Phileas Fogg

Quand je regarde qui me lit, je suis toujours très étonné de constater que ce misérable blog est lu essentiellement en Chine (incroyable !), aux USA (idem), en Allemagne (re) et même en Indonésie (stupéfaction!). N’hésitez pas à diffuser la gloire de Karmatotal dans vos pays respectifs, oyez, oyez…

Personnellement j’adore le Kimchi et les gravures sur bois chinoises ainsi que les guitares américaines (j’accepte aussi les belles Cort made in Indonesia, pas de problème), donc si vous voulez faire un don, hein…

Amitiés internationales.

PS : vous pouvez aussi laisser un petit bonjour en commentaire.



Mon santo, ta santé.

« La France a dit qu’il fallait que nous puissions essayer de faire tout ce qui était possible pour essayer de sortir de cette question du glyphosate dans les trois ans », a déclaré M. Travert sur le plateau de BFM-TV.

C’est ce qu’on appelle une déclaration de Travert  (normal il n’a pas fait son droit). Essayons de comprendre. Il ne s’agit pas pour la France (notre beau pays) d’interdire l’utilisation du glyphosate qui donne un si bon goût à nos cancers. On n’en est plus là. L’objectif est de «sortir de la question». Ici l’internaute un peu nauséeux qui vient de sortir de son week-end, et qui se serait égaré sur ce site, se dit : ça va être compliqué de sortir d’un truc dans lequel on ne peut pas entrer. Il a raison. Sortir de sa chambre, de sa douche, de sa bagnole, on sait faire. D’une question, même avec google map, c’est plus tendu.

Mais sortir, Travert sait ! (elle est nulle, j’avoue). D’ailleurs, il ne veut pas même pas «sortir de la question», ce serait  brutal et beaucoup trop ambitieux pour pour ce sinistre mâle (un petit contrepet n’a jamais fait de mal à personne). Non, il lui suffit «d’essayer de sortir»… de quoi ? Ben, de la «question», tiens.  Avec ça, les abeilles, elles, ne sont pas sorties le cul des ronces comme on dit dans ma campagne. Mais cet objectif on va dire modéré paraît encore trop ambitieux à notre fringant défenseur des pesticides de destruction massive. Faudrait pas quand même qu’il se fasse une entorse au cerveau, à ce point de sa carrière, ce serait le comble.

Par conséquent, vu qu’il est aux 35 heures, et qu’il faut pas pousser la mémé dans la cuve à glyphosate, il se dit que la France (c’est-à-dire lui d’après ce que j’ai compris) va «faire tout son possible» pour, euh, quoi, déjà ? Ah oui, elle (faut-il encore une majuscule à ce pays ?) va faire  «faire tout son possible» pour «sortir de la question», euh, non, pour essayer d’en sortir. Là, on se dit, le type doit pas être en burn-out, son week-end commence le mercredi.

Que nenni ! Vous délirez ma parole ! «essayer de faire» déjà c’est éreintant, vous n’avez jamais essayé ? Et ben, essayez d’«essayer de faire» et vous m’en reparlez. C’est too much, of course. Alors, il a réduit la voilure. Ce qui lui paraît raisonnable c’est de pouvoir essayer de faire tout son possible pour essayer de sortir, etc. etc. Là il a eu des palpitations, ça lui a donné des vapeurs tous ces buts grandioses, alors il a réfléchi (le terme est peut-être un peu fort) qu’il allait rajouter un «qu’il fallait» devant tout ce bordel linguistique. Tout ça juste pour une «question» on est d’accord.  Vu le niveau d’efficacité du gars, on n’est pas dans question pour un champion. S’il était champion de quelque chose, on le verrait.

En tout honnêteté, ce n’est pas lui qui le dit, mais c’est pareil, c’est la France. Ouais, la  «France a dit».  Vous je sais pas, mais moi, je viens encore de vérifier ma boîte mail à l’instant, et elle me cause plus la France. Quand j’interroge mes potes autour de moi, ils me disent, «La France, non ça me dit rien».  Mais lui il parle la France. Ou à la France, je sais plus.  Et notre ami Hulot, que tout le monde surnomme «Duc» désormais.

Oui, Duc Hulot, l’avaleur de couleuvre, le mangeur de chapeau, qu’en dit-il ?

