et de ces six cent et quelques romans. J’aime à croire que les beaux livres sont comme les bons vins, ils ne donnent leurs meilleurs arômes qu’après quelques généreuses années dans une cave, à l’abri de la lumière et de l’agitation. Je ne récrimine point contre l’inflation du nombre de livres édités, bien au contraire, elle me paraît témoigner d’une belle vigueur dans un monde où le déclin de la lecture est régulièrement annoncé comme le seul horizon possible. Je me réjouis donc qu’il y ait encore autant de romanciers qui continuent d’écrire (il m’arrive aussi de le faire), d’éditeurs pour publier et de public pour lire, surtout. Mais en ce qui me concerne je préfère souvent découvrir un auteur qui a déjà une longue série d’ouvrages derrière lui, comme une promesse de bonheurs renouvelés, si le livre me plaît.

Une femme de ménage donc. L’intrigue est simple, presque insignifiante : un homme vient de subir une rupture amoureuse et engage une femme de ménage pour rendre son appartement un peu plus vivable pendant qu’il tente, lui, de mettre de l’ordre dans ses idées, tâche incomparablement plus ardue. Laura, c’est le nom de la femme de ménage, est une jeune fille qui vit de petits boulots et se fait un jour expulser de l’appartement de son ex-compagnon. À la rue, elle demande au personnage principal, Jacques, qui est également le narrateur, s’il peut la « dépanner » pour quelques jours. Jacques ne veut pas, cette idée ne lui plaît pas du tout. Il accepte. Jacques est un peu faible vous l’aurez compris. Laura s’installe donc dans la chambre pendant que Jacques refait sa vie sur le canapé du salon. Cela s’appelle « taper l’incruste ». De fil en aiguille si j’ose cette expression, Laura qui s’ennuie un peu avec ses deux heures de ménage hebdomadaires propose à Jacques, quinquagénaire indécis, quelques distractions érotiques d’abord bi-mensuelles puis nettement pluri-hebdomadaires. Ils finissent par regarder la télévision ensemble, l’amour survient presque par effraction, à l’insu de leur plein gré comme on dit chez les drogués.

Patatras ! Constance revient un soir, Jacques est pétrifié et n’écoutant que son courage, qui ne lui dit pas grand-chose, il fuit. Avec Laura. Où ? Ailleurs. Que se passe-t-il alors ? D’autres choses. Lisez le livre, vous verrez bien.

Tout l’intérêt de ce roman vient de la façon dont l’auteur a traité le monologue intérieur de Jacques, tout en finesse, en délicieuses hésitations parsemées d’un humour à la fois retenu et souvent drôle. Le reproche que je pourrais faire à ce livre réside dans certaines longueurs (pour moi) inhérentes à ce type de choix narratif mais qui demeurent fort heureusement suffisamment rares pour ne pas engourdir le lecteur (les longueurs sont supportables quand elles sont courtes, c’est tout le problème).

Un bon livre dans lequel le monde fait eau de toute part, laissant des personnages éberlués voguer à la dérive, accroché à un espoir qui n’est souvent qu’une branche un peu moins moisie que la coque du rafiot qui vient de s’échouer. Le désespoir « cool » d’un monde absurde teinté d’un humour à la fois décalé et impassible.

Je lirai d’autres romans de cet auteur qui est une belle découverte.

Une citation : « Je connaissais aussi quelques personnes en bonne santé , mais à ceux-là je ne savais pas trop quoi dire. La question « Ça va ? » ne leur évoquait rien de spécial. Quant à moi, donc, je me portais plutôt bien physiquement, et je me sentais peu à peu rentrer dans la norme, voire dans l’élite. Pas de problèmes, une désespérance en fin de course, un métier, une femme de ménage, il ne me manquait plus que le bonheur. Mais j’avais le temps, je n’entrais que dans ma cinquantième année. »




Archive pour septembre, 2015

Le « Déconomacron » du Hollandais dément.

H.P Lovecraft avait inventé de toutes pièces un livre affreux, le célèbre Nécronomicon de l’arabe dément Abdul Al’hazred, censé contenir tous les sortilèges les plus abominables afin de faire venir sur notre monde les choses spongieuses et velues, souvent protoplasmiques, des sphères extérieures. Notre Président (Gloire à Lui et à son casque de Scooter) a compris la leçon mais n’ayant pas de Nécronomicon sous la main ni le talent de Lovecraft il a opté pour le grand Déconomacron.

Le Déconomacron est le Nécronomicon appliqué à la politique, enfin en ce qu’il en reste après le règne de ces tristes sires qui nous fatiguent depuis vingt ans ; le Déconomacron est donc le livre du Hollandais dément François-pet-au-casque qui contient toutes les pires conneries visant à faire parler de lui sans rien changer à la situation dont tous nos politiques semblent fort bien s’accommoder.

