Biographie

Curriculum Vitae

I) DEBUT

 

Karmatotal est né. Le fait a été dûment répertorié sur les registres ad hoc qui lui permettent aujourd’hui de jouir d’une nationalité française absolument irréprochable que le monde entier lui envie.

 Passons maintenant à la première personne, ce sera plus intime.

Je suis né le 14 Septembre 1960 (le jour de la rentrée des classes, cela décidera plus tard de ma vocation de cancre) à Douala au Cameroun. On peut donc naître au Cameroun et jouir (décidément j’adore ce mot …) d’une carte d’identité FRANCAISE (mais il convient d’avoir l’exploit modeste et ne pas trop le crier sur les toits de la préfecture). Honnêtement, je sais que c’était là-bas parce qu’on me l’a dit, mais je n’en conserve personnellement aucun souvenir précis. Je suis né d’un homme et d’une femme, les techniques modernes de la biologie étaient à l’époque trop rudimentaires pour permettre un autre mode de reproduction. Ma prime enfance s’est déroulée entre un manguier, un avocatier, mes parents, un bananier, et ma “nounou” (un Camerounais d’1m80, 85 kg). Ce qui m’a donné le goût des fruits exotiques et un zeste d’accent que j’ai perdu ensuite (l’accent, pas le goût, ce qui explique l’accord du participe, OK ? ).

En 1964, à la suite de la guerre d’indépendance, je m’installe en métropole accompagné de mes deux parents, qui commencent à broyer du noir (oui, je sais, elle est facile, mais j’ai pas pu m’empêcher…). Nous nous fixons provisoirement dans le sud-ouest (pour la chaleur) vers Toulouse (con). A noter quand même que là-bas les mangues, avocats et mêmes les bananes poussent exclusivement dans les magasins, ce qui peut être déroutant, au départ, pour un déraciné. En plus pas de nounou Camerounais en vue ; bon, enfin, tant pis.

Je passe par tous les stades connus de la psychanalyse (oral, anal, pipi, caca, gros caprices, je-fais-les-courses-et-je-rends-pas-la-monnaie, etc…) sans problèmes majeurs semble-t-il, et je trouve quand même le temps d’apprendre à lire et à écrire. Après ce bel exploit (de plus en plus rare, soit dit en passant), l’écriture me tente, je songe à devenir nègre (de Rika Zaraï, par exemple, un truc pas trop dur pour commencer) mais mes parents, un peu déprimés, m’en dissuadent.

Mon père, devenu voyageur de commerce (on appelle ça “technico-commercial”, maintenant, je crois) est envoyé un beau jour par son employeur dans une province reculée appelée “Auvergne” pour profiter de l’essor du commerce qui devait logiquement accompagner l’ouverture du grand axe ferroviaire Clermont -Tulle. Cela se passait en l’an de grâce 1969. Nous n’avons jamais vraiment su si cette mutation était une mesure de rétorsion ou l’effet d’un destin contraire.

 

II) Milieu

 

Maintenant Auvergnat de coeur et d’esprit, bon, enfin, tant pis, (non, je plaisante…) je parachève mes études primaires à Riom et entame mes études secondaires dans cette même ville chargée d’art, d’histoire et d’un fort remugle d’égout, à l’époque. J’en fais le moins possible — c’est-à-dire vraiment pas beaucoup — ce qui ne dissuade ni mes professeurs de me présenter au baccalauréat ni mes examinateurs de me le donner en 1979 (série D, mathématiques et biologie, mais vous vous en foutez). Cette mansuétude de l’éducation nationale, devenue courante de nos jours mais rare à l’époque, n’a jamais cessé de m’étonner, d’ailleurs. Peut-être ai-je bénéficié de consignes d’indulgence en réparation des torts causés à notre famille par un bannissement injustifié ? Ce qui accréditerait la thèse du complot.

Mais, pendant que je languissais au lycée, un jour, j’entends…de la musique. Enfin, là, les avis divergent, mais pour moi c’était de la musique: du “rauque and Rolls”. Et, là, pschitt, vraoum, boum, badaboum, tsouin tsouin : j’entreprends de massacrer trois accords sur une vieille guimbarde à cordes nylon. Mon entourage, à bout de nerfs, décide rapidement de m’acheter une méthode pour rendre la cohabitation un peu plus supportable. J’apprends, je joue, je compose, j’écris mes premières chansons, la vie, quoi!

“Tout cela ne nourrit pas son homme”, me dit mon père tout à trac. “Il te faut un vrai métier” reprit-il d’un ton sec comme une trique. Nous sommes aux environs de 1980. (on avance, mine de rien).

Après une intense réflexion, je parviens à la conclusion que :

 

1) Je n’ai aucun goût pour l’intégrale (à part le bronzage et celle des Beatles ou de Miles Davis)

2) J’en ai marre de disséquer des grenouilles

3) Je déteste les équations à deux inconnues (déjà l’inconnu ça me fout les jetons, alors deux, vous pensez…)

 

DONC: Je décide de me réorienter et m’engage dans des études de lettres pour passer de cancre à professeur (c’est la même chose, mais payé: voir les nombreux discours explicatifs de certains ministres de l’éducation nationale).

 

Je réussis mes études de lettres, en redoublant un peu par ci par là, quand même. Je songe de plus en plus à une puissance occulte tirant les ficelles dans l’ombre, pour un obscur complot international, style X-Files, vous voyez ? Sinon, je vois pas comment c’est possible. Bon, enfin, tant pis… nous sommes en 1985. Entre-temps, je fais partie d’un groupe éphémère dont je tairais le nom qui est une insulte aux bonnes mœurs, je participe à divers projets de théâtre, je joue du jazz, j’écris, bref, etc. etc.

Enfin, en 1987, quasiment mort de faim, je rentre dans l’enseignement, ce beau métier que tous ceux qui ne le font pas nous envient.

 

Depuis lors, je suis professeur dans l’enseignement secondaire (j’ai une famille à charge) et beaucoup de mes collègues, vous le savez, sont trop sadiques pour se satisfaire de la torture morale qu’ils infligent à des élèves quasiment analphabètes en leur faisant lire des livres écrits serrés, avec plein de mots dedans, plusieurs heures par semaine. Ils en écrivent donc d’autres à seule fin d’augmenter la souffrance dans le monde. Bref, je profite des scandaleuses vacances que me laisse mon pitoyable gagne-pain pour écrire des élucubrations, scratch, scratch, scratch …

 

Si par hasard vous êtes éditeur : je vous remercie par avance du temps (je n’ose parler de la peine) que vous allez consacrer à la lecture de ma prose sur votre écran. Cependant, en toute objectivité, j’hésite à affirmer que ces pages constituent une vraie réponse à la grave crise que traverse le monde de l’édition française et du spectacle vivant. Croyez bien que j’en suis navré. Je sais l’enthousiasme frénétique que vous ressentez à chaque texte d’un auteur inconnu qui deviendra peut-être demain, qui sait ? le futur Nobel (pas Chantal, l’autre) ou, à tout le moins, le nègre de Yannick Noah. Néanmoins si mon œuvre ne vous paraît pas être un probable Molière, un possible Goncourt (imaginons le pire), je saurai rester digne.

 

III) Fin

 

Ma mort, hélas, me semble de plus en plus probable, ce que je trouve intolérable, mais bon, enfin, tant pis… Cela dit, comme je n’ai encore aucune précision concernant la date, je me contenterai de rester dans le vague. Je ne voudrais pas faire mes adieux avant d’avoir débuté.

 

 

                                         Bien à vous,

 

Karmatotal



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