7 janvier 2018 4 Commentaires

L’homme dans le labyrinthe, R. Silverberg

Quatrième de couverture : « Muller vivait depuis neuf ans dans le labyrinthe. Maintenant, il le connaissait bien. Il savait ses pièges, ses méandres, ses embranchements trom­peurs, ses trappes mortelles. Depuis le temps, il avait fini par se familiariser avec cet édifice de la dimension d’une ville, sinon avec la situation qui l’avait conduit à y chercher refuge. Tous les hommes qui avaient tenté de pénétrer dans le labyrinthe de Lemnos avant Muller étaient morts d’une façon atroce. Tous ceux qui avaient essayé de l’y rejoindre par la suite avaient été massacrés. Aujourd’hui Ned Rawlins vient d’atterrir près du labyrinthe. Il a reçu l’ordre de ramener Muller sur la Terre, sa planète natale qui a besoin de lui. Sa planète qui, neuf ans auparavant, l’avait impitoyablement chassé, forcé à se réfugier au cœur de ce labyrinthe aux dédales mortels. Quelles chances Rawlins a-t-il de survivre et d’accomplir sa mission ? »

  L’homme dans le labyrinthe ( The man in the Maze, 1968) est un curieux roman de Robert Silverberg, né en 1935. Ce n’est sans doute pas le roman le plus connu de cet auteur très prolifique qui a commencé sa carrière comme « auteur à gages ». En France, depuis Alexandre Dumas, nous appelons cela un « nègre » littéraire. Jusqu’à ce qu’un collègue écrivain de SF et directeur de la prestigieuse revue Galaxy Science-Fiction, Frederick Pohl ne lui propose en marché en or, la publication de tout ce qu’il écrira à condition qu’il soit plus exigeant avec sa plume. L’écriture de Silverberg prendra alors une nouvelle direction, plus littéraire, même si son genre d’élection demeure la SF, ce qui lui ferme les portes de la reconnaissance littéraire de l’université (aux USA on en est quasiment au même point qu’en France sur ce plan-là).

    L’homme dans le labyrinthe résulte de cette nouvelle direction. L’histoire, rapidement brossée et dont je tairai la fin, en est la suivante. Un homme, Richard Muller, est envoyé auprès d’une civilisation extra-terrestre pour établir un contact qui s’avère être un désastre. Non seulement le contact ne sera jamais établi mais, de surcroît, il en ressort avec une aura fétide qui l’exclut de la communauté des humains. Il décide alors de se réfugier sur un monde désert, la planète Lemnos bâtie par une race disparue, un monde labyrinthe qui est un piège mortel. Son désir suicidaire sera un acte manqué puisqu’il survivra aux pièges (nous ne savons comment) et s’adaptera à sa vie de reclus dans ce labyrinthe automatisé. Le nom de Lemnos nous met inévitablement sur la piste du « mythe de Philoctète » exilé sur l’île de Lemnos pour les mêmes raisons que Muller (une puanteur insoutenable due à un ulcère au pied) et entrepris par Ulysse le rusé pour qu’il donne les armes d’Héraklès aux Grecs afin qu’ils vainquent les Troyens. Comme beaucoup d’auteurs de SF (en tout cas à l’époque) Silverberg puise dans la mythologie comme réservoir à histoires. Ce n’est ni sot ni paresseux : Corneille, Racine et bien d’autres ont fait de même. Après tout la mythologie grecque a fait ses preuves.

Ce Philoctète moderne, emmuré dans son labyrinthe, y trouvera probablement, une forme d’équilibre bien que les personnages de Silverberg soient rarement des êtres équilibrés. Au moment où le roman commence, l’homme qui l’avait envoyé en mission diplomatique le retrouve et a besoin de lui pour sauver plus ou moins la race humaine. Ulysse — enfin Boardman dans le roman — veut ramener Muller/ Philoctète sur le théâtre des opérations, afin de sauver la race humaine (air connu). Bref, on a vraiment besoin de lui. Mais lui n’a plus besoin des autres, là est le problème. C’est un minotaure volontaire qui a fini par aimer son labyrinthe et ne voit pas de raison valable d’en sortir. En fait, l’espèce humaine ne le passionne pas plus que ça. Il y a des jours où je peux le comprendre ce brave Richard.