Il trouve que la France parle à tort et à Travert.



L’escalade : un sport qui monte !

Selon une info du site « 20mn.fr », 9% des Français croient que la terre est plate (cf : http://www.20minutes.fr/societe/2197799-20180108-huit-francais-dix-adherent-moins-theorie-complot).

Ces types n’ont jamais fait de vélo de leur vie, c’est pas possible !



L’Abomination de Dunwich (The Dunwich Horror) partie II

Dans la première partie de cet article j’ai traité du début de la nouvelle et essayé de montrer l’ambiance très particulière qu’installe l’auteur dès le début du texte. Je ne reviendrai pas ici sur les problèmes de traduction qui ont été traités précédemment. Je viens d’acheter une nouvelle version des textes principaux de Lovecraft dans une nouvelle traduction. Je n’ai pas encore lu la totalité de L’abomination de Dunwich mais, pour ce que j’en ai lu, cela semble meilleur que la traduction de J. Papy ou de F. Bon ou celle de l’édition J’ai Lu. Je ferai sans doute un article spécifique pour comparer ces différentes traductions entre elles. Dans le présent article, mon axe principal restera celui annoncé dans la première partie : le thème du double et la façon très particulière dont Lovecraft le met en scène dans cette nouvelle.

Je rappellerai brièvement l’argument de la nouvelle. Un fils monstrueux naît à Dunwich et mourra à Arkham en allant chercher un livre interdit, le fameux Necronomicon dans la bibliothèque de l’Université de Miskatonik. Mais des exactions, destructions de maisons, bêtes éventrées et à moitié dévorées, hurlements nocturnes continue même après la mort et la décomposition rapide du fils monstrueux Whateley. Le lecteur apprendra à la fin de la nouvelle qu’un autre fils, jumeau encore plus monstrueux, presque invisible aux yeux des humains était né de cette union mais ce frère jumeau appartenait encore plus à «l’autre monde». Comme l’écrit Lovecraft à la fin du texte : «It was his twin brother, but it looked more the father than he did» («C’était son frère jumeau, mais il ressemblait plus à leur père que lui»). Je vous laisse lire la nouvelle si ce n’est déjà fait pour que vous puissiez découvrir qui était réellement leur père.

Car le problème du père est, à mon avis, central chez Lovecraft. Et le thème du double, ici la gémellité, le double normalement parfait, est en quelque sorte altéré par le père. Les deux jumeaux, vrais, ne sont pas semblables, et ce à cause du père justement. Mieux, l’un est visible, en totalité dans ce monde, l’autre à peine à moitié. C’est un problème assez fascinant chez Lovecraft cette question du double et du père. Cette nouvelle particulière en est une des illustrations mais pas la seule, on se souvient de The case of Charles Dexter Ward (en français : l’affaire Charles Dexter Ward). Lovecraft, passionné de généalogie, faisait volontiers remonter ses origines à des nobliaux anglais du XVIIIe. Rien n’est assuré dans cette ascendance passablement bricolée, S.T Joshi l’a bien montré dans sa monumentale biographie. L’intérêt c’est que Lovecraft, lui, y croyait.

Le père de Lovecraft, Winfield Scott Lovecraft, est pris de crises de démence, environ deux ans et demi après la naissance d’Howard Phillips. Il fut rapidement interné et finit ses jours dans un asile. Il mourut à l’âge de quarante-quatre ans, son fils avait huit ans. Lovecraft n’aura jamais réellement connu son père et les seules informations qu’il aura sur lui viendront de sa mère, une puritaine qui finira elle aussi ses jours dans un asile quelques années plus tard. On comprend qu’avec un tel passé familial, Lovecraft ait été fasciné par les récits d’horreur et le genre fantastique. Sa mère, Susie Lovecraft, née Phillips (le grand-père maternel est lui aussi une figure peu banale) est, comme on l’a dit, très puritaine et sujette à des idées fixes qui se mueront peu à peu en véritables obsessions donnant lieu à des séries d’hallucinations. Elle est persuadée que son mari a basculé dans la démence à cause de la syphilis car sur son acte de décès figure le mot «parésie générale» comme cause de la mort. Or la parésie est souvent liée à un ensemble de symptômes liés à la syphilis. Mais ce mot était aussi utilisé comme synonyme de «paralysie» dans le vocabulaire médical de l’époque, on ne sait donc pas avec certitude quelle était l’origine de la folie du père de Lovecraft. Susan était cependant totalement convaincu que son mari avait été victime de sa lubricité et cela renforça encore un peu plus son puritanisme. Elle avait déjà, sans doute, commencé elle aussi à basculer dans la folie. Elle avait élevé son fils dans un silence épais, confinant ses origines paternelles dans les limbes du secret et, peu à peu, ce déni passé au tamis de sa confusion mentale se mua en haine du père. La figure paternelle pose toujours problème dans les textes de Lovecraft et ce problème est, c’est du moins ainsi que je le vois, au centre de l’imaginaire de cet auteur. Ce père est monstrueux par nature et forcément invisible, occulté. Quand il apparaît, par intermittence, c’est une vision d’horreur, celle d’un être qui par son ignominie ne peut appartenir à notre monde. Le père est toujours dans l’ombre.