Ça me donne des idées pour sortir Gër Harmaj Haax du frigo, tiens…

Sans état d’âme, Yves Ravey

J’ai aujourd’hui achevé la lecture de Sans état d’âme d’Yves Ravey. L’argument en est simple, un homme, Gu, camionneur, amoureux depuis toujours de la fille de sa voisine, Stéphanie est chargé par cette dernière de retrouver l’homme dont elle tombée amoureuse, un américain, John Loyd. Il reste à ajouter que la maison qui appartenait à sa famille a été rachetée pour une bouchée de pain par la mère de Stéphanie, Blanche afin de réaliser une grosse affaire immobilière et qu’il ne résout pas à quitter cette maison dans laquelle il a passé toute sa vie. Le roman est à la première personne et on apprend très tôt, du moins on comprend, que c’est lui qui a tué John Loyd. Il se fera tuer à la fin par le frère de ce dernier, Mike, historien qui est venu pour retrouver des informations sur son grand-père mort pendant le débarquement et aussi pour avoir des nouvelles de John, dont l’arrivée s’apparente fort à un deus ex machina que l’écrivain a utilisé simplement parce qu’il ne savait pas comment tirer son héros du bourbier dans lequel il l’avait plongé.

Le roman oscille donc entre un roman classique et un roman policier qui ne dit pas son nom. L’ensemble est à peu près correctement écrit, dans un style poussif, d’une extraordinaire platitude, sans aucune invention. L’auteur hésite pourtant à tout emprunter au roman policier, peut-être par incapacité à mener clairement et efficacement une intrigue. On pourra objecter qu’un meurtre, événement en soi sinon tristement banal du moins suffisamment familier au lecteur, ne devrait pas intrinsèquement définir le genre du livre qui le raconte. Le roman policier possède de toute façon ses propres codes même s’ils sont assez distendus pour permettre des ambiguïtés sans lesquelles le formalisme devient excessif. Le roman policier constitue, à mon sens, un genre tout à fait honorable ayant produit de véritables chefs d’œuvre qui n’ont rien à envier la littérature dite « blanche », étiquette relativement dénuée de sens par ailleurs. Yves Ravey n’a en tout cas aucune des qualités nécessaires à un bon auteur de polar. A-t-il pour autant l’étoffe d’un bon écrivain ?

Sans état d’âme  souffre à mon avis d’un problème important : c’est un livre qui n’arrive pas à choisir entre plusieurs esthétiques différentes et qui tente de les mélanger en 120 courtes pages, ce qui produit invariablement un sentiment de désorientation chez le lecteur (en tout cas chez moi). En lisant le mot «fin» on ne peut plus faire qu’une seule hypothèse pour expliquer ce fait étrange : l’auteur semble ignorer totalement ce à quoi pourrait ressembler une esthétique littéraire.  Est-ce un livre sur les sentiments amoureux voués à l’échec entre un homme qui n’a pas renoncé à son amour de jeunesse et une femme qui rêve d’un eldorado exotique ? Oui, sans aucune hésitation. Est-ce le roman d’un meurtre qui s’attache au pas du criminel qui se trouve être également l’enquêteur (ficelle narrative bien connue dont le modèle date du XVIIe siècle avant J-C : Oedipe Roi de Sophocle) ? Assurément. Est-ce le roman d’un homme brisé par la mort de son père, la folie de sa mère et la trahison d’une voisine qu’il considérait probablement comme une personne digne de confiance ? Encore exact. Tout est possible puisque le livre ne témoigne finalement que d’une vacuité vertigineuse.

Cependant le roman peut parfois faire penser à quelques très beaux livres de Jean-Patrick Manchette par cette forme d’écriture blanche et dépouillée dans laquelle germe une violence syntaxique et sémantique menaçante et larvée.  La différence réside dans le fait que chez Manchette c’est indubitablement volontaire alors que chez Ravey c’est  indiscutablement lié à une incapacité stylistique qui est de plus en plus patente au fur et à mesure de la lecture. « Gu » ressemble quelquefois  à Eugène Tarpon, personnage blessé et médiocre qui va jusqu’au bout de quelque chose qu’il ne soupçonnait même pas mais j’ai bien conscience que c’est le lecteur que je suis qui produit ce rapprochement, l’auteur, lui, fait ce qu’il peut. Ce qui  passe ainsi pour une écriture blanche et minimaliste lors d’une lecture peut-être trop rapide n’est in fine qu’un manque cruel de style et d’esthétique littéraire.

Le même reproche peut être fait sur le plan de la narration. À trop vouloir brouiller les pistes, entremêler les intrigues et croiser les registres, l’auteur a fini par embrumer son roman et perdre son lecteur. Mais voulait-il vraiment tout cela ? La clef de l’énigme a été livrée par deux interventions de Ravey auxquelles j’ai pu assister : quasiment incapable de construire un discours simplement cohérent à l’oral et régulièrement mis en difficulté par des questions relativement triviales concernant l’écriture, questions dont le sens littéral lui échappait parfois, cet auteur  n’a en fait aucune idée de ce qu’il fait quand il écrit, trouve ses fins en regardant le paysage sur l’autoroute (sic !), écrit de son propre aveu sans plan ni idée de départ, bref au petit bonheur la chance.  Il fait illusion par le simple fait qu’il est publié aux éditions de Minuit, maison prestigieuse qui édita de grands auteurs. Mais cette époque est révolue, seul perdure l’effet de prestige.

