30 juillet 2020 0 Commentaire

Amnésie monnétaire

L’humanité se fonde, peut-être exclusivement, sur sa mémoire. C’est en l’écrivant qu’elle est entrée l’histoire, quittant la préhistoire, son enfance au sens primitif du mot. Un animal n’a de mémoire que de sa vie, quand un nouveau spécimen naît il recommence à zéro l’hstoire de son espèce. Pas l’homme, car il a accès à la mémoire de tous ceux qui l’ont précédé. Cela s’appelle la «civilisation».

Dans cette civilisation il existe une chose à la fois banale et étrange, la monnaie. Elle-même mémoire. La monnaie est en effet la mémoire d’un travail effectué, la trace de quelque chose qui a été produit. Comme toute mémoire, elle stocke, elle diffère et elle indexe. Comme toute mémoire elle est sujette à l’altération (l’oubli partiel ou total par exemple). On le voit lors d’un krach boursier : ce qui a disparu c’est la mémoire du travail effectué pas le travail lui-même (qui a déjà été effectué). La monnaie à la fois outil et instrument se base ainsi sur la mémoire et l’indexation, puisque toute mémoire indexe et est elle-même indexée, ou référencée si l’on préfère. Le problème réside la plupart du temps dans la nature de ce qui est indexé (l’or ? une économie nationale ? internationale ?). C’est ce qui fait la différence entre le dollar, monnaie qui indexe quasiment l’économie planétaire, donc la mémorise, et les autres monnaies. Le «Bit-coin», à ce titre, est peut-être la première étape d’une mutation de la monnaie. Il conjugue la mémoire monétaire et celle des ordinateurs qui constituent l’immense mémoire artificielle qui archivent actuellement toutes les sociétés.

C’est pourquoi la monnaie est intimement liée au développement de l’écriture et de l’imprimerie, qui est l’ensemble des moyens techniques de la reproduction de l’écriture. La monnaie scripturale (de scriptus, participe passé de scribo qui signifie écrire) est littéralement celle qu’on écrit soi-même -un chèque, un virement, etc.). Aujourd’hui, 90% de la monnaie environ est stockée dans des mémoires électroniques qui, sans cesse, sont ré-écrites. Un ordinateur n’est finalement que le dernier avatar du manuscrit ou de la tablette d’argile : il sert à stocker, manipuler, une information préalablement mémorisée.

Ce qui explique sans doute les difficultés de l’euro et les doutes croissants sur les bénéfices que la plupart des pays de cette zone peuvent en tirer, à part un petit nombre. Cette monnaie semble avoir été créée sur la base d’une amnésie historique collective : il fallait oublier que les pays européens se sont toujours fait la guerre et ont des systèmes de pensée, de gouvernement, de vie en société beaucoup plus dissemblables que communs. Il fallait oublier que les systèmes économiques eux-mêmes étaient radicalement différents les uns des autres, ce dont la monnaie garde trace, ce dont elle conserve la mémoire. Il fallait donc imposer l’amnésie pour que la monnaie commune, qui est par conséquent une mémoire commune, puisse fonctionner.

On peut donc douter que cela fonctionne.

 

 

 

 

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