Itinérance mémorielle

J’aime décidément beaucoup le gimmick présidentiel de «l’itinérance de la mémoire». Petit rappel, voici ce que le Centre National des Ressources Lexicales précise à propos de ce mot :

Itinérance, subst. fém.Déplacement. Ce développement du camping : goût du plein air, possibilité de grande itinérance (Jocard, Tour. et action État,1966, p. 143).

Donc, si l’on en croit la faculté, notre pétainiste jupitérien en chef se ba-la-de. Il fait du camping plus-plus, je vous rassure (si vous étiez inquiet). À nos frais, comme de juste, mais là n’est pas la question. Notre Jupiter hexagonal a la mémoire itinérante, un sorte de souvenir ambulatoire. Il ne peut pas se rappeler l’histoire assis dans son fauteuil un livre à la main. Ben, non, faut qu’il bouge, on est le Roosevelt de Picardie ou pas. Comme nous le rappelle la définition ci-dessus, pour notre Guide Spirituel, également nommé «le geyser de lumière élyséenne», la mémoire est un parcours, un itinéraire, bref une activité de plein air et de nature.

Qu’est-ce que la mémoire, la vraie ? Vaste question… Alfred Korzybski, le fondateur de la «sémantique générale», bien connue des lecteurs de A.E Van Vogt, et créateur de la fameuse expression «la carte n’est pas le territoire» (et oui, c’était lui !) avait son idée là-dessus. Il pensait que l’être humain possédait une différence essentielle avec le règne minéral, le règne végétal et le reste du règne animal, celle de relier non plus l’espace mais le temps grâce à sa mémoire, ce qu’il nommait le time binding.

Ce qu’à sa façon, Gregory Bateson, le célèbre anthropologue américain avait également résumé sous la forme : «Nous sommes des nains juchés sur les épaules de géants.» La mémoire est donc le lien que nous entretenons avec non seulement le passé, mais la connaissance humaine, la civilisation. La mémoire est sans cesse à l’oeuvre dans nos vies quotidiennes et, paradoxalement, dans le progrès humain. Pas de découvertes scientifiques sans mémoire, nous sommes bien des nains juchés sur les épaules de géants. Il convient donc de faire un tri, d’exercer un droit d’inventaire pour reprendre l’expression de Jospin à propos de Mitterrand. Organiser l’avenir ce n’est pas récrire la mémoire, ni en faire un spectacle de com’, un mega show à l’américaine. Ça ne Trump personne… et cela nous renvoie à nos propres angoisses sur l’avenir.  Nous avons tous très peur de finir en Alzheimer, comme tant de gens que nous aimons.

Il est stupéfiant de constater — faut-il en rire ou en pleurer ? — que la politique française, pour ne parler que d’elle, est frappée d’Alzheimer profond. À force de vouloir s’accaparer la mémoire et d’être obsédé par le court terme, les prochaines élections, nos chers zélus ont le cerveau qui coule. Ils deviennent incapables de se rappeler réellement l’histoire, ou quoi que ce soit d’autre,  même ce qu’ils ont dit la veille parfois…

Il est alors logique que Notre Boussole de Sagesse Éternelle, Manu Ier, se voit lui-même comme un routard de la mémoire française, un punk à chien  de l’histoire en quelque sorte. Même s’il voyage léger, on comprend que ça le fatigue…    cf http://karmatotal.unblog.fr/?p=794

Tout cela dégage une étrange odeur, comme un léger parfum de charogne pourrie. Logique : Itinérance, ça rime avec rance.

Et Macron, ça rime avec quoi ?

 

 

 


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