Or le père, c’est la règle, la loi. Mais cette loi est donnée — à la fois dans l’excès et le manque — par sa mère, incapable d’assumer la charge de l’éducation de son fils, tant elle est la proie de ses délires. Elle le cache au monde, refuse qu’il aille à l’école (il apprendra lui-même à lire très précocement) sous le prétexte qu’il est trop nerveux et surtout, qu’il est très laid et que les autres le tourmenteraient à cause de cette laideur. Les photographies que nous avons conservées nous montrent plutôt l’inverse. Elle lui fait elle-même la classe, secondé par ses soeurs. La tante Lilian sera d’ailleurs une mère de substitution au décès de Susan. Le père est nié, la loi est trop souvent absente. Elle éduquera le petit Lovecraft dans un mélange de rigorisme qui confine à la castration et, dans le même mouvement, une permissivité dans quasiment tous les autres domaines. Elle le laissera se nourrir comme il le souhaite, il se gavera de sucreries, ne mangeant quasiment jamais de légumes et décédera d’un cancer digestif à quarante-sept ans. Il prendra très jeune l’habitude de dormir le jour et veiller la nuit ce qui rendra difficile pour ne pas dire impossible son intégration professionnelle. Il vivra toute sa vie dans une quasi-misère, passant son temps à écrire une correspondance aux dimensions titanesques et à fournir des articles et des textes pour l’association des journalistes amateurs alors qu’il vivait avec moins d’un dollar par jour et que, sans l’aide financière de sa tante, il eût tôt fait de sombrer dans la déchéance absolue. Cette incapacité à accéder à l’autonomie, qu’il reconnaissait d’ailleurs bien volontiers, est très liée à cette absence du père et à la folie de la mère qui en voulant le protéger de prétendus démons l’a en fait entraîné par le fond.

Les deux jumeaux de l’Abomination de Dunwich ressemblent au père, c’est-à-dire qu’ils sont monstrueux car le père lui-même est une des plus monstrueuses créatures que le cosmos ait enfantées. Ce père est à la fois, dans la mythologie qu’invente le cerveau fertile de Lovecraft, le portail qui mène à toutes les abominations de l’enfer, ou, pire, qui leur permet de venir sur notre terre. Mais il est aussi la clé de ce portail. Dans la nouvelle, la mère Whateley est une demeurée dégénérée qui s’est faite volontairement engrosser par ce père monstrueux. Elle accouche de deux fils mais ne peut sans doute en voir qu’un seul, celui qui ressemble le moins au père. L’autre est trop loin, hors d’atteinte. Cette mise en abyme — dans tous les sens du terme — de l’histoire personnelle de l’auteur, pour peu que l’on en accepte l’hypothèse est une invitation à la relecture. On a beaucoup parlé de l’engendrement de l’oeuvre par le racisme et la xénophobie de Lovecraft, thèmes battus et rebattus ad nauseam (j’y consacrerai un prochain article afin de solder les comptes, du moins les miens) mais rarement, en tout cas à ma connaissance, de ces gouffres oedipiens qui bouillonnent encore dans le soubassement de ses textes.

