Fiction et friction

Si la science-fiction a conquis le cinéma depuis environ trois décennies, notamment par le flamboyant Stars Wars — et avant lui, La planète interdite, L’homme qui rétrécit, Mondwest, Zardoz, Soleil vert, et bien d’autres — ce Stars wars dont Ray Bradbury (le grand écrivain américain auteur de Farenheit 451) disait : « Un film d’une merveilleuse bêtise. C’est comme d’être amoureux d’une femme complètement idiote ». Film fondateur mais qui, malgré toutes ses qualités, n’a sans doute pas apporté énormément à la cause de la science-fiction littéraire (pour autant que cela existe mais c’est ma thèse et j’y tiens). On peut toujours dire, après les Guerre des étoiles, que cette « sous-littérature » (sic) est tenue dans le plus profond mépris à de rares exceptions près par le monde de la critique littéraire et universitaire, même si quelques initiatives encore très isolées voient timidement le jour (le CERLI par exemple, voir infra). Genre tout juste bon à rendre supportables les poussées d’acné d’adolescents frappés d’hébétude , littérature pour débiles légers ou analphabètes en phase terminale, bref la science-fiction est tout sauf « bon chic, bon genre ».

Pourtant ce « mauvais genre », s’il n’a pas toujours été si bien servi que cela au cinéma — encore que le premier Terminator, Mondowest ou 2001 l’odyssée de l’espace ne sont pas loin d’être des chefs d’œuvre du 7ème art sans parler de l’admirable Stalker de Tarkovsky et de nombreux autres films parfois taxés de l’infamante mention « série B » — ce « mauvais genre » donc, a produit une masse énorme de livres, romans et nouvelles pour l’essentiel, qui témoigne de l’intérêt pour une littérature qui n’est pas seulement animée par l’esprit de lucre. Si ce genre est aussi populaire depuis si longtemps, c’est probablement qu’il correspond à des interrogations profondes chez l’homme, un « sense of wonder » selon l’expression anglaise, qui s’incarne en lui.

Nous voici donc au cœur d’un paradoxe étonnant : la production littéraire et audio-visuelle de science-fiction n’a jamais été aussi importante que depuis un demi-siècle et ce genre continue pourtant (ou : par conséquent ?) de traîner une réputation de bêtise consternante. Au-delà de la médiocrité bien réelle de beaucoup de productions actuelles ou passées mais finalement pas plus que dans le genre fantastique par exemple ou le roman d’amour (et pourtant personne n’aurait l’idée de dénigrer en bloc ces deux genres) voire la littérature « générale » (le sous genre de l’autofiction est lui-même assez consternant à cet égard) il faut s’interroger sur les causes d’un tel ostracisme.

Chercher à comprendre les raisons de cette répudiation de la science-fiction hors du champ littéraire proprement dit conduit très vite à une observation : en dehors du cercle de ses adeptes (fervents ou non) la science-fiction possède une image extraordinairement floue. De ce fait s’ensuit que les commentaires qu’elle inspire aux critiques et universitaires sont dans le meilleurs des cas assez indifférents et la plupart du temps contradictoires quand ils ne sont pas carrément caricaturaux. Pour certains c’est une forme abâtardie du genre fantastique qui ne serait capable que d’agiter la peur de la science et du progrès technique pour d’autres c’est un genre dépourvu d’intérêt car en danger perpétuel de péremption puisqu’elle se fait invariablement rattraper par le réel.

Lors de l’alunissage en juillet 1969 de nombreux commentateurs, qui n’étaient pas universitaires pour la plupart, rassurons-nous, ont écrit que cette prouesse rendait caduque tout un pan de la science-fiction consacrée à ce satellite, les mêmes continuant à proclamer qu’il était toujours possible d’écrire des chefs-d’œuvre sur les pyramides d’Égypte ou telle fiction historique dans une époque bien connue. Aucun universitaire ne s’est fendu d’une tribune pour contester de telles arguties, du moins à ma connaissance. Comme le note Théodore Sturgeon grand écrivain américain de l’étrange (Les plus qu’humains, Killdozer et l’inoubliable Cristal qui songe) « dans toute l’histoire de la littérature, jamais un genre n’a été ainsi condamné dans son ensemble — et ce systématiquement — au nom de quelques exemples piochés dans ce qu’il a produit de moins intéressant. ». Le même Sturgeon a formulé un aphorisme plein de bon sens : « Quatre-vingt dix pour cent de toute chose est du déchet. », également appelée « Loi de Sturgeon» le premier corollaire de cette loi est donc : « L’existence de grandes quantités de déchets dans la science-fiction est peut-être regrettable, mais elle est admise, car non moins naturelle qu’ailleurs. » Ce qui le conduit à la conclusion suivante : « Le meilleur de la science-fiction est aussi bon que le meilleur de n’importe quel autre domaine de fiction. » Conclusion qui semble frappé au coin du bon sens, mais qui ne paraît pas avoir effleuré l’Université et le monde de la critique non spécialisée. Pourtant, la « loi de Sturgeon », variante littéraire de celle de Pareto, s’applique bien évidemment à la totalité du champ littéraire, pas seulement à certains de ses sous-genres.

Une des raisons de ce mépris réside sans doute dans l’incapacité de tenir la SF pour ce qu’elle est réellement c’est-à-dire une littérature de spéculation politique, scientifique et technique. Elle s’intéresse finalement moins à l’homme en tant que phénomène singulier qu’à son environnement et à la façon dont cet environnement agit sur lui. Ce ne sont pas les méandres complexes de l’intériorité humaine qu’elle veut explorer en premier lieu mais, avant tout, les interactions multiples que l’humanité tisse avec l’univers qui l’entoure.

La SF n’est pas le seul genre qui explore l’interdépendance de l’homme et de son environnement mais il s’agit sans doute de celui qui en a fait son axe principal de proposition littéraire. Balzac et à sa suite, ce qu’on a appelé le roman réaliste, pensait l’homme au travers de la société du XIXe siècle ; on se souvient de sa théorie sur les « types humains » inspirée de Cuvier et Geoffroy Saint-Hilaire, tous deux naturalistes, lointains disciples de Buffon. La SF met en œuvre une poétique comparable, mais fait de la société — le point central de l’œuvre du grand Honoré — non pas la cause première mais la conséquence première.

C’est bien la technique qui modèle l’homme, au point, souvent, de l’aliéner voire de l’altérer. Toute société procède d’un système technicien nous rappelle la SF, non loin des propositions de philosophes comme Lewis Mumford aux États-Unis, ou Jacques Ellul, en France. Mais ces philosophes sociologues spécialistes de la question technique sont très peu lus dans notre pays. La méconnaissance du genre de la SF et le dédain que lui témoignent la plupart des universités de Lettres (au reste quasi moribondes, mais c’est un autre débat — quoique ? ) est certainement lié à ce désintérêt pour la question technique. Pourtant tout nous indique qu’une civilisation quelle qu’elle soit est essentiellement, au sens primitif du mot, technique. La SF touche donc, souvent maladroitement, parfois de manière géniale, à cette essence. Mais la littérature générale, en France comme ailleurs (mais encore plus dans notre pays) ne s’intéresse finalement qu’aux conséquences : l’intériorité, la psychologie, les affres du déchirement intime voire une certaine sociologie de bon ton. Et considère donc que la SF est un genre mineur car superficiel.

