Traite : de mal en pis.

Dominique Barrau (décidément le nom est bien choisi, il devrait être derrière), secrétaire général de la FNSEA, donc forcément un type honnête, a déclaré à propos de la filière du lait : «On peut être producteur de lait dans un département où n’existe qu’un seul opérateur. Deux choix sont alors possibles : continuer à livrer ou arrêter de traire». Nous sommes ici dans le mirage de la modernité, qui est également le miracle de «l’agriculture intégrée» que ce syndicat de bienfaiteurs de l’humanité a contribué à mettre en place de façon quasi irréversible grâce à la complicité active et enthousiaste de ses principaux dirigeants avec le lobby industriel et politique de la malbouffe. Dans les années soixante-dix et quatre-vingt, aucun producteur adhérent de ce syndicat ultra-majoritaire dans le monde agricole (faut-il le rappeler ?) ne cachait son enthousiasme délirant et quasi mystique au sujet de cette intégration du producteur et de l’industrie. Cela permettrait de transformer au plus vite le traditionnel «paysan» — frappé de ringardise et bientôt d’obsolescence, même le nom devenait grotesque — en «exploitant agricole». Ça a quand même une autre gueule ! Un quasi business man de l’espace vert, enfin verdâtre en ce moment. Un start-upper de la plante malade et du bovin affligé. Le cul sur son tracteur et la tête dans les chiffres. L’entrepreneur, quoi.
Paysan, non mais je vous demande un peu ! Portant la blouse, sentant la bouse, I was born to loose, on aurait pu en faire une chanson, tiens ?           Cette association de malfaiteurs, pardon, ce syndicat du monde rural, qui (vi)votait légèrement à gauche du FN défendait mordicus, avec le verbe haut et le front bas qui caractérisent ses instances régionales et nationales, cette agriculture intégrée. Mais il est mort dicus.  À l’image de  cette agriculture new-look, elle-même moribonde, qui devait métamorphoser le pue-la-sueur pataugeant dans son tas de fumier en agriculteur propre sur lui et soigneusement manucuré, comme un splendide papillon polychrome émergeant de sa chenille dégueulasse. Malheureusement, il y a eu des incidents de parcours et c’est un peu le contraire qui s’est passé. Cela dit, il faut être juste, il y a eu des progrès : aujourd’hui une vache est un centre de profit à elle toute seule, on la gère sous Excel et l’équarisseur a changé de nom, on l’appelle un «cost  killer». C’est juste que le lait qui en sort est tellement pourri que désormais les parents disent à leur bébé qui pleure :

«Bêle et trais-toi»

 


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