Plaisir de relire Lovecraft : ce n’est pas «l’horreur cosmique» qui nous happe, pour autant qu’elle ait un jour fonctionné, mais bien le vertige de nos origines, le secret d’une famille toujours vécue comme monstrueuse et anormale. Le cloaque de la chair dont nous sommes issus. Le savoir, celui qui permet de lever le secret, est dans ce cas à la fois terriblement désirable et absolument terrifiant. Il peut rendre fou celui qui veut s’en emparer. Comme le fameux «Abdul Alhazred», «l’arabe dément» qui a écrit le terrible Necronomicon, le livre interdit.
Celui que vient voler le premier jumeau Whateley pour ouvrir la route au Père.



La vieillesse est un naufrage.

Alain Delon a décidé de piquer son chien pour qu’il parte en même temps que lui. La charité voudrait que ce soit l’inverse mais les vétérinaires ne sont plus ce qu’ils étaient.   Interrogé par nos soins, le chien n’a pas voulu commenter cette déclaration.

Aux dernières nouvelles, il marchait Delon en large. Ça me rappelle un aphorisme que j’avais écrit ici même : http://karmatotal.unblog.fr/2011/01/01/aphorismes-pour-2011-et-plus-si-affinites/.



The last Valls…

Les médias nous informent : L’abandon du projet d’aéroport à Notre-Dame-Des-Landes annoncé mercredi, est «une erreur», a jugé vendredi l’ancien Premier ministre socialiste Manuel Valls. Il faudrait vraiment que quelqu’un lui dise qu’il n’est plus premier ministre.

En fait, c’est Valls qui  «est une erreur».



Asso… ment.

        Jupicron s’est déplacé dans l’ex-jungle de Calais, lui qui n’y est jamais (à la calée). Je dis « ex-jungle » car, puisqu’il y est allé, il n’y a plus de problème, donc plus de jungle. D’ailleurs Calais existe-t-il encore ? Il faudrait demander à Brigitte, la «prof idéale», comme dit Castaner, et pourtant c’est pas un fayot (c’est lui qui le dit donc la source est faible, pardon fiable, j’ai fourché du clavier). Mais je n’ai pas eu le temps de demander à Brigitte si Calais existe encore depuis que son Ju-Ju, son pi-pi, son ter à ter, bref depuis que son Jupiter est allé y pousser une bonne gueulante. Par conséquent, on va faire comme si Calais existait toujours, mais pas la jungle, non pas la jungle. On verra après pour les détails, il sera toujours temps de fignoler.

           Bref Jupicron a déclaré qu’il fallait pas pousser la mémé dans le concasseur non plus — les réfugiés pourquoi pas ? — que la police elle était nickel, jamais un coup de matraque plus haut que l’autre, c’est pas des mous du casque, ils savent se tenir. Les assos, elles, il fallait qu’elles se calment. Parce que c’était ça le vrai problème de la jungle : les assos. Tous les Indiens d’Amazonie vous le diront. Et il s’y connaissent en jungle, les Indiens, mais en assos je sais pas, en fait.

            Jupicron, il les a prévenus (les assos, pas les indiens mais ils ne perdent rien pour attendre eux aussi) que si elles continuaient à répandre des fausses informations — il a réussi à traduire fake news en français, il est mega top trop fort — et ben il prendrait des mesures. Et les assos qu’est-ce qu’elles ont dit ? Que c’était pas vrai et qu’il y avait des policiers qui donnaient comme ça dix ou douze de matraque sans raison, pour rien, et gnagnagna, et gnagnagna.

          Et ben, Jupicron il sait que c’est faux. Parce que «rien», c’est cinq coups de matraque. Pas dix. Alors c’est sûr que les assos c’est que des menteurs et des blaireaux. Et il faut qu’elles arrêtent de colporter des fausses informations ! Au fait c’est quoi une fausse information ? Grâce à Jupicron, maintenant on le sait.

C’est tout ce qui ne lui convient pas.



Wash… in tong.

Nous avons récemment appris que les USA étaient des spécialistes redoutables du traitement de la merde. Mais le fait restait jusqu’à présent souvent méconnu. Sait-on par exemple que c’est un Texan qui a inventé la cuvette de WC en 1786 ?

Et c’est un autre Texan qui, cent ans plus tard, a eu l’idée de faire un trou au milieu.



