23 juillet 2020 0 Commentaire

Journal d’un monde

Je suis assez intrigué, et pour le dire vraiment, quasi fasciné par le fonctionnement des journaux en France. Le sensationnalisme a toujours été une part importante de l’essence même de cette activité. Comme le rappelait Coluche, la différence essentielle entre une femme et un journal réside dans le fait qu’un journal coupé en morceaux intéresse rarement une femme alors qu’une femme coupée en morceaux intéresse toujours un journal.

Il suffit de lire ou relire Balzac (le magnifique Illusions perdues par exemple) pour s’en convaincre. Les émules d’Émile Lousteau constituent l’essentiel des effectifs de cette corporation. Il reste une petite frange d’irréductibles qui persistent à penser que le journalisme est un métier honorable et à tenter de le pratiquer de cette manière. S’agit-il de sacerdoce ou d’inconscience ? Fort heureusement ils ne sont pas suffisamment nombreux pour qu’on puisse se tromper sur l’ensemble de la profession. Le Monde n’en est sans doute pas le pire exemple mis le plus instructif. Le «quotidien de référence» ne référence plus grand-chose, en tout cas plus grand-chose de la réalité. Quand on repense à ce qu’était ce journal sous la présidence de son fondateur Hubert Beuve-Méry on ne peut qu’avoir les larmes aux yeux devant le spectacle affligeant de son délabrement intellectuel. Mais il y a pire, hélas. Sous couvert de défendre des idées de «gauche», comprendre une certaine gauche officielle issue des réseaux de 68 devenus des familiers des coursives de l’Élysée, usant leurs talons sur les paillassons du pouvoir politico-économique et leur salive à le défendre mordicus, exerçant un véritable monopole de l’indignation (évidemment sélective), ces organes de presse sont devenus le bras armé de l’oppression intellectuelle qui règne parfois sur notre pays. Et, paradoxalement, l’instrument de l’américanisation galopante de notre société. Il sera bientôt interdit de dire quoi que ce soit d’une «minorité» visible ou invisible quelle qu’elle soit. Aux USA, déjà, il est presque impossible pour un universitaire blanc (vais-je être traduit en justice pour avoir employé ce mot ? Heureusement, le relatif anonymat de ce blog me protège. Pour l’instant.) d’émettre un avis sur la culture amérindienne, afro-américaine, latino etc. C’est la négation de l’ethnologie et de l’anthropologie qui supposent au contraire un détour par l’autre. On ne parle plus que de soi. Nul doute que demain, en faculté de lettres (si cela existe encore) un.e étudiant.e pourra refuser d’étudier telle ou telle œuvre jugée «réactionnaire», «pédophile» (c’est arrivé pour le Petit chaperon rouge interdit à l’école dans je ne sais plus quel pays forcément moderne) «homophobe». Exit Balzac, Hugo, Céline, Péguy, Baudelaire, et tous les autres. Nous étudierons à la place Le Monde et ses épigones, bref la presse quotidienne et hebdomadaire.

Car c’est là que se situe le véritable pouvoir aujourd’hui, ce qui paraît la conclusion logique de l’arrivée à maturité d’une «société de l’information». Le Monde par exemple s’est institué juge de la vérité avec son decodex dont voici la description sur le site même :

«Le Décodex est un outil pour vous aider à vérifier les informations qui circulent sur Internet et dénicher les rumeurs, exagérations ou déformations.»

Il a simplement omis de préciser qu’étant un journal il est à la fois juge et partie. Manifestement cela ne semble pas déranger outre mesure la commission de déontologie pour autant qu’elle existe. La boucle est bouclée : le producteur d’information est aussi celui celui qui évalue la validité de toute information publiée. Un journal bien connu fonctionnait ainsi dans les décennies antérieures : il s’appelait La Pravda.

En russe, comme chacun le sait, le mot signifie «vérité».

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