C’est ce qu’on peut appeler l’ironie de l’histoire (littéraire).



Celcius 233

Voici une nouvelle écrite il y a trois ou quatre ans. Elle figurait, figure toujours probablement, au catalogue d’une petite maison d’édition « hybride » (comprenez majoritairement sous forme électronique mais avec une petite production de textes « papier ») qui s’appelle « Éditions de l’abat-jour » et qui édite fort logiquement une revue intitulée « L’Ampoule ». Je l’auto-édite ici même et j’en profite pour préciser que ce blog, comme je l’ai déjà dit par ailleurs, verra le taux de nouvelles et de textes de fiction augmenter et celui de « brèves » (commentaires satiriques de l’actualité) diminuer, sans pour autant atteindre le seuil du zéro. Je serai ravi que les lectrices et lecteurs parfois égarés ici puissent me donner leur avis, qu’il soit bon ou mauvais et leurs impressions de lecture. Plus il y aura d’avis et d’interaction, plus je serai motivé pour continuer à mettre à disposition des textes de fiction (majoritairement des nouvelles). 

 

Celcius 233

 

 

Ptolémée Soter, général du grand Alexandre, reçut l’Egypte en héritage à la mort de son maître, parti à la rencontre d’un destin glorieux dans un Orient rempli de secrets et de tombeaux, dont il ne revint pas. Il partagea avec son roi le fracas des batailles, l’odeur du sang frais sur les pierres brûlantes des déserts, les longues journées glaciales de l’hiver dans des montagnes barbares à la beauté étrange, mais, plus que tout, il partageait son idéal d’un monde soumis par l’acier et guidé par la science. Pour cela, il fit ériger presque trois siècles avant la naissance d’un fils de Dieu une université et une académie à peine enfantées de la plus grande bibliothèque qui fut jamais. Il baptisa ce lieu « Museion », en l’honneur des servantes d’Apollon et fit serment d’attirer les mages de Chaldée, les sagesses barbares, les philosophes de l’Orient aussi bien que les derniers disciples de Zoroastre. Il demanda qu’il fût bâti face à la mer vineuse, comme l’on dit les Grecs, tout au bout de la capitale qui portait le nom de son roi, Alexandrie.

La dynastie des Lagides, ces fils de Ptolémée, occupera un trône dont les sept cent mille rouleaux seront le corps immortel. Le premier bibliothécaire, Démétrios de Phalère et ses successeurs, les feront affluer par les océans, les fleuves et les routes, irriguant le Museion de toutes les sagesses du monde connu. Pendant huit siècles le savoir enclos dans les entrailles du Palais des Muses devint le vrai phare d’Alexandrie d’Egypte dont la lumière éclaboussait l’actuelle Ras el Tin pour guider dans la nuit tous les lettrés de l’Antiquité.

Le cercueil de cet Alexandre qu’on disait grand fut l’œil de ce cyclone, protégeant des servants affairés à jeter leurs filets sur toutes les mers connues et d’autres plus mystérieuses, car il se trouve toujours quelque secret dans l’ombre portée du savoir. Ils ramenaient à eux des bateaux chargés de trésors dont ils vidaient les entrailles fumantes pour s’emparer de leur âme comme les pêcheurs de la mer rouge vont chercher la perle noire dans le ventre des huîtres. On raconte que chaque vaisseau qui accostait au port était fouillé de la quille à la misaine par les soldats qui s’emparaient des rouleaux et les remettaient au Museion qui accouchait d’une copie promptement remise au capitaine du navire. L’original restait à Alexandrie pour les siècles des siècles. Ainsi aucun manuscrit n’était disponible en quelque lieu s’il ne l’était pas dans la grande Bibliothèque. En ces temps étranges les livres devinrent plus précieux que l’or et les hommes qui vécurent à cet endroit virent que cela était bon, alors ils nommèrent cette ère civilisation afin que chacun s’en souvînt. Mais le monde oublia.

Depuis longtemps le dernier des Lagides a pourri dans son tombeau suivant les coutumes des sédentaires qui bâtissent des cités et vont ainsi à la charogne. Humus est le premier et le dernier nom de ces hommes. Les livres, eux, sont comme les nomades qui vouent leurs défroques mortelles aux flammes du bûcher et se laissent emporter par le vent du désert. De cette combustion ne demeure qu’un petit tas de cendres grises, témoignant de la matérialité de l’œuvre. Le reste, son essence éternelle, les mots, les phrases, le contenant du monde, est parti dans le ciel, avalé par les fumées, vers l’horizon qui nous contemple. Plusieurs fois la ville brûla, jusqu’au jour où le brasier consuma son ultime secret. César alluma les premier feux, Théodose Ier entretint la flamme puis vint Amrou Ibn Al-Alsi qui, selon la légende, suivit les ordres de son maître, le calife Omar, commandeur des croyants. Après lui, il n’y eut plus rien à brûler.

Pourtant, un témoin survécut, peu visité, retiré des foules comme le fils apeuré d’un passé maudit fuyant la lumière du monde dans l’obscurité des siècles. Ce tableau qui n’était qu’une empreinte humide posée sur un enduit de plâtre mort fut, on ne sait par miracle exhumé des décombres du Museion quelques dizaines de siècles après l’holocauste final et patiemment recomposé. Le siècle d’Hugo n’y suffit pas et ce n’est qu’à l’aube d’une barbarie moderne que ce grand œuvre fut achevé. De nouveau le monde oublia. De nouveau l’humanité s’embrasa, de nouveau la grande fresque du Museion put témoigner d’un autre carnage. Comme la guerre cette fresque est éternelle, nous rappelant que l’art et la vie furent un jour arrachés au minéral et sont mus par un même désir d’y retourner. Quand la restauration, ce recouvrement du passé par une couche épaisse et grasse de présent s’acheva, la fresque cuva son déshonneur dans un grand cube de béton afin que la troupe des badauds l’admirât. Un homme parmi cette foule, à la fin l’observa.

Il vit Euclide, droites parallèles en main, le front levé vers la Lune et les planètes, guidant les marins qui naviguaient au large. Il vit Archimède, jaillissant nu de son bain, ruisselant de savoir et scintillant de bonheur, divertissant ses disciples avec des théorèmes qu’il savait faux. Il vit Hipparque, Diophante d’Alexandrie et l’autre Ptolémée qui se croyait au centre de tout. Il vit encore Aristarque qui, presque vingt siècles avant Copernic et Galilée savait déjà que la terre tournait sur elle-même et autour du soleil. Il vit, enfin, le quatrième bibliothécaire du Museion, Aristophane de Byzance, célèbre durant son ministère pour sa prodigieuse mémoire qu’il cultivait en lisant tous les jours plusieurs rouleaux entiers de la Bibliothèque dans l’ordre de leur disposition. Sur la fresque, même défigurée, on aperçoit nettement la main gauche d’Aristophane. Elle tient quelque chose, serrée contre la toge, le dessin est estompé, le trait devient faible, le spectateur hésite en plissant les yeux. Que peut-il serrer de cette façon ?

