Feuilletons

M.I.G.A.L

 

 

 

Le cabinet était blanc mais étrangement chaleureux. Nul n’aurait pu dire pourquoi ni à quoi cela tenait mais on s’y sentait plutôt bien, pour un cabinet médical. Le médecin qui leur faisait face était un vrai professionnel de l’empathie. Suffisamment pour qu’on lui fasse confiance. Il examinait pour la huitième fois au moins une liasse d’analyses biologiques ainsi que plusieurs rapports qu’il devait sans doute connaître par cœur depuis le temps qu’il les relisait. Il ôta ses lunettes d’un geste fatigué mais précis et s’adressa au couple qui lui faisait face. Une partie de son cerveau se mettait en route inconsciemment comme chaque fois qu’il observait des patients dans son cabinet. L’homme approchait de la cinquantaine, surcharge pondérale moyenne, quelques traces de couperose qui trahissait un penchant coupable pour l’alcool dans des proportions sans doute encore admissibles cependant il pouvait voir les artères en train de se boucher peu à peu comme s’il était à l’intérieur de ce corps déjà usé. Un teint un peu hépatique, des reins fatigués, encore 10 à 15 ans à ce régime et c’était l’AVC quasiment assuré. Dix ans, à cet âge, cela passe vite. Mais c’était son épouse qui posait le problème le plus urgent. Des symptômes étranges : durcissement de certaines parties cutanées, gonflement anormal de l’abdomen, bien sûr l’âge était là mais la ménopause ne pouvait pas tout expliquer, sans parler des troubles psychologiques. La multiplication des cellules abdominales ne présentait pourtant aucun caractère cancéreux à ce stade. Non, ce n’était pas le crabe qui la dévorait de l’intérieur. Il la regarda en souriant mais ne put s’empêcher de faire la moue. Avant même qu’il se fût repris il savait qu’elle l’avait vu.

— Madame Enzo, je dois vous dire en toute honnêteté que pour l’instant nous sommes dans le noir. Il sourit à nouveau. Cela dit, il y a une bonne nouvelle : nous sommes certains qu’il n’y a pas de tumeur maligne. Il vit le couple se détendre imperceptiblement. De cela, je le répète vous pouvez être assurée sans crainte.

— Mais alors, pour mes … symptômes ? demanda-t-elle. Il inspira profondément, faisant mine de se replonger une onzième fois dans sa liasse de résultats d’analyses.

— Je dois vous avouer que, pour l’instant, et je dis bien pour l’instant seulement car nous allons trouver, évidemment, et bien, la modification de votre métabolisme ne se rapporte à aucun syndrome connu. Mais, je vous l’ai dit chaque personne réagit différemment car nous sommes tous uniques n’est-ce pas, ajouta-t-il en continuant à sourire.

* * *

Il regardait le mari à présent qui opinait du chef, l’air manifestement rasséréné. Cela étant, l’époux avait une excellente raison pour cela : ce n’était pas lui qui éprouvait ces troubles ce qui lui permettait de jouir d’une certain recul. Il se tourna vers sa femme.

— Tu vois, je te l’avais dit, ce n’est peut-être pas si grave qu’on l’avait cru. La femme lui adressa un sourire pâle, il bredouilla un début de phrase puis se tut. Le médecin voulut exploiter ce trou dans l’échange mais la femme fut plus rapide.

— Docteur, dites-moi la vérité, même si vous ne savez pas ce que j’ai exactement vous devez savoir si c’est grave ou pas, non ? Le médecin fit un petit signe de tête l’engageant à poursuivre.

— Alors, reprit-elle, vous devez me dire la vérité. Est-ce que … elle s’étrangla dans un sanglot réprimé. Son mari lui prit le bras.

— Chérie, allons. Elle se dégagea d’un mouvement sec et regarda le médecin dans les yeux

. — Est-ce que … je vais … mourir bientôt, acheva-t-elle dans un souffle. Vous comprenez, il faut que je sache, pour les papiers et tout ça. Son mari était tassé au fond de son siège, complètement effondré. Le médecin admirait la dignité de cette femme comme de toutes les femmes en général car il savait bien que si la situation avait été inversée, le mari se serait mis à gémir, à pleurer comme un enfant et jamais il n’aurait pu affronter l’idée même de la mort aussi courageusement. Il regarda sa patiente en fronçant les sourcils.

— Madame Enzo, je suis médecin et à ce titre je côtoie hélas la mort tous les jours. Le pronostic que je peux faire en l’état de mes connaissances peut paraître réservé mais il vaut mieux rester prudent. Si j’avais la certitude que vos jours étaient en danger, aussi pénible que ce type d’aveu puisse être, je vous le dirais. Je vous le dirais parce c’est mon métier et mon devoir. Or, si je ne vous l’ai pas dit c’est parce je ne suis sûr de rien et j’ajouterais même que je ne le pense pas. Bien entendu je ne prétends pas détenir la vérité et rien ne vous empêche de consulter un collègue. Pour ma part, je vous conseille de suivre la prescription que je vous ai donnée et d’augmenter éventuellement les doses dans les proportions indiquées si vous en ressentez le besoin. Il continua à soutenir calmement son regard.