Plus on est de fous, moins il y a de riz

Jupicron est revenu de Chine. Au reste, on se rend compte que c’est la même chose quand il est là ou pas. Bon, mais il vient est revenu dans notre beau pays, la France, reine des Nations. Donc la Chine n’a plus aucun problème, forcément. Et le tout en quelques jours.
Et Héra dans tous ça, pardon, et Brigitte ?

Elle mène tout le monde à la baguette !



Je ne suis ni pour, ni contre, bien au contraire.

Jupiter-Macron (je vais désormais l’appeler Jupicron, ce sera plus intime) est allé en Chine et les a exhortés à faire attention à la planète (pour les enfants esclaves, on verra plus tard). Et il l’a fait en chinois !!! Trop fort ce Jupicron !

Cela dit, quand il s’exprime en français, on n’y comprend rien non plus.




Archive pour janvier, 2018

L’affaire Howard Phillips Lovecraft, n°1

L’abomination de Dunwich (the Dunwich Horror, 1928, publié dans Weird Tales en avril 1929) – première partie.

Cet article, assez long, sera en deux parties, pour ne pas lasser le lectorat enthousiaste (enfin.. j’espère)  qui vient visiter ce blog. Dans cette première partie, j’explique les bases du topos littéraire du double et j’éclaire quelques — c’est un euphémisme — problèmes de traduction qui obligent à recourir assez souvent au texte original que je traduirai au besoin, évidemment.

Dans très cette longue nouvelle, quarante-huit pages dans l’édition française originale de Denoël, Lovecraft exploite de manière particulièrement frappante le thème du double. Il n’est peut-être pas utile de rappeler à quel point le double est un topos littéraire. Lovecraft en a fait un usage à la fois convenu et très personnel.

La littérature fantastique est une littérature du double et du trouble. C’est du premier que procède le second dans la plupart des œuvres maîtresses du genre qui suppose un autre monde qui double le nôtre et de temps à autre le pénètre par affleurements. Il serait long et fastidieux d’énumérer toutes les occurrences du double dans les œuvres fantastiques il nous suffira de dire qu’il s’agit bien d’un des topoï fondateurs de ce type de littérature.

Pour autant, il serait très réducteur d’enfermer le double dans la case finalement circonscrite et assez limitée de la littérature fantastique. Dans les textes sacrés, qu’on les considère comme mythologiques ou véridiques selon ses croyances, les doubles abondent. Éros et Thanatos, Pygmalion et Narcisse (mythologie grecque), Janus le dieu à double face (mythologie romaine), ainsi que Castor et Pollux et les fondateurs de Rome eux-mêmes, Rémus et Romulus, Lilith et Ève, Caïn et Abel, Moïse et Jésus pour la Bible, Gilgamesh et Enku pour la plus ancienne épopée conservée, en passant par l’Androgyne de Platon et le couple créateur de l’humanité selon les Grecs : Prométhée et Épiméthée, la figure du double traverse les siècles, les civilisations et les genres.

Cette fascination humaine pour le double, la gémellité, qui aujourd’hui est figurée par le clone est peut-être liée à la conscience de soi, aux neurones « miroirs » découverts en 1995-1996 et dont l’existence chez l’homme a été avérée en 2010, à la « violence mimétique » chère à la pensée girardienne, ou à d’autres choses encore. Cela étant, le thème du double n’est pas particulièrement propre à la littérature en général et à la littérature fantastique en particulier. Qu’en fait Lovecraft dans sa « novella » ?

Il n’est pas inutile, de citer le début du récit qui décrit le village imaginaire de Dunwich dans lequel on pourra éventuellement reconnaître le suffixe «wich» homophone de «witch» qui signifie sorcier, sorcière en anglais et le préfixe «Dun» qui renvoie à une couleur grisâtre, entre le marron et le gris précisément et, peut-être, au mot « dune » qui est identique en français. Dunwich est en effet un petit village dévasté qui se niche entre des collines décharnées. Les toponymes dans l’œuvre de Lovecraft sont souvent judicieusement choisis, quand ils ne sont pas tirés de la réalité. Et c’est justement ce mélange entre le réel (Providence, Red Hook, la baie de Naragansett) et l’imaginaire (Arkham, Innsmouth, Dunwich…) qui constitue un des ingrédients caractéristiques des récits de Lovecraft.