Enfin, il devine. L’image se forme dans son cerveau bien avant que ses yeux ne la perçoivent, c’est bien cela, il tient un livre, ou plutôt un rouleau puisque le codex ne viendra que bien longtemps après. Quel peut être ce livre si important que le peintre l’a représenté dans la main du grand bibliothécaire du Palais des Muses ?

Puis il comprend et la réponse jaillit en lui avant même que son entendement ait pu la formuler. Ce livre c’est le Grand Livre, le livre des livres, celui qu’Aristophane lui-même n’a peut-être jamais terminé. Ce livre est le résumé de tous les livres que le bibliothécaire a lus dans la succession de leur classement sur les étagères du Museion. L’homme contemple un abîme qui s’ouvre sous lui, le savoir de tous les savoirs en un gouffre infini, et rentre chez lui, à pied, hagard, les yeux perdus. Quelques passantes attardées s’écartent prestement, pensant avoir affaire à un fou.

A peine refermée la porte d’entrée, il s’attable, écarte d’un revers un verre et une assiette qui l’attendaient peut-être et se fracassent sur le sol, prend du papier, un crayon et commence à tracer des lettres sur les feuilles. Il n’a jamais écrit de sa vie, n’en éprouvant ni le besoin, ni l’envie et par la grâce de cette épiphanie, gribouille, rature, récrit, gomme, trace, barre, jette et déchire. Il cherche une phrase, deux peut-être, ne trouve que sa boue, peste et continue, encore, encore. Enfin, l’aube épuisée le trouve couché sur sa table, le crayon incrusté dans la joue, entouré d’un épais nuage de feuilles froissées.

Il gisait, tranquille, apaisé, nul n’aurait pu dire s’il vivait encore ou s’il mourait déjà. En s’approchant de la table, on aurait pu voir une feuille, une seule, blanche et lisse, sur laquelle sa main fatiguée avait tracé ces mots victorieux : « L’expérience et la vie peuvent se consumer comme toute chose et, à la fin, devenir un petit amas de poussière fine que l’on tamise encore pour la rendre plus légère que l’air frais du matin. Alors, il suffit d’ouvrir sa fenêtre, de déployer ses doigts serrés et de souffler doucement au creux de la paume pour faire s’envoler ces infimes débris afin qu’ils touchent le cœur d’un autre humain en quelque temps, en quelque endroit. On appelle cette cendre légère : littérature. Elle constitue la matière de grands livres et de moins grands. C’est la chair de ce monde.»



Creative writing

 

Je réfléchis beaucoup en ce moment et depuis quelques années au statut de « creative writing » cher aux américains. Je réfléchis en fait au statut français de cette chose qui est honnie par la plupart des éditeurs, méprisée par l’Éducation Nationale et vilipendée par beaucoup d’auteurs (mais pas tous, voir François Bon et son excellent site Tiers Livre Éditions, par exemple). La raison principale, à mon sens, réside dans le fait que nous vivons encore sur le mythe pseudo platonicien de l’inspiration, la fureur poétique qui investit l’homme –- de haut en bas, c’est la loi de la gravitation scripturale –- et le possède en tant que force agissante.

Tous les discours produits au sujet de la technique de l’écriture, et je parle aussi bien de fiction que de « non-fiction », sont dans notre pays toujours à peu de choses près les mêmes : l’écriture est un art qui ne s’apprend pas, on est écrivain ou pas, voire on naît écrivain. Raisonnement aristocratique qui fleure bon l’Ancien Régime et qui possède à l’évidence de grandes faiblesses logiques. Tout art s’apprend, du moins dans les techniques qu’il met en jeu. Cette signification est contenue dans le mot même « d’art » puisqu’il dérive du latin ars qui désigne le moyen de parvenir à produire quelque chose aussi bien dans le domaine des métiers manuels autant qu’intellectuels. Je rappellerai également qu’en grec ancien le mot tekhnikos qui a donné notre moderne « technique » signifie tout simplement « qui concerne un art » ; il est dérivé du mot tekhné dont la signification est « art manuel » mais la séparation entre l’art et l’artisanat n’apparaît réellement qu’au Quattrocento en Toscane comme le savent tous les historiens de l’art. Technique et art concernent donc toutes les activités humaines sans exception depuis l’Antiquité et jusqu’à — du moins c’est la théorie que je défends — l’époque Romantique, soit la toute fin du XVIIIe si l’on veut bien intégrer les « pré-romantiques » au corpus d’auteurs qui lui succédera et dont il s’inspirera.

C’est bien à cette époque, celle du Romantisme triomphant, que se met en place le mythe de l’Auteur tel que l’a bien décrit et étudié Alain Vaillant (professeur d’Université et directeur de rédaction de Romantisme). Il serait sans doute trop long d’expliquer en détail le processus complexe qui a mené à cette situation proprement historique et les spécificités de la société et de la culture française qui ont conduit à ce que les auteurs de l’époque et leurs principaux bailleurs de fonds, libraires-éditeurs et propriétaires de journaux, acceptent et promeuvent cette nouvelle conception de l’auteur. J’insiste sur le mot « nouvelle » car à l’époque classique la technique, par exemple la technique dramatique était tenue en grande estime et constituait le métier de l’écrivain, du dramaturge, du poète. Il suffit pour s’en convaincre de lire les examens des pièces du répertoire classiques par leurs auteurs eux-mêmes. Ou de consulter la relative abondance de livres purement techniques sur le théâtre, par exemple celui, bien connu, de François Hédelin dit abbé d’Aubignac, petit fils d’Ambroise Paré, intitulé La Pratique du Théâtre, rédigé aux côtés de pièces tragiques, d’un traité d’éloquence et d’autres textes à la fois de fiction et de « non-fiction » comme on dit aujourd’hui. Les auteurs classiques ne répugnaient nullement à montrer qu’ils étaient de bons connaisseurs de leur pratique littéraire, des techniques qu’elle requiert, des problèmes qu’elle pose. Certains de leurs ouvrages sur le sujet figureraient sans nul doute dans les rayons des « writer’s guides » d’Outre-Atlantique. En France, au contraire, un ouvrage aussi intéressant et important que La Pratique du Théâtre n’est connu que des universitaires dix-septièmistes et de quelques curieux. Cette omerta a été sinon organisée du moins maintenue par l’action conjointe des éditeurs (pour des raisons à la fois commerciales et de prestige), d’un nombre non négligeable d’auteurs (qui estiment sans doute que ce serait déchoir de dire comment ils ont appris leur métier) et la complicité bienveillante et absolue de l’Éducation Nationale : combien d’Universités aux États-Unis ont un département de creative writing ? Quasiment toutes ! Combien en France : à ma connaissance aucune ou presque (je parle bien du système universitaire, pas des ateliers d’écriture ou des écoles d’art)… Cette exception française totalement absurde fait que pour le public, un peintre apprend à peindre aux Beaux-Arts, comme un sculpteur apprend à sculpter ou un graveur apprend à graver dans les mêmes lieux, un musicien peut apprendre la musique au conservatoire, un acteur apprend l’art de la comédie dans un cours d’art dramatique, conservatoire ou cours privé peu importe, mais jamais au grand jamais un écrivain n’apprend à écrire. Ah ça non, Monsieur ! L’Hauteur n’apprend rien, il sait déjà, contrairement à ces rustauds de peintres, de sculpteurs ou de musiciens. Vous ne voudriez tout de même pas comparer ? Ben, si, un peu quand même. Dommage qu’on ne puisse jamais, dans une Université de Lettres, qui est pourtant censée nous instruire un peu sur la littérature, apprendre, ne serait-ce que deux heures par semaine, les coulisses du « métier d’écrivain». Mieux : les ouvrages de Georges Polti (écrivain français même s’il est né à.. Providence aux États-Unis comme Lovecraft, ça ne s’invente pas!) les 36 situations dramatiques et L’art d’inventer des personnages sont disponibles uniquement en… traduction anglaise, à part les exemplaires originaux (1895) dans quelques rares bibliothèques et les fac-similés mal photocopiés en vente sur des plate-formes d’ebooks. Aucun éditeur français ne s’est intéressé à ce travail certes critiquable comme beaucoup de théories mais auquel se réfèrent tous les dramaturges américains. Sont-ils donc aussi idiots et tellement plus mauvais que leurs homologues hexagonaux ?