* * *

C’est le mari qui interrompit l’échange en se relevant de son fauteuil. — Merci docteur, nous avons totalement confiance en vous. Le médecin les regarda partir dans le couloir en se frottant le menton puis il sortit une chemise cartonnée sur laquelle était inscrit les lettres « M.I.G.A.L » et griffonna quelques mots sur un bout de papier. Il fit un mouvement vers son téléphone puis se ravisa. Il jeta un dernier coup d’œil au dossier et le rangea dans un tiroir qu’il ferma à clé. ..

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Je compte réaliser une fortune rapide et malhonnête avec mes récits, voilà pourquoi j’ai choisi d’appliquer un taux usuraire : 99 centimes d’euros (0,99 €) dont je me mets royalement 33 % dans la po-poche. Je peux ainsi bouffer du caviar, boire du champagne et rouler en Ferrari (je ne sais si l’orthographe est correcte, je l’ai achetée vite fait sur internet) grâce à l’admiration sans borne que me porte la cohorte innombrable de mes fans.

Enfin, bon…

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Feuilletons licence-CC

********** GER HARMAJ HAAX : LE RETOUR **********

Gër Harmaj Haax et le Grand Sâar Qkhözsye Episode 1

  Gër Harmaj Haax méditait, entièrement nu dans son bain. Il trouvait cela beaucoup plus pratique. Mais le plus grand magicien de son temps selon ses propres dires ne méditait pas sur rien, comme on aurait pu s’y attendre mais sur la missive qu’il venait de lire. Il relut attentivement la fin du parchemin en s’arrêtant à la fin de chaque mot : « Or, un jour, corollairement, il adviendra in fine, ce qui aurait dû subséquemment advenir nonobstant tout le reste. »

  Cette phrase n’avait évidemment aucun sens, ce qui en soi n’était pas surprenant puisqu’elle émanait du grand Sâar Qkhözsye, le sombre résident d’El Hiiseeh, le-palais-qui-pense-à-la-place-du-prince dans la langue des Grands Anciens. Gër Harmaj Haax se demanda un moment ce qu’il devait faire de ce courrier. Il pencha tout d’abord pour une utilisation hygiénique qui lui paraissait la plus rationnelle mais il se ravisa promptement. Il se souvint que derrière (ou à côté de) Qkhözsie, il y avait son âme damnée, un démon aux dents jaunes et pourries qui avait pris une forme humaine qui ne trompait personne tant elle était éloigné du standard de l’espèce : Cloaque Gluant, un suceur de sang sadique au sourire carnassier et à l’appétit sans limite. On racontait qui lui fallait au moins vingt-mille étrangers par an, hommes femmes et enfants confondus (il préférait dévorer les étrangers, nul ne savait pourquoi, quant aux victimes elles n’avaient pas eu le temps de lui poser la question). Cela faisait quand même 68,49 étrangers par jour les années non bissextiles qu’on pouvait sans doute arrondir à 70 car il laissait rarement quelque chose dans la gamelle selon la rumeur.

  Le plus ennuyeux dans l’affaire résidait dans le fait que Gër Harmaj Haax était lui-même étranger — il y avait d’ailleurs beaucoup trop d’étrangers dans le monde il fallait en convenir — même s’il était un étranger du nord alors que le Sinistre Gluant avait une préférence marquée pour les étrangers du sud. Le magicien réfléchissait donc à l’opportunité de répondre ou non à l’invitation qui lui était faite par le Grand Sâar sachant que dans la négative il serait poursuivi par la haine implacable de Qkhözsye et de tous ses démons ; des plus effroyables, K’Laud’h Guano, Narrh’ Dyn dite la « Mort-Anneau » ou Rash ÿ Dahdaht ÿ la terrible jusqu’aux plus sournois comme Haine-Kâ-Aime dont on ne pouvait jamais vraiment prévoir les réactions. La simple idée d’avoir ce pandémonium à ses trousses pour les siècles des siècles fit baisser la température du bain de huit degrés virgule six, Gër prit donc deux décisions : s’essuyer et partir

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   Voici le début la mini-série intitulée « Gër Harmaj Haax et le Grand Sâar Qkhözsye » qui vous rappellera des souvenirs, publiée en Kindle Amazon. En attendant que j’aie fini d’écrire : Gër harmaj Haax chez Jupiter : la magie de  l’Hâqömh