Ici, se pose évidemment le problème de la traduction d’une œuvre en langue étrangère. Quand le ou les traducteurs-trices font bien leur travail, normalement on peut travailler sur le texte de la langue cible (pour nous le français). Cependant, dans le cas de Lovecraft il convient d’être extrêmement prudent, car le travail de traduction en ce qui le concerne ressemble plus aux efforts pitoyables de « Google traduction » qu’au travail rémunéré d’un traducteur patenté. Bref, le texte qui en est issu, vous l’avez compris, c’est bel et bien du foutage de Google.

Voici le début du récit : « Lorsqu’un voyageur qui parcourt le centre nord du Massachussetts se trompe de direction à l’embranchement de la barrière de péage d’Aylesbury, au-delà de Dean’s Corner, il se trouve dans une région étrange et désolée. Le terrain s’élève peu à peu, les murs de pierre bordés de broussailles se pressent de plus en plus vers les ornières de la route sinueuse et poussiéreuse. Les arbres des forêts semblent trop grands ; les herbes et les ronces manifestent une luxuriance qu’on leur voit rarement dans les pays défrichés. En revanche, les champs cultivés sont particulièrement rares et improductifs, tandis que les vieilles maisons éparses ont toutes le même aspect sordide et délabré. Sans savoir pourquoi, on hésite à demander son chemin aux figures noueuses et solitaires que l’on aperçoit de temps à autre sur une marche de seuil croulante ou dans une prairie déclive jonchée de rocs.» La traduction de Jacques Papy ne bricole pas (encore) ici les phrases originales, notamment en les raccourcissant, ce qui est absurde ! Mais qui lui arrive souvent. Il devait se fatiguer assez vite, ce traducteur. Il traduit à peu près correctement le style si particulier de Lovecraft en rendant la pesanteur du lieu et l’atmosphère à la Deliverance si on pardonne cet anachronisme. Cependant, il y a un problème dès la première phrase : on se demande quand même que vient faire cette « barrière d’autoroute » (nous sommes en 1928) dans l’incipit d’un récit fantastique. On reprocherait à bon droit une certaine inconséquence à l’auteur. Nous y reviendrons.

Page suivante, le « [voyageur] n’est guère rassuré en constatant que la plupart des maisons désertes tombent en ruine, que l’église au clocher démantelé abrite l’unique boutique du hameau. Il craint de s’aventurer dans le ténébreux tunnel du pont, mais il lui est impossible de l’éviter. Après l’avoir franchi, il ne peut s’empêcher de sentir une légère odeur pernicieuse, odeur de pourriture entassée au cours des siècles. »  Ici le traducteur n’a pas pu s’empêcher de massacrer une fois de plus le texte original en le tronquant, chez lui cela s’apparente à un TOC. Voici ce que dit l’original : « Once across, it is hard to prevent the impression of a faint, malign odour about the village street, as of the massed mould and decay of centuries. » Ce qui donnerait à peu près — je ne suis pas traducteur — « Une fois le pont traversé, il est difficile d’échapper à la sensation d’une odeur vague, maléfique, semblable à l’immense déliquescence et à la putréfaction des siècles, s’exhalant des rues du village. » D’une part, ce n’est pas le point de vue du « voyageur » qui est le point focal mais au contraire un point de vue général, défocalisé, impersonnel. Il est difficile pour tout le monde d’échapper à cette impression, pas seulement pour un voyageur. D’autre part, ce n’est pas à proprement parler une odeur mais l’impression d’une odeur, ce qui est différent. Il s’agit même d’un topos Lovecraftien, les « choses » qui vivent dans l’espace extérieur puent terriblement, mais ce n’est pas un véritable remugle car elle n’agissent pas sur le même plan physique que le nôtre, la sensation éprouvée par les humains n’est qu’une équivalence de ce qui se déroule réellement dans l’espace où vivent ces abominations. C’est donc une sensation de puanteur. Quelque chose qui frappe les sens sans exister réellement. Quand à la description de l’odeur elle-même, ce n’est pas une « odeur entassée au cours des siècles » mais bien l’odeur des siècles qui ont pourri, ce qui est cohérent avec cette impression de puanteur que je citais. Évidemment, l’imagination du lecteur est soumise à contribution, comment ressentir la pestilence d’un siècle ? Il ne s’agit que d’une image pas d’une description visant une évocation précise. Il faut se souvenir que Lovecraft a commencé sa carrière d’écrivain comme poète et qu’il admirait Lord Dunsanny qui était lui-même un « poète de la prose ».