Il s’agit peut-être là d’une explication au manque de professionnalisme des jeunes écrivains, dont se plaignent beaucoup d’éditeurs. Ce travail est souvent, de fait, assumé par les maisons d’édition elles-mêmes, qui à force de conseils, de retouches, de propositions parviennent à faire d’un manuscrit impubliable en l’état un livre correct (ou sublime selon le talent de l’auteur). Résumons-nous : la technique ne transformera jamais un honnête tâcheron en écrivain de génie mais elle permettra à ce génie d’éclore plus vite. Ou d’éclore tout court.

Soyons de mauvaise foi, en général j’adore ça : si les éditeurs ne rechignent pas tant que cela à assumer un rôle qui serait normalement dévolu à la formation universitaire c’est sans doute qu’il y a une raison. Peut-être que cet état de fait leur permet de resserrer leur emprise sur les auteurs débutants qui sans eux le seraient restés éternellement. J’ai dit « peut-être », nous sommes d’accord.

Il y a pourtant dans la masse incroyable des parutions américaines de ces writer’s guide, au milieu d’un océan de niaiseries insignifiantes et indigestes, de vraies perles qui méritent d’être découvertes et utilisées. Les choses en France ne semblent pas prêtes de changer si l’on en croit les traductions de ces livres dans la langue de Molière. À part certaines éditions spécialisées dans le cinéma, à part la Dramaturgie de Lavandier, livre de grande qualité mais qui est explicitement consacré au théâtre et au cinéma, le travail salutaire de François Bon déjà cité et –- surtout –- la somme monumentale de Jean Guénot, qui fut professeur à la Sorbonne et auteur de romans et de pièces, auto-édité et même auto-imprimé (!), animateur de la revue écrire et auteur du livre totalement génial Écrire, guide pratique de l’écrivain, avec des exercices, seul ouvrage réellement indispensable à toute personne qui veut devenir écrivain ou, tout simplement, qui veut écrire, excepté ce qu’il faut bien appeler des singularités, il n’existe quasiment rien d’autre à se mettre sous les yeux pour qui ne lit pas la langue de Shakespeare.

Je suis en train d’écrire une suite romanesque fantastique qui sera intitulée Usquamalibi. J’ai déjà mon titre et j’y tiens donc je ne passerai pas par un éditeur qui voudrait m’en faire changer, pour autant qu’il y en ait un qui veuille me publier or je n’ai eu pour l’instant que des nouvelles et des pièces publiées. Donc le risque est mince convenons-en. Je réfléchis beaucoup à cette histoire de technique de l’écriture, c’est naturel. Cela n’intéresse peut-être que moi mais j’ai décidé, dans ce blog, de laisser une trace, génétique comme disent les universitaires, de l’atelier du roman. Des outils, des méthodes, des erreurs, des malfaçons, des découvertes.

Et plus si affinités.



Itinéraire d’un enfant gâté

M. le Président Jupité-rien s’est lancé depuis hier dans de vibrants hommages à un chanteur de gaudrioles récemment disparu. Il a clamé son admiration, son amour même, pour ce chanteur de variétés. C’est son droit. À titre privé, convient-il d’ajouter.

Une conclusion s’impose : de Paul Ricoeur à Johnny Hallyday, le trajet navrant d’un «surdoué de la communication», ou, du moins qui veut passer pour tel.



« (Sittin’on) the Dock of the e.Bay »

Lu sur un média mais-je-ne-me-souviens-plus-lequel :

«17 000

C’est le nombre de biens sur Johnny proposés sur le site de vente d’occasion Leboncoin.fr. Dans les 10 heures qui ont suivi l’annonce de sa mort, un millier de nouvelles offres ont été mises en lignes : 30 pages ! »

C’est pas de bol, on lui propose le Panthéon et il se retrouve sur le Bon Coin.



Présomptueux

Son manager déclarait il y a un mois  à propos de Johnny Hallyday : «Aujourd’hui il va bien, il a un cancer du poumon comme on le sait tous. Il se soigne, il n’y a pas péril en la demeure.» Il avait pris la précaution de préciser «aujourd’hui», ce n’était donc valable que pour le 6 novembre 2017, à la rigueur pour le 7, et encore pas sûr.

Après, c’est plus tendu : « Il se bat, il est là et il sera prochainement là pour le montrer». Ce type a bien fait d’être manager plutôt que médecin, son diagnostic laisse à désirer.

Mais il revient sur son domaine de compétence juste après ; interrogé sur la prochaine tournée  il déclare : «Mais pas forcément en 2018, parce que Johnny dans toute sa carrière a laissé un espace de deux ans entre une fin de tournée et le début d’une autre.» On comprend.

Et il finit par un superbe : « Il a fait des dates en 2017. 2018 c’est un peu présomptueux».

  Présomptueux, c’était le mot, en effet. Bon, manifestement, il a un espoir pour 2019.

      Et prendre le public pour des cons, c’est présomptueux aussi ?

 



J’ai un trou dans mon panthéon

Le président de la République française, le premier ministre du même métal et tous les ministres, députés, sénateurs et autres représentants de la citoyenneté nationale ont décidé de rendre un hommage (enfin, des…) unanime à la star du rock (à comprendre  dans le même sens que l’expression « whisky on the rocks ») bientôt panthéonisé, à nos frais bien entendu.

Décidément nous avons le panthéon décousu dans notre belle nation.

Bon, honnêtement, tout le monde s’en fout que l’idole des vieux ait poinçonné son ticket en aller-simple, sauf quelques sexagénaires attardés et nostalgiques, parfois excités (il faut bien qu’à leur âge ils puissent encore s’exciter pour quelque chose). L’événement réellement important est que  notre représentation nationale n’a donc rien de mieux à faire que de s’occuper de Johnny.

Et oui tous les problèmes ont été réglé cet été, alors on s’emmerde ferme à l’Élysée et à Matignon. Enfin tant qu’ils font ça…



Prudence

Le ministère de l’intérieur a finalement interdit que Johnny soit incinéré.

 

À cause des risques d’explosion.



Tout arrive

Il paraît qu’on va faire remonter les Champs-Élysées à Johnny.

C’est sans doute la première fois qu’il fera ça à jeun.



Snif (dans tous les sens du terme, évidemment)

Johnny est mort.

Ah bon, encore ?




