Du rififi à l’Olympe

 

 

On dirait que Jupiter patine un peu dans l’ambroisie ces temps-ci. Par ailleurs cette chère Junon est toujours aussi bronzée, ce qui devrait lui remonter le moral. La déesse du foyer sait profiter du soleil de la Grèce, mère des patries, c’est toujours ça de pris. Mais le vrai problème de Jupiter, c’est qu’il n’est pas secondé, tous les mythologues vous le diront. L’Olympe manque de vrais managers, même Omer  (je ne suis pas sûr de l’orthographe) le constatait.

Avec Hermès dans le temple de Bercy — sur la terrasse duquel on contemple la totalité d’Athènes — on aurait pu penser que les choses étaient pour le mieux dans le domaine des Dieux. Las ! Hermès, le dieu messager, parle beaucoup, et indispose Hercule, redoutable boxeur, aux emportements violents. Le dieu des dieux lui demanda donc de faire meilleur usage de la parole divine : en gros de la boucler.

Hermès aurait pu se consoler ailleurs car il est aussi le dieu des carrefours, mais il a délégué la gestion de la voirie et de la grande distribution à des collègues subalternes. Le temple de Bercy est trop sacré pour se consacrer à pareilles vétilles. Privé de la parole (ou quasiment), délesté de la gestion du goudron et de la tête de gondole, il ne lui restait que son attribut le plus vénérable, le plus majestueux : Hermès, dieu des voleurs. C’était bien pour cela que Jupiter, le dieu des dieux, roi de l’Olympe et auto-panthéonisé de son vivant, l’avait envoyé dans ce temple pour adorer l’Éternel, c’est-à-dire Lui-Même. Or donc, Hermès est devenu, par la puissance du Verbe Jupitérien, dieu des voleurs à plein temps. Le Temple de BERCY s’y prête (si l’on veut bien me pardonner ce barbarisme) à merveille puisqu’il s’agit non moins de combattre le Chaos dont sont issues toutes choses, ce qui paraît bien sympathique évidemment, mais le chaos c’est quand même trop le bordel, donc il ne faudrait pas qu’il se croit tout permis non plus. Même Jupiter quand il était jeune, fut obligé de se sortir les doigts pour en faire quelque chose d’à peu près propre. Avant lui, l’Univers ressemblait à un camp de Manouches, il ne faut pas l’oublier. Alors, le combattre, oui, mais comment ?

« Jup » a sorti son Tyrse et a tracé la feuille de croûte par la foudre et le tonnerre. Il s’agira simplement de voler aux pauvres le peu qu’il leur reste pour le donner aux riches qui ne sauront pas quoi en foutre mais ça leur fera plaisir quand même. Hermès aux pieds zélés, retiré dans son temple aux murs décorés à la feuille d’or, s’est demandé un instant s’il n’était pas en train de se faire rouler dans le froment. C’est pas parce qu’on va à la gamelle qu’il faut accepter d’en prendre une. Piquer aux pauvres pour donner aux riches, c’est ce que pratique l’Olympe depuis des Éons (un Éon = cinq ans environ), c’est pas avec ça qu’on va révolutionner les champs Élyséens, nom de Dieu, enfin de Moi-même, pérorait-il in petto. Le doute s’insinuait en lui. Or le doute est mauvais, pernicieux, même.

Alors « Jup » comme on l’appelle familièrement à l’Olympe lui apparut en majesté (la foudre dans une main, l’égide dans l’autre et Junon en talons hauts et tailleur ajusté sur son flanc droit). Il lui révéla enfin la vérité toute puissante. Certes, tout cela était du réchauffé, mais le plan de la divinité était (une fois de plus) sans faille. Hermès allait un peu se bouger la rondelle pour que, pour une fois, ÇA NE SE VOIE PAS ! En finesse, tout dans le déhanché et le contrôle du mouvement. Et c’était lui, Hermès, dieu des voleurs – excusez du peu ! – qui allait rendre l’opération quasiment indétectable. Il resterait pour les siècles des siècles l’inventeur de la couillonnade en mode furtif. Comme bilan c’est du solide, ça a quand même une autre gueule que se les geler sur la banquise à friser les moustaches des bébés phoques comme certaines reliques du chaud-bise. Puis le Dieu des dieux, le Très-Grand parmi les Grands (c’est pour cela qu’en Grec on l’appelait Macron) disparut dans un éclair de feu pour aller révoquer d’urgence un sous-fifre du dieu Mars qui commençait à les lui briser menu.

Hermès réfléchissait, les pieds dans une rivière de diamants pour se rafraîchir les orteils. Comme toujours en pareil cas, il faisait surgir de l’ombre une multitude de conseillers pour l’assister dans cette tâche ardue qui dépassait ses compétences. Il n’utilisait son intelligence, du moins ce qu’il en restait après des éons passés dans les palais de l’Olympe à taper la discute avec des incapables et à serrer les paluches de tous les demi-dieux qui pouvaient éventuellement se rappeler de lui un jour, que pour une seule tâche : essayer de tirer le maximum de profit de sa position à l’Olympe. Là, il commençait à comprendre qu’il allait en prendre plein la gueule. Il venait juste de se souvenir qu’en latin, Hermès se dit Mercure.