Malheureusement, la traduction de J. Papy est encore la moins mauvaise disponible actuellement, ce qui donne une idée du niveau général de la traduction de Lovecraft en France. Il serait évidemment intéressant qu’un véritable éditeur s’intéresse vraiment aux œuvres du « reclus de Providence » (surnom fallacieux d’ailleurs) et paye enfin un véritable traducteur pour nous offrir ces textes dans une langue qui restituerait au plus près la prose initiale. Ce n’est pas pour demain ; je le crains. Et malgré toute l’estime que j’éprouve pour François Bon, il faut bien reconnaître que ses traductions sont encore pires. Quant aux autres, je préfère n’en rien dire.

C’est la raison pour laquelle essayer de parler de l’œuvre de Lovecraft sans l’avoir lu en anglais revient à expliquer un texte fantôme. Aucune analyse sérieuse se basant uniquement sur le texte français ne peut, hélas, être recevable, contrairement à d’autres auteurs traduits, et bien traduits, eux. C’est fort dommage.

Pour finir sur l’incipit de la novella qui brosse le tableau et plante le décor tellement nécessaire et indissociable du récit lui-même dans les textes de Lovecraft, voici ce qui suit : « Il éprouve un grand soulagement à s’éloigner de ce lieu en suivant l’étroit chemin qui longe la base des collines et traverse une vaste plaine pour rejoindre enfin la barrière de péage d’Aylesbury. Plus tard, il apprend qu’il est passé par le village de Dunwich. » Du moins c’est ce qu’écrit M. Papy, agrégé d’anglais, professeur de littérature anglaise et traducteur en heures supplémentaires. Le lecteur (et la lectrice of course) un peu attentif se demandera bien, cette fois-ci, ce que vient faire une barrière de péage dans un lieu aussi désolé et manifestement aussi reculé. Il pourra également s’étonner que l’on accède à une barrière de péage par un «étroit chemin ». Précisons que ces doutes n’ont absolument pas effleuré M. Jacques Papy qui a fourbi du grand n’importe quoi avec la satisfaction de l’homme de l’art et du travail bien fait, on l’imagine.

L’original anglais est : « It is always a relief to get clear of the place, and to follow the narrow road around the base of the hills and across the level country beyond till it rejoins the Aylesbury pike. Afterward one sometimes learns that one has been through Dunwich.». Il n’a pas su ce que voulait dire le mot « pike » dans le texte, puisque ce mot signifie (dans les dictionnaires courants) soit « brochet » (le poisson) soit, dans le domaine militaire, une « pique » (sorte de hallebarde). On a donc échappé à « la route en forme de brochet d’Aylesbury », c’est déjà ça. Je suppose qu’il a  alors rapidement consulté un dictionnaire américain et qu’il a trouvé : « turnpike ».     «Turnpike : autoroute à péage, barrière de péage ». Et hop ! L’affaire était dans le sac. Pas besoin d’aller chercher plus loin, ce qui l’aurait obligé sans aucun doute à un effort manifestement insoutenable et, en outre, non rémunéré. Autant massacrer la traduction, et ne pas chercher à comprendre, c’est plus simple. Or, « pike » existe bien en anglais, dans une autre signification que celles citées en supra mais dans la norme britannique et non pas américaine. C’est tout à fait compréhensible quand on sait que Lovecraft écrivait dans une langue qui avait plus de points communs avec l’anglais du XVIIIe siècle qu’avec l’américain du début du XXe. « Pike » signifie ainsi colline, pic. Non, non, pas d’autoroutes près de Dunwich ce village quasi abandonné dans des montagnes sauvages et reculées, cher monsieur Papy !