Archive pour décembre, 2017

Fiction et friction

Si la science-fiction a conquis le cinéma depuis environ trois décennies, notamment par le flamboyant Stars Wars — et avant lui, La planète interdite, L’homme qui rétrécit, Mondwest, Zardoz, Soleil vert, et bien d’autres — ce Stars wars dont Ray Bradbury (le grand écrivain américain auteur de Farenheit 451) disait : « Un film d’une merveilleuse bêtise. C’est comme d’être amoureux d’une femme complètement idiote ». Film fondateur mais qui, malgré toutes ses qualités, n’a sans doute pas apporté énormément à la cause de la science-fiction littéraire (pour autant que cela existe mais c’est ma thèse et j’y tiens). On peut toujours dire, après les Guerre des étoiles, que cette « sous-littérature » (sic) est tenue dans le plus profond mépris à de rares exceptions près par le monde de la critique littéraire et universitaire, même si quelques initiatives encore très isolées voient timidement le jour (le CERLI par exemple, voir infra). Genre tout juste bon à rendre supportables les poussées d’acné d’adolescents frappés d’hébétude , littérature pour débiles légers ou analphabètes en phase terminale, bref la science-fiction est tout sauf « bon chic, bon genre ».

Pourtant ce « mauvais genre », s’il n’a pas toujours été si bien servi que cela au cinéma — encore que le premier Terminator, Mondowest ou 2001 l’odyssée de l’espace ne sont pas loin d’être des chefs d’œuvre du 7ème art sans parler de l’admirable Stalker de Tarkovsky et de nombreux autres films parfois taxés de l’infamante mention « série B » — ce « mauvais genre » donc, a produit une masse énorme de livres, romans et nouvelles pour l’essentiel, qui témoigne de l’intérêt pour une littérature qui n’est pas seulement animée par l’esprit de lucre. Si ce genre est aussi populaire depuis si longtemps, c’est probablement qu’il correspond à des interrogations profondes chez l’homme, un « sense of wonder » selon l’expression anglaise, qui s’incarne en lui.

Nous voici donc au cœur d’un paradoxe étonnant : la production littéraire et audio-visuelle de science-fiction n’a jamais été aussi importante que depuis un demi-siècle et ce genre continue pourtant (ou : par conséquent ?) de traîner une réputation de bêtise consternante. Au-delà de la médiocrité bien réelle de beaucoup de productions actuelles ou passées mais finalement pas plus que dans le genre fantastique par exemple ou le roman d’amour (et pourtant personne n’aurait l’idée de dénigrer en bloc ces deux genres) voire la littérature « générale » (le sous genre de l’autofiction est lui-même assez consternant à cet égard) il faut s’interroger sur les causes d’un tel ostracisme.

Chercher à comprendre les raisons de cette répudiation de la science-fiction hors du champ littéraire proprement dit conduit très vite à une observation : en dehors du cercle de ses adeptes (fervents ou non) la science-fiction possède une image extraordinairement floue. De ce fait s’ensuit que les commentaires qu’elle inspire aux critiques et universitaires sont dans le meilleurs des cas assez indifférents et la plupart du temps contradictoires quand ils ne sont pas carrément caricaturaux. Pour certains c’est une forme abâtardie du genre fantastique qui ne serait capable que d’agiter la peur de la science et du progrès technique pour d’autres c’est un genre dépourvu d’intérêt car en danger perpétuel de péremption puisqu’elle se fait invariablement rattraper par le réel.

Lors de l’alunissage en juillet 1969 de nombreux commentateurs, qui n’étaient pas universitaires pour la plupart, rassurons-nous, ont écrit que cette prouesse rendait caduque tout un pan de la science-fiction consacrée à ce satellite, les mêmes continuant à proclamer qu’il était toujours possible d’écrire des chefs-d’œuvre sur les pyramides d’Égypte ou telle fiction historique dans une époque bien connue. Aucun universitaire ne s’est fendu d’une tribune pour contester de telles arguties, du moins à ma connaissance. Comme le note Théodore Sturgeon grand écrivain américain de l’étrange (Les plus qu’humains, Killdozer et l’inoubliable Cristal qui songe) « dans toute l’histoire de la littérature, jamais un genre n’a été ainsi condamné dans son ensemble — et ce systématiquement — au nom de quelques exemples piochés dans ce qu’il a produit de moins intéressant. ». Le même Sturgeon a formulé un aphorisme plein de bon sens : « Quatre-vingt dix pour cent de toute chose est du déchet. », également appelée « Loi de Sturgeon» le premier corollaire de cette loi est donc : « L’existence de grandes quantités de déchets dans la science-fiction est peut-être regrettable, mais elle est admise, car non moins naturelle qu’ailleurs. » Ce qui le conduit à la conclusion suivante : « Le meilleur de la science-fiction est aussi bon que le meilleur de n’importe quel autre domaine de fiction. » Conclusion qui semble frappé au coin du bon sens, mais qui ne paraît pas avoir effleuré l’Université et le monde de la critique non spécialisée. Pourtant, la « loi de Sturgeon », variante littéraire de celle de Pareto, s’applique bien évidemment à la totalité du champ littéraire, pas seulement à certains de ses sous-genres.

Une des raisons de ce mépris réside sans doute dans l’incapacité de tenir la SF pour ce qu’elle est réellement c’est-à-dire une littérature de spéculation politique, scientifique et technique. Elle s’intéresse finalement moins à l’homme en tant que phénomène singulier qu’à son environnement et à la façon dont cet environnement agit sur lui. Ce ne sont pas les méandres complexes de l’intériorité humaine qu’elle veut explorer en premier lieu mais, avant tout, les interactions multiples que l’humanité tisse avec l’univers qui l’entoure.

La SF n’est pas le seul genre qui explore l’interdépendance de l’homme et de son environnement mais il s’agit sans doute de celui qui en a fait son axe principal de proposition littéraire. Balzac et à sa suite, ce qu’on a appelé le roman réaliste, pensait l’homme au travers de la société du XIXe siècle ; on se souvient de sa théorie sur les « types humains » inspirée de Cuvier et Geoffroy Saint-Hilaire, tous deux naturalistes, lointains disciples de Buffon. La SF met en œuvre une poétique comparable, mais fait de la société — le point central de l’œuvre du grand Honoré — non pas la cause première mais la conséquence première.

C’est bien la technique qui modèle l’homme, au point, souvent, de l’aliéner voire de l’altérer. Toute société procède d’un système technicien nous rappelle la SF, non loin des propositions de philosophes comme Lewis Mumford aux États-Unis, ou Jacques Ellul, en France. Mais ces philosophes sociologues spécialistes de la question technique sont très peu lus dans notre pays. La méconnaissance du genre de la SF et le dédain que lui témoignent la plupart des universités de Lettres (au reste quasi moribondes, mais c’est un autre débat — quoique ? ) est certainement lié à ce désintérêt pour la question technique. Pourtant tout nous indique qu’une civilisation quelle qu’elle soit est essentiellement, au sens primitif du mot, technique. La SF touche donc, souvent maladroitement, parfois de manière géniale, à cette essence. Mais la littérature générale, en France comme ailleurs (mais encore plus dans notre pays) ne s’intéresse finalement qu’aux conséquences : l’intériorité, la psychologie, les affres du déchirement intime voire une certaine sociologie de bon ton. Et considère donc que la SF est un genre mineur car superficiel.