Ça tombe bien se dit-il, il commence à monter…




Archive pour juillet, 2017

Du rififi à l’Olympe

 

 

On dirait que Jupiter patine un peu dans l’ambroisie ces temps-ci. Par ailleurs cette chère Junon est toujours aussi bronzée, ce qui devrait lui remonter le moral. La déesse du foyer sait profiter du soleil de la Grèce, mère des patries, c’est toujours ça de pris. Mais le vrai problème de Jupiter, c’est qu’il n’est pas secondé, tous les mythologues vous le diront. L’Olympe manque de vrais managers, même Omer  (je ne suis pas sûr de l’orthographe) le constatait.

Avec Hermès dans le temple de Bercy — sur la terrasse duquel on contemple la totalité d’Athènes — on aurait pu penser que les choses étaient pour le mieux dans le domaine des Dieux. Las ! Hermès, le dieu messager, parle beaucoup, et indispose Hercule, redoutable boxeur, aux emportements violents. Le dieu des dieux lui demanda donc de faire meilleur usage de la parole divine : en gros de la boucler.

Hermès aurait pu se consoler ailleurs car il est aussi le dieu des carrefours, mais il a délégué la gestion de la voirie et de la grande distribution à des collègues subalternes. Le temple de Bercy est trop sacré pour se consacrer à pareilles vétilles. Privé de la parole (ou quasiment), délesté de la gestion du goudron et de la tête de gondole, il ne lui restait que son attribut le plus vénérable, le plus majestueux : Hermès, dieu des voleurs. C’était bien pour cela que Jupiter, le dieu des dieux, roi de l’Olympe et auto-panthéonisé de son vivant, l’avait envoyé dans ce temple pour adorer l’Éternel, c’est-à-dire Lui-Même. Or donc, Hermès est devenu, par la puissance du Verbe Jupitérien, dieu des voleurs à plein temps. Le Temple de BERCY s’y prête (si l’on veut bien me pardonner ce barbarisme) à merveille puisqu’il s’agit non moins de combattre le Chaos dont sont issues toutes choses, ce qui paraît bien sympathique évidemment, mais le chaos c’est quand même trop le bordel, donc il ne faudrait pas qu’il se croit tout permis non plus. Même Jupiter quand il était jeune, fut obligé de se sortir les doigts pour en faire quelque chose d’à peu près propre. Avant lui, l’Univers ressemblait à un camp de Manouches, il ne faut pas l’oublier. Alors, le combattre, oui, mais comment ?

« Jup » a sorti son Tyrse et a tracé la feuille de croûte par la foudre et le tonnerre. Il s’agira simplement de voler aux pauvres le peu qu’il leur reste pour le donner aux riches qui ne sauront pas quoi en foutre mais ça leur fera plaisir quand même. Hermès aux pieds zélés, retiré dans son temple aux murs décorés à la feuille d’or, s’est demandé un instant s’il n’était pas en train de se faire rouler dans le froment. C’est pas parce qu’on va à la gamelle qu’il faut accepter d’en prendre une. Piquer aux pauvres pour donner aux riches, c’est ce que pratique l’Olympe depuis des Éons (un Éon = cinq ans environ), c’est pas avec ça qu’on va révolutionner les champs Élyséens, nom de Dieu, enfin de Moi-même, pérorait-il in petto. Le doute s’insinuait en lui. Or le doute est mauvais, pernicieux, même.

Alors « Jup » comme on l’appelle familièrement à l’Olympe lui apparut en majesté (la foudre dans une main, l’égide dans l’autre et Junon en talons hauts et tailleur ajusté sur son flanc droit). Il lui révéla enfin la vérité toute puissante. Certes, tout cela était du réchauffé, mais le plan de la divinité était (une fois de plus) sans faille. Hermès allait un peu se bouger la rondelle pour que, pour une fois, ÇA NE SE VOIE PAS ! En finesse, tout dans le déhanché et le contrôle du mouvement. Et c’était lui, Hermès, dieu des voleurs – excusez du peu ! – qui allait rendre l’opération quasiment indétectable. Il resterait pour les siècles des siècles l’inventeur de la couillonnade en mode furtif. Comme bilan c’est du solide, ça a quand même une autre gueule que se les geler sur la banquise à friser les moustaches des bébés phoques comme certaines reliques du chaud-bise. Puis le Dieu des dieux, le Très-Grand parmi les Grands (c’est pour cela qu’en Grec on l’appelait Macron) disparut dans un éclair de feu pour aller révoquer d’urgence un sous-fifre du dieu Mars qui commençait à les lui briser menu.

Hermès réfléchissait, les pieds dans une rivière de diamants pour se rafraîchir les orteils. Comme toujours en pareil cas, il faisait surgir de l’ombre une multitude de conseillers pour l’assister dans cette tâche ardue qui dépassait ses compétences. Il n’utilisait son intelligence, du moins ce qu’il en restait après des éons passés dans les palais de l’Olympe à taper la discute avec des incapables et à serrer les paluches de tous les demi-dieux qui pouvaient éventuellement se rappeler de lui un jour, que pour une seule tâche : essayer de tirer le maximum de profit de sa position à l’Olympe. Là, il commençait à comprendre qu’il allait en prendre plein la gueule. Il venait juste de se souvenir qu’en latin, Hermès se dit Mercure.

Ça tombe bien se dit-il, il commence à monter…

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