Celui-là il devait vraiment s’emmerder comme un rat mort à traduire Lovecraft. Ne pas s’intéresser à ce point-là au texte qu’on est en train de transcrire en français, c’est un cas d’école. Les autres aussi, sans doute. Passons d’ailleurs sur le neutre « it » traduit sans vergogne par « le voyageur », « il », et « get clear » devenant « s’éloigner » au lieu de « s’échapper » et « base », ben, « base », pourquoi ? Ah, oui, « base de la colline », tiens? On ne dit pas « au pied de la colline » en français ? Et alors, pourquoi se gêner ?

Donc, sans être traducteur encore une fois, je vais proposer une nouvelle version, même si je ne suis pas très bon dans cet exercice. Après un tel Tchernobyl linguistique, ça sera forcément mieux : « C’est toujours un soulagement de s’échapper de ces lieux en suivant l’étroit sentier qui serpente au pied des collines et traverse les plaines jusqu’à ce qu’il rejoigne le pic d’Aylesbury. Après coup, on apprend parfois qu’on avait traversé Dunwich. » « Afterwards » ici implique l’idée de ne s’en rendre compte qu’après coup, et pas juste « après ». Le « sometimes » avait sauté lui aussi, et pourtant il renforce l’idée précédente, Dunwich est ainsi un village fantôme dont la réalité n’est rien moins qu’assurée. Et le « il est passé » trahit l’idée de l’auteur : il s’agit bien d’un plus que parfait et de l’idée de traverserthrough »). En outre, il n’y a pas de « il », de « voyageur » ici, tout est impersonnel. On réalise d’ailleurs au passage pourquoi Lovecraft, dans cette phrase, a utilisé ce «pike » qui a tant dérouté notre traducteur émérite : tout simplement pour éviter la répétition de « hill ». D’autre part, ce « pike » utilisé également dans la première phrase du texte, exprime une nuance que ne possède pas le mot « hill », celle d’un sommet acéré, d’un « pic », de quelque chose de pointu. Il travaille son style, lui.

Au passage, quand vous lirez une critique du style « Lovecraft, c’est lourd comme style, c’est mal écrit mais c’est bien imaginé », critiques qui abondent sur le net francophone, vous saurez que la personne qui profère un tel jugement ne lit pas l’anglais. Il suffit de comparer la version originale et les misérables traductions qui en ont été tirées pour comprendre qu’on peut rien dire du style de l’auteur à partir d’un tel carnage. Il est possible que le style de Lovecraft pose problème, on peut en discuter, mais il faut vraiment se pencher sur le texte en anglais pour étudier sérieusement le problème, en ce cas.

Le décor de la nouvelle est donc planté, et bien planté. J’irai jusqu’à dire qu’on peut difficilement faire mieux en terme de description liminaire pour un récit fantastique se déroulant sur notre bonne vieille terre, à mon avis. De ce village pourri sur pied, aux remugles de charogne cosmique, va sortir une abomination. Ou plutôt, deux abominations. Pourquoi deux ? Ce sera l’objet de la deuxième partie de l’article.

Allah guerre comme Allah guerrre

On sait maintenant pourquoi l’Iran refuse d’interrompre son programme nucléaire : c’est pour produire du Coran alternatif.

La mie du peuple.

<<Unesco: Emmanuel Macron souhaite que la baguette soit inscrite au patrimoine mondial de l’humanité>>
Étant donné ses méthodes de gouvernement, on aurait cru qu’il défendrait plutôt la couronne.

Les outrances de M. Hulot

Notre sémillant ministre de l’ego-logie, ce brave Nicolas, s’est quasiment félicité de l’interdiction du Glysophate dans trois ans. En effet, il a doctement expliqué que ça aurait pu être pire. On aurait pu s’en mettre plein les cornets pendant encore cinq ans. Là, trois ans, ça va.

Bon on aurait également pu l’interdire tout de suite. Mais il y a les stocks, BASF, l’Allemagne, et tout et tout. Alors trois ans au lieu de cinq on comprend qu’il y ait de quoi se réjouir.

Ça s’appelle un Hulot de consolation.

Discours foireux

Nous savons désormais que les pays du monde se divisent en deux parties bien distinctes :

1) Les pays de merde.

2) Les pays qui ont des dirigeants de merde.

La liste dont nous disposons à l’heure actuelle ne concerne que les premiers cités. Nous attendons d’autres informations de notre ambassade à Washington.

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