C’est ce qu’on peut appeler l’ironie de l’histoire (littéraire).

Celcius 233

Voici une nouvelle écrite il y a trois ou quatre ans. Elle figurait, figure toujours probablement, au catalogue d’une petite maison d’édition « hybride » (comprenez majoritairement sous forme électronique mais avec une petite production de textes « papier ») qui s’appelle « Éditions de l’abat-jour » et qui édite fort logiquement une revue intitulée « L’Ampoule ». Je l’auto-édite ici même et j’en profite pour préciser que ce blog, comme je l’ai déjà dit par ailleurs, verra le taux de nouvelles et de textes de fiction augmenter et celui de « brèves » (commentaires satiriques de l’actualité) diminuer, sans pour autant atteindre le seuil du zéro. Je serai ravi que les lectrices et lecteurs parfois égarés ici puissent me donner leur avis, qu’il soit bon ou mauvais et leurs impressions de lecture. Plus il y aura d’avis et d’interaction, plus je serai motivé pour continuer à mettre à disposition des textes de fiction (majoritairement des nouvelles). 

 

Celcius 233

 

 

Ptolémée Soter, général du grand Alexandre, reçut l’Egypte en héritage à la mort de son maître, parti à la rencontre d’un destin glorieux dans un Orient rempli de secrets et de tombeaux, dont il ne revint pas. Il partagea avec son roi le fracas des batailles, l’odeur du sang frais sur les pierres brûlantes des déserts, les longues journées glaciales de l’hiver dans des montagnes barbares à la beauté étrange, mais, plus que tout, il partageait son idéal d’un monde soumis par l’acier et guidé par la science. Pour cela, il fit ériger presque trois siècles avant la naissance d’un fils de Dieu une université et une académie à peine enfantées de la plus grande bibliothèque qui fut jamais. Il baptisa ce lieu « Museion », en l’honneur des servantes d’Apollon et fit serment d’attirer les mages de Chaldée, les sagesses barbares, les philosophes de l’Orient aussi bien que les derniers disciples de Zoroastre. Il demanda qu’il fût bâti face à la mer vineuse, comme l’on dit les Grecs, tout au bout de la capitale qui portait le nom de son roi, Alexandrie.

La dynastie des Lagides, ces fils de Ptolémée, occupera un trône dont les sept cent mille rouleaux seront le corps immortel. Le premier bibliothécaire, Démétrios de Phalère et ses successeurs, les feront affluer par les océans, les fleuves et les routes, irriguant le Museion de toutes les sagesses du monde connu. Pendant huit siècles le savoir enclos dans les entrailles du Palais des Muses devint le vrai phare d’Alexandrie d’Egypte dont la lumière éclaboussait l’actuelle Ras el Tin pour guider dans la nuit tous les lettrés de l’Antiquité.

Le cercueil de cet Alexandre qu’on disait grand fut l’œil de ce cyclone, protégeant des servants affairés à jeter leurs filets sur toutes les mers connues et d’autres plus mystérieuses, car il se trouve toujours quelque secret dans l’ombre portée du savoir. Ils ramenaient à eux des bateaux chargés de trésors dont ils vidaient les entrailles fumantes pour s’emparer de leur âme comme les pêcheurs de la mer rouge vont chercher la perle noire dans le ventre des huîtres. On raconte que chaque vaisseau qui accostait au port était fouillé de la quille à la misaine par les soldats qui s’emparaient des rouleaux et les remettaient au Museion qui accouchait d’une copie promptement remise au capitaine du navire. L’original restait à Alexandrie pour les siècles des siècles. Ainsi aucun manuscrit n’était disponible en quelque lieu s’il ne l’était pas dans la grande Bibliothèque. En ces temps étranges les livres devinrent plus précieux que l’or et les hommes qui vécurent à cet endroit virent que cela était bon, alors ils nommèrent cette ère civilisation afin que chacun s’en souvînt. Mais le monde oublia.

Depuis longtemps le dernier des Lagides a pourri dans son tombeau suivant les coutumes des sédentaires qui bâtissent des cités et vont ainsi à la charogne. Humus est le premier et le dernier nom de ces hommes. Les livres, eux, sont comme les nomades qui vouent leurs défroques mortelles aux flammes du bûcher et se laissent emporter par le vent du désert. De cette combustion ne demeure qu’un petit tas de cendres grises, témoignant de la matérialité de l’œuvre. Le reste, son essence éternelle, les mots, les phrases, le contenant du monde, est parti dans le ciel, avalé par les fumées, vers l’horizon qui nous contemple. Plusieurs fois la ville brûla, jusqu’au jour où le brasier consuma son ultime secret. César alluma les premier feux, Théodose Ier entretint la flamme puis vint Amrou Ibn Al-Alsi qui, selon la légende, suivit les ordres de son maître, le calife Omar, commandeur des croyants. Après lui, il n’y eut plus rien à brûler.

Pourtant, un témoin survécut, peu visité, retiré des foules comme le fils apeuré d’un passé maudit fuyant la lumière du monde dans l’obscurité des siècles. Ce tableau qui n’était qu’une empreinte humide posée sur un enduit de plâtre mort fut, on ne sait par miracle exhumé des décombres du Museion quelques dizaines de siècles après l’holocauste final et patiemment recomposé. Le siècle d’Hugo n’y suffit pas et ce n’est qu’à l’aube d’une barbarie moderne que ce grand œuvre fut achevé. De nouveau le monde oublia. De nouveau l’humanité s’embrasa, de nouveau la grande fresque du Museion put témoigner d’un autre carnage. Comme la guerre cette fresque est éternelle, nous rappelant que l’art et la vie furent un jour arrachés au minéral et sont mus par un même désir d’y retourner. Quand la restauration, ce recouvrement du passé par une couche épaisse et grasse de présent s’acheva, la fresque cuva son déshonneur dans un grand cube de béton afin que la troupe des badauds l’admirât. Un homme parmi cette foule, à la fin l’observa.

Il vit Euclide, droites parallèles en main, le front levé vers la Lune et les planètes, guidant les marins qui naviguaient au large. Il vit Archimède, jaillissant nu de son bain, ruisselant de savoir et scintillant de bonheur, divertissant ses disciples avec des théorèmes qu’il savait faux. Il vit Hipparque, Diophante d’Alexandrie et l’autre Ptolémée qui se croyait au centre de tout. Il vit encore Aristarque qui, presque vingt siècles avant Copernic et Galilée savait déjà que la terre tournait sur elle-même et autour du soleil. Il vit, enfin, le quatrième bibliothécaire du Museion, Aristophane de Byzance, célèbre durant son ministère pour sa prodigieuse mémoire qu’il cultivait en lisant tous les jours plusieurs rouleaux entiers de la Bibliothèque dans l’ordre de leur disposition. Sur la fresque, même défigurée, on aperçoit nettement la main gauche d’Aristophane. Elle tient quelque chose, serrée contre la toge, le dessin est estompé, le trait devient faible, le spectateur hésite en plissant les yeux. Que peut-il serrer de cette façon ?

