19 mai 2020 1 Commentaire

Du bois dont on fait les luttes #1

À force d’entendre et de lire la langue de bois habituelle, le professeur Hait a fini par se demander dans quelle essence — ou plutôt quelles essences — étaient taillés les puissants qui nous oppriment les philanthropes qui nous guident. Il a donc conduit une expérience scientifique guidé par le célèbre protocole «Et Mon Cul sur la Commode» abrégé en «E=MC2». À tout saigneur toute horreur, commençons par le plus honorable d’entre eux, le geyser de fulgurance, le Kennedy de la baie de Somme, vous l’avez reconnu, c’est bien lui.

En ce qui le concerne, la déduction est aisée. C’est un chêne, évidemment. D’abord parce que chaque fois que son image sainte apparaît à l’écran (c’est-à-dire souvent) il est entouré par un paquet de glands, comme son ancien garde du corps par exemple. Ensuite parce que le chêne a toujours été un bois noble. On en faisait des meubles cossus pour des intérieurs bourgeois. La planche de chêne est rigide mais fragile, ça tient bien quand c’est neuf. Très vite ça a tendance à gondoler. Surtout quand c’est du placage.

Malheureusement, la tradition d’ébénisterie française est en perdition. Jupiter-minus est un président moderne, cela n’aura échappé à personne, c’est donc un chêne Ikea. Fini le vieux chêne centenaire au bois noueux, à la ramure profonde, le truc qui vous faisait des armoires normandes et patrimoniales qu’on se transmettait avec émotion de grand-père à petit-fils sans savoir quoi en foutre. Tout ça a fini en kit, au fond d’une brocante de province. Place à la modernité, au léger, au transportable, en mode neo-urbain-globe-trotter-parisien-écoloriche. Le chêne liège a finalement tous les avantages du chêne antique sans les inconvénients, le roi-soleil de la Picardie l’a bien compris. Souple, léger, moderne, écologique (adjectif définitif dans cette période d’extinction massive), certes ce n’est pas un bois dont on fait des flûtes mais cela n’empêche pas de jouer du pipeau.

On en fait surtout des bouchons. Et c’est, paraît-il, un très bon isolant.

Une réponse à “Du bois dont on fait les luttes #1”

  1. Caroline Bordczyk 23 mai 2020 à 9:47 #

    Excellent !


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