L’essentiel du roman tient dans cette tension dramatique et tire le roman vers le genre théâtral, du moins par certains éléments de sa construction. J’imagine que l’adaptation sur scène ou même en pièce radiophonique serait loin d’être impossible, en tout cas elle ne poserait pas de problèmes insurmontables. Comme souvent chez Silverberg, c’est la tension du héros entre deux pôles opposés qui fait tout le charme du roman. La SF ici joue un rôle de toile de fond, intéressante par ailleurs, car elle fait office de métaphore fonctionnelle : le labyrinthe « objectif » dans lequel vit Muller est le reflet de son labyrinthe subjectif. Les méandres de son esprit forment pour le lecteur, pour son interlocuteur et pour lui-même également un dédale étrange et fascinant.

J’ai lu ce roman il y a bien des années, je l’ai relu récemment en une soirée ; en diagonale je l’avoue : plaisir de la relecture ! Ce ne sont jamais les mêmes passages que l’on saute à chaque fois, comme disait Roland Barthes à propos de Balzac. J’en ai gardé un souvenir agréable. Il n’est pas exempt des défauts d’autres œuvres de Silverberg, écriture parfois un peu rapide, tentations quelquefois non maîtrisées de l’effet dramatique, descriptions un peu longues. Néanmoins, les qualités l’emportent sur les défauts à mon sens. Je n’ai jamais lu les deux romans les plus célèbres de cet auteur : L’oreille interne et Le château de lord Valentin mais je me propose de le faire avant cet été. Cela me permettra de mettre mes projets d’écriture romanesque en perspective, ce qui est toujours fécond.

  J’en profite (sans vergogne) pour faire un peu de publicité pour ma page « auteur » sur Amazon. J’ai quelques textes auto-publiés sur Kindle que vous pouvez lire aussi avec l’application gratuite téléchargeable sur votre smarphone ou votre PC. Voici le lien (venez nombreux!):

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Je compte réaliser une fortune rapide et malhonnête avec mes récits, voilà pourquoi j’ai choisi d’appliquer un taux usuraire : 99 centimes d’euros (0,99 €) dont je me mets royalement 33 % dans la po-poche. Je peux ainsi bouffer du caviar, boire du champagne et rouler en Ferrari (je ne sais si l’orthographe est correcte, je l’ai achetée vite fait sur internet) grâce à l’admiration sans borne que me porte la cohorte innombrable de mes fans.

Enfin, bon…

4 Réponses à “L’homme dans le labyrinthe, R. Silverberg”

  1. Caroline Bordczyk 8 janvier 2018 à 12:37 #

    Bonjour, j’ai cliqué sur le lien, bravo pour la productivité ! Pour pouvoir vous lire il faut une liseuse spéciale, je n’en ai pas encore, mais j’y pense pour bientôt…Bonne journée !

  2. karmatotal 8 janvier 2018 à 15:29 #

    Bonjour chère éructeuse,

    Merci pour tout cela. Lire et écrire sont mes deux passions (avec jouer du jazz). Ma « productivité » n’est pas si élevée que cela mais je reçois le compliment avec plaisir. Pour me lire, vous pouvez télécharger l’application « kindle » (gratuite) et vous l’installez sur un smartphone (si vous en avez un, ce qui n’est pas mon cas, je l’avoue avec honte), ou sur votre PC ou sur une tablette (j’en ai une pour mon travail et ça marche). Le confort de lecture est franchement bon. J’ai un Kindle depuis longtemps : les oeuvres complètes de Balzac, Maupassant, Racine, Gaboriau (le vrai créateur du roman policier, XIXe siècle), Lovecraft, tous les livres en anglais pour 3 euros 6 sous, etc. etc. je dois dire que j’ai succombé bien vite au « grand méchant Amazon ».

  3. eructeuse 8 janvier 2018 à 21:17 #

    Merci pour tous ces conseils, je me ferai aidé ! Vous êtes Jazzman ! Wahou ! La totale ! Sourire ! Je n’ai pas encore lu vos derniers textes mais j’irai vous lire car la science fiction m’intéresse aussi! Bonne soirée !

    Dernière publication sur Victoryne Moqkeuz Eructeuse : COMPRENDRE

  4. eructeuse 8 janvier 2018 à 21:24 #

    Votre blog est une pépite littéraire, je ne doute pas un seul instant que son exploration sera lumineuse ! A bientôt !

    Dernière publication sur Victoryne Moqkeuz Eructeuse : COMPRENDRE


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