Enfin, il devine. L’image se forme dans son cerveau bien avant que ses yeux ne la perçoivent, c’est bien cela, il tient un livre, ou plutôt un rouleau puisque le codex ne viendra que bien longtemps après. Quel peut être ce livre si important que le peintre l’a représenté dans la main du grand bibliothécaire du Palais des Muses ?

Puis il comprend et la réponse jaillit en lui avant même que son entendement ait pu la formuler. Ce livre c’est le Grand Livre, le livre des livres, celui qu’Aristophane lui-même n’a peut-être jamais terminé. Ce livre est le résumé de tous les livres que le bibliothécaire a lus dans la succession de leur classement sur les étagères du Museion. L’homme contemple un abîme qui s’ouvre sous lui, le savoir de tous les savoirs en un gouffre infini, et rentre chez lui, à pied, hagard, les yeux perdus. Quelques passantes attardées s’écartent prestement, pensant avoir affaire à un fou.

A peine refermée la porte d’entrée, il s’attable, écarte d’un revers un verre et une assiette qui l’attendaient peut-être et se fracassent sur le sol, prend du papier, un crayon et commence à tracer des lettres sur les feuilles. Il n’a jamais écrit de sa vie, n’en éprouvant ni le besoin, ni l’envie et par la grâce de cette épiphanie, gribouille, rature, récrit, gomme, trace, barre, jette et déchire. Il cherche une phrase, deux peut-être, ne trouve que sa boue, peste et continue, encore, encore. Enfin, l’aube épuisée le trouve couché sur sa table, le crayon incrusté dans la joue, entouré d’un épais nuage de feuilles froissées.

Il gisait, tranquille, apaisé, nul n’aurait pu dire s’il vivait encore ou s’il mourait déjà. En s’approchant de la table, on aurait pu voir une feuille, une seule, blanche et lisse, sur laquelle sa main fatiguée avait tracé ces mots victorieux : « L’expérience et la vie peuvent se consumer comme toute chose et, à la fin, devenir un petit amas de poussière fine que l’on tamise encore pour la rendre plus légère que l’air frais du matin. Alors, il suffit d’ouvrir sa fenêtre, de déployer ses doigts serrés et de souffler doucement au creux de la paume pour faire s’envoler ces infimes débris afin qu’ils touchent le cœur d’un autre humain en quelque temps, en quelque endroit. On appelle cette cendre légère : littérature. Elle constitue la matière de grands livres et de moins grands. C’est la chair de ce monde.»

Creative writing

 

Je réfléchis beaucoup en ce moment et depuis quelques années au statut de « creative writing » cher aux américains. Je réfléchis en fait au statut français de cette chose qui est honnie par la plupart des éditeurs, méprisée par l’Éducation Nationale et vilipendée par beaucoup d’auteurs (mais pas tous, voir François Bon et son excellent site Tiers Livre Éditions, par exemple). La raison principale, à mon sens, réside dans le fait que nous vivons encore sur le mythe pseudo platonicien de l’inspiration, la fureur poétique qui investit l’homme –- de haut en bas, c’est la loi de la gravitation scripturale –- et le possède en tant que force agissante.

Tous les discours produits au sujet de la technique de l’écriture, et je parle aussi bien de fiction que de « non-fiction », sont dans notre pays toujours à peu de choses près les mêmes : l’écriture est un art qui ne s’apprend pas, on est écrivain ou pas, voire on naît écrivain. Raisonnement aristocratique qui fleure bon l’Ancien Régime et qui possède à l’évidence de grandes faiblesses logiques. Tout art s’apprend, du moins dans les techniques qu’il met en jeu. Cette signification est contenue dans le mot même « d’art » puisqu’il dérive du latin ars qui désigne le moyen de parvenir à produire quelque chose aussi bien dans le domaine des métiers manuels autant qu’intellectuels. Je rappellerai également qu’en grec ancien le mot tekhnikos qui a donné notre moderne « technique » signifie tout simplement « qui concerne un art » ; il est dérivé du mot tekhné dont la signification est « art manuel » mais la séparation entre l’art et l’artisanat n’apparaît réellement qu’au Quattrocento en Toscane comme le savent tous les historiens de l’art. Technique et art concernent donc toutes les activités humaines sans exception depuis l’Antiquité et jusqu’à — du moins c’est la théorie que je défends — l’époque Romantique, soit la toute fin du XVIIIe si l’on veut bien intégrer les « pré-romantiques » au corpus d’auteurs qui lui succédera et dont il s’inspirera.

C’est bien à cette époque, celle du Romantisme triomphant, que se met en place le mythe de l’Auteur tel que l’a bien décrit et étudié Alain Vaillant (professeur d’Université et directeur de rédaction de Romantisme). Il serait sans doute trop long d’expliquer en détail le processus complexe qui a mené à cette situation proprement historique et les spécificités de la société et de la culture française qui ont conduit à ce que les auteurs de l’époque et leurs principaux bailleurs de fonds, libraires-éditeurs et propriétaires de journaux, acceptent et promeuvent cette nouvelle conception de l’auteur. J’insiste sur le mot « nouvelle » car à l’époque classique la technique, par exemple la technique dramatique était tenue en grande estime et constituait le métier de l’écrivain, du dramaturge, du poète. Il suffit pour s’en convaincre de lire les examens des pièces du répertoire classiques par leurs auteurs eux-mêmes. Ou de consulter la relative abondance de livres purement techniques sur le théâtre, par exemple celui, bien connu, de François Hédelin dit abbé d’Aubignac, petit fils d’Ambroise Paré, intitulé La Pratique du Théâtre, rédigé aux côtés de pièces tragiques, d’un traité d’éloquence et d’autres textes à la fois de fiction et de « non-fiction » comme on dit aujourd’hui. Les auteurs classiques ne répugnaient nullement à montrer qu’ils étaient de bons connaisseurs de leur pratique littéraire, des techniques qu’elle requiert, des problèmes qu’elle pose. Certains de leurs ouvrages sur le sujet figureraient sans nul doute dans les rayons des « writer’s guides » d’Outre-Atlantique. En France, au contraire, un ouvrage aussi intéressant et important que La Pratique du Théâtre n’est connu que des universitaires dix-septièmistes et de quelques curieux. Cette omerta a été sinon organisée du moins maintenue par l’action conjointe des éditeurs (pour des raisons à la fois commerciales et de prestige), d’un nombre non négligeable d’auteurs (qui estiment sans doute que ce serait déchoir de dire comment ils ont appris leur métier) et la complicité bienveillante et absolue de l’Éducation Nationale : combien d’Universités aux États-Unis ont un département de creative writing ? Quasiment toutes ! Combien en France : à ma connaissance aucune ou presque (je parle bien du système universitaire, pas des ateliers d’écriture ou des écoles d’art)… Cette exception française totalement absurde fait que pour le public, un peintre apprend à peindre aux Beaux-Arts, comme un sculpteur apprend à sculpter ou un graveur apprend à graver dans les mêmes lieux, un musicien peut apprendre la musique au conservatoire, un acteur apprend l’art de la comédie dans un cours d’art dramatique, conservatoire ou cours privé peu importe, mais jamais au grand jamais un écrivain n’apprend à écrire. Ah ça non, Monsieur ! L’Hauteur n’apprend rien, il sait déjà, contrairement à ces rustauds de peintres, de sculpteurs ou de musiciens. Vous ne voudriez tout de même pas comparer ? Ben, si, un peu quand même. Dommage qu’on ne puisse jamais, dans une Université de Lettres, qui est pourtant censée nous instruire un peu sur la littérature, apprendre, ne serait-ce que deux heures par semaine, les coulisses du « métier d’écrivain». Mieux : les ouvrages de Georges Polti (écrivain français même s’il est né à.. Providence aux États-Unis comme Lovecraft, ça ne s’invente pas!) les 36 situations dramatiques et L’art d’inventer des personnages sont disponibles uniquement en… traduction anglaise, à part les exemplaires originaux (1895) dans quelques rares bibliothèques et les fac-similés mal photocopiés en vente sur des plate-formes d’ebooks. Aucun éditeur français ne s’est intéressé à ce travail certes critiquable comme beaucoup de théories mais auquel se réfèrent tous les dramaturges américains. Sont-ils donc aussi idiots et tellement plus mauvais que leurs homologues hexagonaux ?