  Le même livre, s’étalant sur trois cents pages de bonne tenue littéraire, croisant les intrigues avec rigueur et multipliant les échappées romanesques eût été sans doute une réussite. Sur cent vingt pages il eût fallu en faire une tragédie racinienne, écrire à l’os, dépouiller toute la narration de ce qu’elle pouvait receler hormis la violence du récit et des passions et, par-dessus tout, construire une charpente narrative permettant de faire circuler l’attention du lecteur entre terreur et pitié selon l’expression bien connue d’Aristote. Le regretté J-P Manchette avait écrit un jour : « Le roman policier est une littérature pour insomniaques et ferroviaires » mais, justement, comme on dit à la SNCF, « qui trop embrasse manque le train ». L’auteur de Sans état d’âme  n’embrasse rien, ne manque même pas le train. Il déraille, c’est tout.

Une femme de ménage, Christian Oster

J’ai fini il y a quelques jours un roman intitulé Une femme de ménage paru en 2003 aux éditions de Minuit. Pas de toute fraîcheur, donc. Nous sommes encore loin de la rentrée littéraire et de ces six cent et quelques romans. J’aime à croire que les beaux livres sont comme les bons vins, ils ne donnent leurs meilleurs arômes qu’après quelques généreuses années dans une cave, à l’abri de la lumière et de l’agitation. Je ne récrimine point contre l’inflation du nombre de livres édités, bien au contraire, elle me paraît témoigner d’une belle vigueur dans un monde où le déclin de la lecture est régulièrement annoncé comme le seul horizon possible. Je me réjouis donc qu’il y ait encore autant de romanciers qui continuent d’écrire (il m’arrive aussi de le faire), d’éditeurs pour publier et de public pour lire, surtout. Mais en ce qui me concerne je préfère souvent découvrir un auteur qui a déjà une longue série d’ouvrages derrière lui, comme une promesse de bonheurs renouvelés, si le livre me plaît.

Une femme de ménage donc. L’intrigue est simple, presque insignifiante : un homme vient de subir une rupture amoureuse et engage une femme de ménage pour rendre son appartement un peu plus vivable pendant qu’il tente, lui, de mettre de l’ordre dans ses idées, tâche incomparablement plus ardue. Laura, c’est le nom de la femme de ménage, est une jeune fille qui vit de petits boulots et se fait un jour expulser de l’appartement de son ex-compagnon. À la rue, elle demande au personnage principal, Jacques, qui est également le narrateur, s’il peut la « dépanner » pour quelques jours. Jacques ne veut pas, cette idée ne lui plaît pas du tout. Il accepte. Jacques est un peu faible vous l’aurez compris. Laura s’installe donc dans la chambre pendant que Jacques refait sa vie sur le canapé du salon. Cela s’appelle « taper l’incruste ». De fil en aiguille si j’ose cette expression, Laura qui s’ennuie un peu avec ses deux heures de ménage hebdomadaires propose à Jacques, quinquagénaire indécis, quelques distractions érotiques d’abord bi-mensuelles puis nettement pluri-hebdomadaires. Ils finissent par regarder la télévision ensemble, l’amour survient presque par effraction, à l’insu de leur plein gré comme on dit chez les drogués.

Patatras ! Constance revient un soir, Jacques est pétrifié et n’écoutant que son courage, qui ne lui dit pas grand-chose, il fuit. Avec Laura. Où ? Ailleurs. Que se passe-t-il alors ? D’autres choses. Lisez le livre, vous verrez bien.

Tout l’intérêt de ce roman vient de la façon dont l’auteur a traité le monologue intérieur de Jacques, tout en finesse, en délicieuses hésitations parsemées d’un humour à la fois retenu et souvent drôle. Le reproche que je pourrais faire à ce livre réside dans certaines longueurs (pour moi) inhérentes à ce type de choix narratif mais qui demeurent fort heureusement suffisamment rares pour ne pas engourdir le lecteur (les longueurs sont supportables quand elles sont courtes, c’est tout le problème).

Un bon livre dans lequel le monde fait eau de toute part, laissant des personnages éberlués voguer à la dérive, accroché à un espoir qui n’est souvent qu’une branche un peu moins moisie que la coque du rafiot qui vient de s’échouer. Le désespoir « cool » d’un monde absurde teinté d’un humour à la fois décalé et impassible.

Je lirai d’autres romans de cet auteur qui est une belle découverte.

Une citation : « Je connaissais aussi quelques personnes en bonne santé , mais à ceux-là je ne savais pas trop quoi dire. La question « Ça va ? » ne leur évoquait rien de spécial. Quant à moi, donc, je me portais plutôt bien physiquement, et je me sentais peu à peu rentrer dans la norme, voire dans l’élite. Pas de problèmes, une désespérance en fin de course, un métier, une femme de ménage, il ne me manquait plus que le bonheur. Mais j’avais le temps, je n’entrais que dans ma cinquantième année. »

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