Il s’agit peut-être là d’une explication au manque de professionnalisme des jeunes écrivains, dont se plaignent beaucoup d’éditeurs. Ce travail est souvent, de fait, assumé par les maisons d’édition elles-mêmes, qui à force de conseils, de retouches, de propositions parviennent à faire d’un manuscrit impubliable en l’état un livre correct (ou sublime selon le talent de l’auteur). Résumons-nous : la technique ne transformera jamais un honnête tâcheron en écrivain de génie mais elle permettra à ce génie d’éclore plus vite. Ou d’éclore tout court.

Soyons de mauvaise foi, en général j’adore ça : si les éditeurs ne rechignent pas tant que cela à assumer un rôle qui serait normalement dévolu à la formation universitaire c’est sans doute qu’il y a une raison. Peut-être que cet état de fait leur permet de resserrer leur emprise sur les auteurs débutants qui sans eux le seraient restés éternellement. J’ai dit « peut-être », nous sommes d’accord.

Il y a pourtant dans la masse incroyable des parutions américaines de ces writer’s guide, au milieu d’un océan de niaiseries insignifiantes et indigestes, de vraies perles qui méritent d’être découvertes et utilisées. Les choses en France ne semblent pas prêtes de changer si l’on en croit les traductions de ces livres dans la langue de Molière. À part certaines éditions spécialisées dans le cinéma, à part la Dramaturgie de Lavandier, livre de grande qualité mais qui est explicitement consacré au théâtre et au cinéma, le travail salutaire de François Bon déjà cité et –- surtout –- la somme monumentale de Jean Guénot, qui fut professeur à la Sorbonne et auteur de romans et de pièces, auto-édité et même auto-imprimé (!), animateur de la revue écrire et auteur du livre totalement génial Écrire, guide pratique de l’écrivain, avec des exercices, seul ouvrage réellement indispensable à toute personne qui veut devenir écrivain ou, tout simplement, qui veut écrire, excepté ce qu’il faut bien appeler des singularités, il n’existe quasiment rien d’autre à se mettre sous les yeux pour qui ne lit pas la langue de Shakespeare.

Je suis en train d’écrire une suite romanesque fantastique qui sera intitulée Usquamalibi. J’ai déjà mon titre et j’y tiens donc je ne passerai pas par un éditeur qui voudrait m’en faire changer, pour autant qu’il y en ait un qui veuille me publier or je n’ai eu pour l’instant que des nouvelles et des pièces publiées. Donc le risque est mince convenons-en. Je réfléchis beaucoup à cette histoire de technique de l’écriture, c’est naturel. Cela n’intéresse peut-être que moi mais j’ai décidé, dans ce blog, de laisser une trace, génétique comme disent les universitaires, de l’atelier du roman. Des outils, des méthodes, des erreurs, des malfaçons, des découvertes.

Et plus si affinités.

Itinéraire d’un enfant gâté

M. le Président Jupité-rien s’est lancé depuis hier dans de vibrants hommages à un chanteur de gaudrioles récemment disparu. Il a clamé son admiration, son amour même, pour ce chanteur de variétés. C’est son droit. À titre privé, convient-il d’ajouter.

Une conclusion s’impose : de Paul Ricoeur à Johnny Hallyday, le trajet navrant d’un «surdoué de la communication», ou, du moins qui veut passer pour tel.

« (Sittin’on) the Dock of the e.Bay »

Lu sur un média mais-je-ne-me-souviens-plus-lequel :

«17 000

C’est le nombre de biens sur Johnny proposés sur le site de vente d’occasion Leboncoin.fr. Dans les 10 heures qui ont suivi l’annonce de sa mort, un millier de nouvelles offres ont été mises en lignes : 30 pages ! »

C’est pas de bol, on lui propose le Panthéon et il se retrouve sur le Bon Coin.

Présomptueux

Son manager déclarait il y a un mois  à propos de Johnny Hallyday : «Aujourd’hui il va bien, il a un cancer du poumon comme on le sait tous. Il se soigne, il n’y a pas péril en la demeure.» Il avait pris la précaution de préciser «aujourd’hui», ce n’était donc valable que pour le 6 novembre 2017, à la rigueur pour le 7, et encore pas sûr.

Après, c’est plus tendu : « Il se bat, il est là et il sera prochainement là pour le montrer». Ce type a bien fait d’être manager plutôt que médecin, son diagnostic laisse à désirer.

Mais il revient sur son domaine de compétence juste après ; interrogé sur la prochaine tournée  il déclare : «Mais pas forcément en 2018, parce que Johnny dans toute sa carrière a laissé un espace de deux ans entre une fin de tournée et le début d’une autre.» On comprend.

Et il finit par un superbe : « Il a fait des dates en 2017. 2018 c’est un peu présomptueux».

  Présomptueux, c’était le mot, en effet. Bon, manifestement, il a un espoir pour 2019.

      Et prendre le public pour des cons, c’est présomptueux aussi ?

 

J’ai un trou dans mon panthéon

Le président de la République française, le premier ministre du même métal et tous les ministres, députés, sénateurs et autres représentants de la citoyenneté nationale ont décidé de rendre un hommage (enfin, des…) unanime à la star du rock (à comprendre  dans le même sens que l’expression « whisky on the rocks ») bientôt panthéonisé, à nos frais bien entendu.

Décidément nous avons le panthéon décousu dans notre belle nation.

Bon, honnêtement, tout le monde s’en fout que l’idole des vieux ait poinçonné son ticket en aller-simple, sauf quelques sexagénaires attardés et nostalgiques, parfois excités (il faut bien qu’à leur âge ils puissent encore s’exciter pour quelque chose). L’événement réellement important est que  notre représentation nationale n’a donc rien de mieux à faire que de s’occuper de Johnny.

Et oui tous les problèmes ont été réglé cet été, alors on s’emmerde ferme à l’Élysée et à Matignon. Enfin tant qu’ils font ça…

Prudence

Le ministère de l’intérieur a finalement interdit que Johnny soit incinéré.

 

À cause des risques d’explosion.

Tout arrive

Il paraît qu’on va faire remonter les Champs-Élysées à Johnny.

C’est sans doute la première fois qu’il fera ça à jeun.

Snif (dans tous les sens du terme, évidemment)

Johnny est mort.

Ah bon, encore ?

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